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5 avril 2019

Un compendium pour Janáček

Janáček a son compendium

Comment se présente la collection de Compendium des Editions Boydell ? Un cahier des charges très précis débutant d’abord par une courte mais précise biographie révélant le compositeur à l’honneur de ce compendium. Ensuite un dictionnaire pour explorer alphabétiquement les œuvres, les personnes en relation avec le musicien, les lieux qui ont joué un rôle dans sa vie. Un catalogue des œuvres suit cette copieuse énumération et une bibliographie étoffée clôt le compendium.

Cette collection ne comporte actuellement que trois volumes. Vivaldi eut le premier les honneurs des Editions Boydell. Rameau le suivit. Et tout récemment, en mars 2019, Janáček les a rejoints. Evidemment, les rédacteurs de ces fascicules sont britanniques. Pour Janáček également. Et dans ce cas, les lecteurs n’auront pas à se plaindre puisque c’est Nigel Simeone qui prit sa plume pour remplir le descriptif des compendiums de Boydell. Pour les lecteurs français, rappelons que Nigel Simeone a collaboré étroitement à deux reprises avec John Tyrrell, une première fois pour l’incontournable Catalogue of the music and writings of Leoš Janáček en 1997 et une deuxième fois, plus récemment pour le livre d’hommage à Charles Mackerras en 2015 qui en plus de l’indispensable témoignage rendu au chef d’orchestre disparu, rendit compte de la carrière plutôt exemplaire de ce musicien au service de la musique de Janáček, mais également de nombre de compositeurs d’époques et de lieux très variés. De plus, actuellement, Nigel Simeone se charge d’un projet de livre en hommage à John Tyrrel et au travail phénoménal qu’il effectua par ses nombreuses études sur Janáček.

Couverture du livre de Nigel Simeone
Pour profiter à plein des richesses de ce nouveau Compendium, il est préférable de bien saisir les nuances de la langue anglaise. Cependant, un lecteur moyen possédant les bases de cette langue peut butiner efficacement les pages de cette étude remarquable.

Lorsqu’on prend ce volume en main, immédiatement on remarque la qualité de sa fabrication. Une couverture épaisse et une reliure solide qui va résister longtemps aux manipulations nombreuses qu’aura à supporter ce livre. En le feuilletant rapidement, on perçoit une typographie agréable que la taille des caractères plus faible qu’à l’accoutumée conduit à penser que l’immensité des informations données obligeait à avoir recours à cette casse pour les ordonner dans ces pages. Les italiques utilisées pour certaines entrées du dictionnaire signalent instantanément les titres des ouvrages musicaux du compositeur même si ceux-ci sont donnés en anglais - avec leur numérotation venant du catalogue établi par l’auteur, John Tyrrell et Alena Němcová - mais Nigel Simeone les fait suivre de l’intitulé en tchèque. Pour s’y retrouver, lorsqu’on cherche des informations sur le nom tchèque d’une œuvre, une mention envoie au nom anglais. Par ailleurs, l’œil reçoit agréablement les 21 photographies disséminées dans le corps de l’ouvrage dont certaines n’étaient pas apparues dans les publications occidentales (par exemple, les huit tableaux de Józef Meçina-Krzesz qui déclenchèrent le Notre Père - Otče Náš IV/29 de 1901 - ou encore le portrait de F. Neumann en page 157).  

Tournons les pages de ce Compendium. Si la biographie du compositeur ne court que sur six pages, dans ces feuilles se trouvent des informations scrupuleusement vérifiées, sans verser dans l’aspect sensationnel que se permirent d’autres chroniqueurs lorsqu’ils relatèrent les relations quasi à sens unique entre Leoš et Kamila Stösslová. Ces six pages n’oublient rien d’essentiel pour saisir les difficultés et les réussites de cet artiste en marge des courants musicaux de son temps et pourtant singulièrement moderne.

Abordons maintenant la partie dictionnaire. Même en dehors de l’ordre alphabétique, la première entrée concerne I.X.1905, l’unique et inachevée sonate pour piano. En quelques lignes, l’essentiel est dit. Les circonstances de la composition, les difficultés de la création, l’insatisfaction de Janáček, la copie de la partition par la pianiste, l’édition tardive. L’entrée suivante concerne un ensemble de piécettes pour piano, rarement jouées (1), l’Album pour Kamila des toutes dernières années de la vie de Janáček. On y trouve L’Anneau d’or, sorte de petit bijou, écrite le 7 ou le 8 août 1928, quatre ou cinq jours avant le décès du compositeur. Toujours par ordre alphabétique, mais en respectant cet ordre à partir du nom anglais de chaque œuvre, on trouve Amarus, cette cantate de 1897, première œuvre à porter le tournant du propre langage de Janáček forgé après la dizaine d’années passées à collecter des musiques populaires et à ausculter la musicalité du parler morave (mélodies du langage). Dans cet article, je ne peux pas énumérer l’ensemble des ouvrages du compositeur passé au crible de l’examen par Nigel Simeone, mais noter que certains relèvent d’une attention particulière. Par exemple, à la lettre C, The Cunning Little Vixen, titre anglais de La Petite Renarde rusée, occupe trois pages et demie du dictionnaire, Le Destin, opéra peu connu, trois pages et les deux opéras dont le héros principal se nomme M. Brouček quatre pages (Les Voyages de M. Brouček dans la lune, Les Voyages de M. Brouček au quinzième siècle). En fait, tous les opéras majeurs obtiennent une telle consécration. Ainsi De la Maison des morts couvre trois pages et demie, Jenůfa, Kát'a Kabanová, L’Affaire Makropoulos,  bénéficient chacun de quatre pages et même Rákoš Rákoczy, I/2, basé sur des mélodies populaires dispose d’une page et demie tandis que Šárka, I/1, premier opéra datant de 1887 qui ne vit sa création seulement en 1925 utilise deux pages. Enfin, Commencement d’une romance, I/3, que le compositeur dirigea lui-même à sa création à Brno en 1892 occupe malgré tout 1 page. Nigel Simeone distille toutes les informations susceptibles de guider le lecteur dans la trajectoire créatrice du compositeur, de ses premiers tâtonnements à ses éclatantes réussites tout en attirant son attention sur des points capitaux. Très souvent des musicologues avancent que la création pragoise de Jenůfa ouvrit la porte de la célébrité à Janáček sans mesurer que le compositeur dut soutenir des combats, non seulement contre ses adversaires habituels, tel Nejedlý, mais aussi contre la veuve de Kovařovic, sans compter les rumeurs qui sous-entendaient que ce dernier avait orchestré intégralement l’opéra. Avec quelques variantes ici et là, chaque opéra est considéré sous huit points de vue. D’abord on s’intéresse aux circonstances de la composition de l’opéra, puis à la manière (simple ou compliquée, par exemple M. Brouček) dont le livret fut écrit, et parfois on a droit à quelques considérations sur le décor de la pièce lyrique. On assiste à la création de l’opéra et aux conséquences sur le futur du compositeur, on parcourt les voies de sa diffusion, tantôt rapide et massive, tantôt difficultueuse. Après une caractérisation de chaque opéra, on en vient au synopsis suffisamment détaillé pour suivre les évolutions de chaque protagoniste. 

D’autres ouvrages nécessitent une surface digne de leur importance dans l’opus du compositeur. Le Journal d’un disparu, opéra miniature et non-conformiste cycle de chants tout à la fois pousse le rédacteur à lui laisser deux pages pour exprimer ses spécificités originales. Quant à l’hétérodoxe Messe glagolitique, elle s’étale sur trois pages tandis que la fameuse  Sinfonietta dispose de deux pages et la trilogie de Taras Bulba d’une page et demie. D’autres œuvres se signalent par une place respectable (une page) dans le cadre d’un dictionnaire où les lignes sont comptées, par exemple L’Evangile éternel, L’Enfant du violoneux, le cycle pianistique Dans les brumes, Notre Père (Otče Náš), la Sonate pour violon et piano. Chacun des deux quatuors à cordes tient une place plus qu’honorable avec un peu plus d’une page chacun. 

Il faut signaler que Nigel Simeone attire l’attention sur deux ouvrages peu connus de Janáček. D’abord Ukolékavka  (V/14) une très courte pièce pour piano composée en 1920. Pourquoi mentionner cette miniature (elle dure à peine une minute) ? Pour deux raisons, elle tisse un nouveau lien envers Kamila Stösslová et avant tout avec Jan Amos Komenský (Comenius), né en Moravie, reconnu en Europe centrale comme un pédagogue révolutionnant les méthodes d’enseignement de son époque (XVIIe siècle). Pour le compositeur, verser cette pièce dans un livre, édité en 1920, à la gloire de Komensky   devenait une sorte de révérence à son concitoyen d’une époque antérieure.

Le deuxième ouvrage, Říkadla (V/17) recouvre deux versions d’une même œuvre séparées chronologiquement d’une année. Ce cycle de 18 miniatures (il s’agit de la deuxième version) montre la façon dont le compositeur, pour s’en inspirer, butinait des romans, pièces de théâtre, poèmes d’écrivains contemporains à de petits poèmes populaires ou non qu’il découvrait sur Lidovy noviny le journal quotidien qu’il parcourait régulièrement. Comme l’écrit Nigel Simeone,  «Janáček produisit une de ses plus délicieuses œuvres, une brillante démonstration de sa dernière technique de composition en miniature». Dans cet article, l’auteur examine les deux versions, il note l’instrumentarium utilisé, les premières auditions de ce cycle inaccoutumé. Tandis qu’il pointe une création britannique de ces Říkadla en 1928, force est de constater l’avance prise par nos voisins d’Outre-Manche sur nous puisque la création française n’intervint qu’en 1985.

Après avoir jeté un regard sur les pièces musicales de Janáček, tournons nous vers les lieux dans lesquels le compositeur a vécu et travaillé ou qui sont simplement en lien à différents événements de sa vie. Par ordre alphabétique toujours, voici Brno où  Janáček y a vécu une soixantaine d’années et une quinzaine d’endroits liés à la vie, au travail, aux compositions du musicien, la Beseda brněnská, le Théâtre national, le Club des amis de l’art, le lycée du vieux Brno, le Club des compositeurs moraves, l’Ecole d’orgue, le Cercle russe, la société Vesna, la société Svatopluk, l’Institut de formation des maîtres, le monastère des Augustins, la maison d’habitation à côté de l’Ecole d’orgue, le journal Hudební listy et ses locaux, et le cimetière central où l’on peut voir la tombe de Janáček. Après avoir lu tout ce qui se rapporte à ces lieux et aux organisations qu’ils hébergent, chacun peut se rendre compte de la vie sociale, professionnelle, culturelle, personnelle du compositeur et comprendre que s’il était avant tout compositeur, il avait été tout autant enseignant, étudiant, interprète, animateur suivant les différentes périodes de sa vie et parfois il cumulait certaines de ces fonctions. Solitaire, il l’était dans son acte créateur, mais aussi intégré le reste du temps dans la ville pour secouer les inerties et les habitudes même s’il dérangeait parfois ses concitoyens par sa fougue, sa force de conviction et les idées neuves qu’il développait. Presque toutes ces sociétés et institutions, forte de leur ancrage dans la culture morave, se dressaient face à la culture germanique que d’autres lieux et organisations diffusaient avec l’aide des autorités. Dans ce compendium, suprême facilité de lecture : lorsqu’au détour d’un article, on tombe sur le nom d’une œuvre qui n’évoque rien de particulier ou sur un patronyme inconnu, si celui-ci est suivi d’une astérisque, on peut s’y référer dans les pages de ce dictionnaire.

En plus de Brno, deux autres cités accueillaient régulièrement Janáček, son village natal Hukvaldy et la station thermale de Luhačovice où se joua le premier acte de la victoire pragoise de Jenůfa en 1916. Parmi les autres villes qui eurent leur importance dans la vie du compositeur, Nigel Simeone ajoute Prague, bien sûr, Vienne, la Russie et Písek, la ville où habitait Kamila, Londres, et les grottes Demänowská en Slovaquie. Prague n’est pas cité seulement pour le triomphe de Jenůfa, mais aussi parce que dans sa jeunesse, Janáček passa une année à l’Ecole d’orgue en 1874/1875 et qu’il rencontra dans cette ville son aîné Antonín Dvořák avec qui il entretint une relation suivie. En 1895, il accompagna des musiciens populaires à l’exposition ethnographique qui s’y déroulait. A Prague, la Société pour la musique moderne, créée en 1920 par plusieurs compositeurs, organisait des séances de concerts pour diffuser la musique des créateurs vivants. Celle de Janáček apparut plusieurs fois dans les programmes. Par exemple, en 1921 lors de la première pragoise du Journal d’un disparu. Là encore, cet item renseigne très précisément sur la vie musicale de la capitale à laquelle, à cette époque, Janáček appartenait.

Le Compendium révèle donc les œuvres du compositeur, les lieux connotés à sa vie, mais encore une troisième série d’entrées s’offre au lecteur avide d’en savoir plus et d’appréhender au plus près et sous toutes ses facettes ce musicien. Cette série s’intéresse à un grand nombre de personnes qui ont croisé, côtoyé, visité Janáček ou travaillé avec lui ou encore joué sa musique. L’auteur du Compendium en a retenu près de 140. Toujours classés par ordre alphabétique, on rencontre des interprètes de sa musique aussi bien ceux et celles que le compositeur a connu ainsi que ceux qui, plus tard, se sont illustrés par les interprétations de ses œuvres aux concerts qu’ils ont donnés ainsi que les enregistrements qu’ils ont légués aux mélomanes. Parmi eux, František Neumann qui créa à Brno plusieurs de ses opéras, Břetislav Bakala, un des élèves de Janáček dont on garde les enregistrements des années 1950 comme des témoignages précieux, les chefs d’orchestre Otto Klemperer (2), Karel Ančerl et Rafael Kubelik et bien évidemment Charles Mackerras. Et tant d’autres comme les membres du Quatuor tchèque et ceux du Quatuor morave ou encore la pianiste Ilona Štěpánová-Kurzová et la soprano Marie Calma-Veselá. On rencontre encore des écrivains, poètes, librettistes, gens de théâtre dont Gabriela Preissová. La pièce de théâtre de cette dernière, Její pastorkyňa, fournit au compositeur le premier opéra, Jenůfa, qui le fit sortir de l’anonymat. Un autre écrivain, Max Brod, dont les traductions en langue allemande lui assurèrent le succès dans les pays germaniques ou encore Milan Kundera jouèrent un rôle éminent dans la reconnaissance de son génie musical. Sont examinés les membres de sa famille et les influences qu’ils eurent sur Janáček, son père, premier formateur, sa mère, son épouse Zdenka et les rapports compliqués qu’ils eurent, sa fille Olga, quelques-uns de ses frères et sœurs qui comptèrent pour lui. Nigel Simeone réserve une belle place aux femmes que Leoš aima, la première Kamila nommée Urválková, inspiratrice de son opéra Le Destin, la soprano Gabriela Horvátová, qui conduisit le succès pragois de Jenůfa et celle qui illumina les dernières années années de sa vie bien qu’elle resta sur une certaine réserve, Kamila Stösslová. Des compositeurs soutinrent Janáček ou l’inspirèrent ou encore le reconnurent, Foerster, Josef Suk, Martinů, Gustav Holst, etc. D’autres personnalités accompagnèrent le compositeur, tels les collecteurs Hynek Bím et Františka Kyselková et parcoururent un bout de chemin en sa compagnie comme František Bartoš. Alors que Janáček n’était pas encore reconnu, des musicologues travaillèrent obstinément pour établir sa stature, dans un premier temps Vladimir Helfert, plus tard Theodora Straková, Milan Kundera, Jarmila Procházková et John Tyrrell en particulier. Dans cette longue liste de personnes, on peut distinguer deux opposants provisoires et définitifs Karel Kovařovic et Zdeněk Nejedlý dont il faut connaître les angles d’attaque pour constater leurs parti-pris. 

Nigel Simeone n’oublie pas de mentionner des noms de personnages peu connus des mélomanes, pourtant en liens directs avec le compositeur. Collaborateurs un peu dans l’ombre du créateur, ils s’avèrent pourtant essentiels. Ce sont les copistes qui déchiffrèrent nombre de partitions manuscrites du maître de Brno : Václav Sedláček, Jaroslav Kulhánek, Josef Stross. D’ailleurs, si l’on veut connaître leurs noms, il suffit de consulter l’item copistes (copyists en anglais) pour qu’on nous invite à consulter leur nom dans le dictionnaire et à un autre item que l’on aurait oublié de consulter : copies autorisées (authorised copies). On l’on voit qu’on n’est pas en présence d’un simple dictionnaire, mais qu’il s’agit bien d’un outil que chaque lecteur, mélomane désirant apprendre quelques faits ou approfondir ses connaissances, peut utiliser à son goût ou suivant ses besoins spécifiques.

Chaque lecteur peut regretter qu’un ou plusieurs noms n’apparaissent pas dans ce Compendium, Ludmila Tučková, la créatrice de la sonate pour piano, I.X.1905, le collecteur Martin Zeman, les compositeurs Richard Strauss et Schoenberg, les pianistes Alain Planès et Thomas Ades et j’en oublie. Cependant le format d’un Compendium n’étant pas extensible à l’infini, il fallait choisir les faits et personnes les plus représentatives. On ne peut donc en vouloir à Nigel Simeone d’avoir passé sous silence tel ou tel. D’autant plus que chaque item, qu’il tienne sur quelques lignes ou s’étale sur une pleine page ou encore plus, est examiné avec minutie par l’auteur qui n’oublie jamais de mettre en relief les éléments essentiels de son  ou ses liens avec Janáček. 

Lorsqu’on tourne la dernière page de ce dictionnaire alphabétique, on n’en a pas fini avec la musique du compositeur. Qui est le mieux placé que Nigel Simeone pour décliner le catalogue des œuvres de Janáček en suivant là encore l’ordre chronologique, mais aussi en les classant par catégories. Il reprend en beaucoup plus condensé le catalogue auquel il a participé avec John Tyrrell et Alena Němcová en 1997 et pourtant, sur le Compendium, il occupe plus de vingt pages. Enfin, une quinzaine de pages sont utilisées pour établir une bibliographie dans laquelle les éditions en langue anglaise et en langue tchécoslovaque tiennent avec raison la part du lion.

Il serait nécessaire de déguster d’autres item bienvenus, par exemple celui qui dresse une liste de représentations picturales du compositeur par des artistes moraves, photographes, peintres et sculpteurs. Un item un peu inattendu sous le titre Phonograph rappelle que durant trois-quatre ans entre 1909 et 1913, le compositeur et deux de ses collaborateurs dans la collecte de musique populaires utilisèrent un phonographe avec lequel ils enregistrèrent des chanteurs populaires. Grâce à cette machine enregistreuse, Janáček lui-même s’appliqua à recueillir d’Eva Gabel une série de chants qu’il arrangea pour voix et piano (V/9). Cet item nous emmène à un autre qui a trait aux chants populaires qu’il collecta plus ou moins régulièrement depuis 1888 jusqu’à 1914. On peut encore consulter un nouvel item sous le titre Harmonium. Janáček ne négligea pas ce modeste instrument - utilisé d’ailleurs par des musiciens aussi modestes - puisqu’il lui destina quelques-unes de ses pièces qui formeront le recueil Sur un sentier recouvert. Y compris jusqu’à la fin de sa vie, il utilisa un harmonium dans sa maison à Hukvaldy. Grâce à une technique encore balbutiante, la radio - voir l’item Radio broadcasts - diffusa un certain nombre d’ouvrages du compositeur qu’on pouvait entendre en se branchant sur les longueur d’ondes adéquates (3). Il resterait encore quelques items un peu inattendus, mais qui éclairent d’une lueur inaccoutumée les travaux du compositeur ou son humeur du moment. Il faut laisser aux lecteurs le soin de les découvrir.

Que ce récent volume nous vienne de Grande Bretagne n’est pas une surprise. Si la musicologie britannique au sens large - Rosa Newmarch à l’époque de Janáček, Mark Audus, Paul Wingfield, John Tyrrell, Nigel Simeone, liste à laquelle on peut adjoindre le chef d’orchestre Charles Mackerras - n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer. En Europe occidentale, elle a œuvré consciencieusement à faire connaître Janáček. Ce Compendium, recèle un condensé certes, cependant jamais schématique, des principaux documents concernant le compositeur morave. On y sent la vie créatrice bouillonner. Il ajoute un très précieux et bel ouvrage à toutes les précédentes études.  Il peut vraiment servir de très utile porte d’entrée dans le monde de Janáček et même d’outil de référence (4). Que Nigel Simeone en soit remercié.

Joseph Colomb - mars 2019

Notes :

1. Dans son enregistrement des principales pièces pour piano, la jeune pianiste française Sarah Lavaud a tenu à les faire voisiner par quelques-unes de ces piécettes (Hortus 109).

2. Une belle notice que celle qui décrit les batailles avec la presse allemande de l’époque livrées par le chef d’orchestre Otto Klemperer est parfaitement décrite par Nigel Simeone.

3. Il n’est pas inutile de savoir que Janáček entendit ses Říkadla sur le récepteur de ses amis le 25 avril 1927 diffusés par Radio Brno alors qu’il se trouvait à Prague. 

4. Bien évidemment, les deux volumes de John Tyrrell, Years of a life (faber and faber), restent une référence indispensable à qui désire approfondir l’étude de Janáček.

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