Jane Mortier et la Sonate I.X.1905 de Janáček
Quelques nouveaux documents sur l’activité de Jane Mortier m’autorisent à proposer une réactualisation de mon article précédent de juillet 2016. Cette étude annule donc la précédente.
On trouvera en rouge les ajouts à l'ancien article.
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Année 1926. En Tchécoslovaquie, Janáček, 72 ans, plus que jamais actif travaillait à plusieurs compositions. La Sinfonietta jaillit de son imagination. A son retour de Grande Bretagne, il mit en chantier un concerto pour violon Errance d’une âme qu’il n’acheva pas. Dans son havre de paix estival, la station thermale de Luhačovice, il entreprit la Messe glagolitique. A l’automne ce fut au tour du Capriccio pour main gauche au piano et petit ensemble de naître, suite à une commande du pianiste Otakar Hollmann qui avait perdu l’usage de sa main droite, et enfin il révisa et amplifia sa première version des Řikadla sans compter l’écriture d’un «poème symphonique» Le Danube lui aussi inachevé. A soixante-douze, son activité créatrice ne faiblissait pas. Depuis le succès pragois de Jenůfa, qui remontait à déjà dix ans, l’étoile de Janáček ne cessait de grandir. Non seulement dans son propre pays, mais également dans les contrées voisines et notamment en Allemagne. L’événement déclencheur fut la création à Berlin de Jenůfa par Erich Kleiber en 1924. Comme une vague, dès l’année suivante, une dizaine de villes monta une nouvelle production de cet opéra. Aix la Chapelle, Fribourg emboitèrent immédiatement le pas à Berlin. De Brême à Magdebourg, en passant par Osnabruck, Darmstadt, Augsbourg, Nuremberg, Cobourg et Gera, chacune de ces maisons d’opéra se hâta de monter Jenůfa au cours de cette année. En 1926, quinze autres maisons allemandes d’opéra se lancèrent dans l’aventure. 1926, c’est aussi l’année où Janáček, invité en Grande-Bretagne par Rosa Newmarch, noua des contacts avec des musiciens anglais, Henry Wood à leur tête.
Et en France, que se passait-il avec la musique de Janáček ? Václav Štepán (1), Blanche Selva (2) dès 1920 avaient tenté d’attirer l’attention sur ce compositeur, sans vraiment intéresser leurs lecteurs. Les quelques intellectuels (comme Camille Mauclair) qui tournaient leurs regards vers l’Europe centrale, lorsqu’ils évoquaient la situation musicale en Tchécoslovaquie saluaient Smetana, le créateur de la musique tchèque, comme on le définissait alors et Dvořák, auréolé de ses succès en Grande-Bretagne et à New-York, mais ignoraient Janáček. Au cours d’une soirée musicale, en 1922, Henry Prunières qui dressait un tableau des tendances musicales européennes en excluait le compositeur de Jenůfa qu’il ne connaissait sans doute pas encore. Dans les salles de concert de l’Hexagone, on n’avait entendu de lui que sept ouvrages différents (3), tous interprétés par des musiciens tchèques (4) à l’occasion d’une de leurs tournées françaises. Un très léger sursaut intervint en 1925 lorsque le même Henry Prunières lors de son séjour pragois assista aux évolutions d’une certaine Petite Renarde, rusée de surcroît. Il en parla assez longuement dans les pages de sa Revue musicale. Il se mit en quête d’un musicographe pour révéler ce compositeur atypique. C’est ainsi qu’Erwin Felber, dans une dizaine de pages de La Revue musicale en août 1926, dévoila le corpus de Janáček et tenta de percer les secrets de la vive originalité de sa musique «avec sa tendresse intime et sa rudesse extérieure (5)». Il n’hésita pas, à propos de ses travaux théoriques à comparer le compositeur morave à Schoenberg !
Quelques interprètes français à ce moment souhaitèrent aller à la rencontre de la musique de Janáček. La première s’appelait Jane Mortier. Cette pianiste n’était pas une inconnue dans le microcosme musical parisien. Sans appartenir au cercle des Apaches qui réunissait autour de Maurice Ravel un groupe de poètes, de peintres et de musiciens au début des années 1900, elle avait côtoyé certains de ses membres. Par ailleurs, en 1911, elle créa le premier livre des Préludes de Debussy et quatre pièces du deuxième livre en décembre 1913 et soutint Satie (6) en promouvant régulièrement sa musique. Mais surtout, pendant la bonne vingtaine d’années pendant laquelle elle exerça son art, soit en gros entre 1910 et 1930, elle se signala par son attachement - d’aucuns diraient par son dévouement - aux œuvres de ses contemporains. Si elle fut identifiée comme une interprète fervente de Liszt, on la reconnaissait surtout comme la traductrice des différentes tendances de la création musicale de son temps à travers les œuvres de Schmitt, de Roussel, Ravel, Debussy, Dukas, mais aussi de Ropartz, Grovlez - ce dernier bien oublié aujourd’hui - de Max Jacob, Sauguet et des musiciens du Groupe des Six (Germaine Tailleferre lui dédia une sonatine). Elle lia connaissance avec Enrique Granados qu’elle reçut chez elle où il interpréta ses Goyescas devant un cercle de ses amis. Elle collabora parfois aux concerts des Fêtes du Peuple qu’Albert Doyen animait. De son piano et avec sa connaissance des mouvements actuels de la musique française, elle organisa des séances originales qui se tinrent à la Sorbonne dans le cadre du Groupe d’Etudes Philosophiques et Scientifique pour l’examen des tendances nouvelles, dont l’intitulé définissait bien les lignes de recherche. C’est ainsi que les membres du Groupe des Six tinrent souvent la vedette de ces récitals-conférences que l’amphithéâtre Descartes accueillait. Elle était liée aux mouvements artistiques et littéraires qui secouaient le paysage culturel français du début du siècle. C’est ainsi que, grâce à son mari, le peintre Robert Mortier, elle fréquenta une partie de l’avant-garde artistique ; elle rencontra le poète Guillaume Apollinaire que le couple Mortier reçut plusieurs fois dans son domicile à Nice en 1914. Le poète, lorsqu’il fut mobilisé à Nîmes, expédia cinq lettres à son hôtesse, quelques semaines plus tard.
D’ailleurs, durant la courte existence de la revue Action (7) que son mari dirigeait avec l’écrivain d’art Florent Fels - qui publia poèmes et articles d’Antonin Artaud, Raymond Radiguet, Max Jacob, entre autres, ainsi que des reproductions de dessins et tableaux d’un certain nombre d’artistes tels Robert Mortier, Marcoussis, Survage, Luc-Albert Moreau - Jane Mortier rédigea elle-même au moins deux articles. Par exemple, La musique aux USA en 1921 et Virtuosité, tu n’es qu’un mot… et le pire ! en avril 1922. Dans cette dernière chronique, elle s’offusquait contre une pratique digitale - qui malheureusement continue de sévir en notre siècle - qui favorisait plutôt le paraître que l’être. Après avoir reconnu que « Paris centre d'art du monde attire du fin fond de l'univers tous les spécialistes du clavier et de la corde — sans apporter l'humilité si nécessaire à la religion de notre art», elle affirmait « Or, si la virtuosité est un moyen, elle n'est nullement une fin», pour ensuite préciser sa pensée, « Nous devons palpiter des seules joies intérieures, nous devons avoir en nous un élément héroïque pour que notre interprétation paraisse limpide, nous devons casser nos chaînes pour apparaître devant l'univers (la salle de concert étant notre univers d'un soir) source de joie et de bonheur». Un peu plus loin, elle affinait son analyse : « Ne trahissons jamais la pensée si vibrante des maîtres. Extériorisons-la, afin que par une pente naturelle elle touche l'auditeur, le force à penser, s'impose à lui en un mot, et qu'il parte grandi. Voilà notre vrai rôle. Nous sommes des traduttori et non des tradittori». Le jeu de mots que la langue italienne permettait plus facilement que la langue de Molière, opposant les traducteurs aux traditionalistes, l’amenait à clarifier sa position, « J'apporte mon tribut d'admiration aux chefs-d'œuvre antérieurs — mais j'ai toujours voulu et je veux encore aider à la diffusion de tout ce qui a surgi depuis» sans se cacher les difficulté de cette tâche, « Je sais par expérience combien il est difficile de faire admettre une formule neuve, tout le mal qu'on a à entraîner les esprits avec soi, combien de gens aiment à se gargariser avec leurs vieilles admirations et comme aussi il est plus commode de rester dans l'inertie qui est le contraire de la Vie même». Ajoutons encore qu’elle citait les noms de six pianistes «spécialisés dans les programmes utiles (8)» c’est-à-dire dans la promotion des compositeurs de leur temps : Blanche Selva (9), Marcelle Meyer (10), Léo-Pol Morin (11), Joaquim Nin (12), P. Lucas (13), Ricardo Viñes (14). Si les noms des deux premières et du dernier nommé sont encore familiers une centaine d’années plus tard, les trois autres sont relativement oubliés aujourd’hui. Joaquim Nin est plus connu en tant que compositeur qu’en tant qu’interprète. Quant à Léo-Pol Morin, ce pianiste canadien qui fit une partie de ses études musicales à Paris, il jouit d’une renommée plus grande dans son pays que de l’autre côté de l’Atlantique. A propos de Jane Mortier, Léo-Pol Morin et Pierre Lucas qui donnèrent un concert à deux et trois pianos en avril 1925, Paul Le Flem écrivit «Les effets déplacés, les faux commentaires ne trouvent pas grâce chez ces trois artistes, nourris de la plus saine culture (15)». Pourquoi Jane Mortier, dans son article, ne nommait-elle que six pianistes ? En fait, pour la plupart d’entre eux, ils appartenait au même courant musical dans lequel ils se retrouvaient, partageant chacun leur goût pour la musique française contemporaine et la musique hispanique pour lesquelles ils avaient l’occasion de jouer parfois ensemble. En ce qui concerne Blanche Selva, c’était peut-être plus par déférence envers elle que par un compagnonnage fructueux, mais Jane Mortier reconnaissait les modifications que Blanche Selva avait introduites depuis quelques années dans sa pratique d’interprète.
Ce ne fut pas la seule incursion de la pianiste dans le domaine de l’écriture. Il est vrai que, rompue à l’art d’explications des œuvres qu’elle interprétait au cours de ses concerts, le passage de l’oral à l’écrit ne lui posa pas de problème. Quelque temps plus tôt, Jane Mortier, sans doute à l’invitation de ses amis québécois, avait rédigé un article L’œuvre de Liszt qui trouva sa place dans le n° 8 - août 1918 - de l’éphémère revue canadienne Nigog qui ne parut que durant cette année 1918. Ce qu’elle écrivit sur Liszt mérite quelques citations tant son analyse s’avère originale «En un mot, on ne peut comprendre le Liszt du piano que comme un explicateur de son propre orchestre. Il jouait du piano avec une telle magnificence et il s'était acquis tant de gloire, qu'il a failli être enseveli dans son triomphe, et mettre cette gloire en viager». Elle n’hésitait pas à lui faire tenir une place primordiale dans le romantisme : «Héritier de Bach et de Beethoven, émule de Chopin, de Berlioz et de Schumann, inspirateur et excitateur de Wagner, précurseur de Franck et même de Strauss et de certains modernes, divulgateur des rythmes slaves en même temps que Chopin, avant Borodine, Dvorak et Smetana, missionnaire d'art infatigable, Liszt aura été au coeur du XIXe siècle, un des hommes les plus représentatifs, une force inouïe, une âme inoubliable».
Pour en revenir à la musique, il faut encore ajouter les tournées de Jane Mortier en Espagne, au Canada, aux USA, en Tchécoslovaquie, pays où elle révéla les diverses voies empruntées par les compositeurs français de son temps. Lorsqu’elle fut décorée de la légion d’honneur en 1928, ses actions culturelles qui sortaient un peu de l’ordinaire et ses tournées à l’étranger pour promouvoir l’école moderne française ne furent sans doute pas étrangères à l’obtention de cette distinction.
Attardons nous un instant sur les séances insolites (16) de ce Groupe d’Etudes sis à la Sorbonne. «Le Groupe d’Etudes Philosophiques et Scientifiques pour l’examen des tendances nouvelles, dont la section musicale est organisée par Mme Jane Mortier, poursuit, avec un succès de plus en plus étendu, la série des concerts de musique actuelle. On peut dire maintenant d’une façon certaine que nous possédons un foyer vivant de musique moderne. […] Les meilleurs interprètes spécialisées en ces matières, Mmes Jane Mortier et Jane Bathori, ont mis leur réelle valeur au service de cette cause». Le chroniqueur soulignait le rôle majeur de la pianiste française dans l’organisation de ces séances. Il qualifiait son talent de Jane Mortier «souple, humain, profond et vivant (17)». Retenons la fonction de «foyer vivant de musique moderne», pas si fréquente à cette époque, qui autorisait parfois des ouvertures vers d’autres voies que celles qui s’exprimaient dans la musique française.
Musicologues, musicographes et historiens de la musique ne se sont pas bousculés pour examiner la place de l’interprète Jane Mortier dans l’évolution de l’adhésion du public à la musique moderne du premier quart du vingtième siècle. Aucune étude, ni sommaire, ni détaillée n’a paru sur cette pianiste. C’est bien dommage. Dans les témoignages historiques de son temps, on ne trouve pratiquement aucun renseignement sur Jane Mortier (18). Après de patientes recherches, je peux indiquer que Jeanne Vasseur naquit à Versailles le 1er janvier 1879 de parents, professeurs de musique tous les deux ; son père, Léon Vasseur, composa des opérettes qui connurent un certain succès. Elle entra au Conservatoire où, à quatorze ans, elle obtint un grand prix d’honneur. Elle se maria, toujours à Versailles, le 18 octobre 1906 avec le peintre Robert Mortier, niçois d’origine. Quand elle commença sa carrière d’interprète, elle transforma son prénom d’état-civil en Jane, prénom de scène. Son mari, né en 1878, mourut en 1940. Je n’ai pas encore découvert la date du décès de Jane Mortier.
Nous avons déjà évoqué la figure de la pianiste Blanche Selva qui se passionna pendant quelques années pour la musique tchèque. Cette passion la quitta presque au moment où Jane Mortier s’y intéressa (19). En 1926, dans le cadre d’un concert soutenu par des associations tchéco-slovaques, sans qu’on puisse désigner plus précisément qui les constituaient, Jane Mortier et le quatuor Novak-Frank, le 10 avril, dans la salle des Agriculteurs, déroulèrent un fil musical, qui après un hommage à Mozart et à quelques compositeurs français de cette époque, (Max Jacob, Satie, Milhaud), reliait Martinů, Suk, Novak, Dvořak et Janáček (20). Jane Mortier donna en première audition française un extrait de la Sonate I.X.1905 et plus précisément son deuxième mouvement Smrt (La Mort). Paul Le Flem, dans quelques lignes de Comoedia, salua cette soirée en ces termes : « Sous le patronage du Conseil central des associations tchécoslovaques, auteurs tchèques et français fraternisaient tout dernièrement sous l’égide du tendre Mozart. Un Quatuor de Dvorak, un autre de B. Martini (21), jeune compositeur tchèque remarquablement doué, ont été fort bien joués par le quatuor Novak-Frank (22), dont il faut louer les moyens splendides et aisés, la discipline, le style vivant et chaleureux. Mme Jane Mortier joua en pianiste compréhensive, diverses pièces d’auteurs contemporains. Elle apporta, dans la défense de cette musique, une sensibilité, une vivacité d’accent, dont ne s’étonneront pas tous ceux qui connaissent cette artiste aussi zélée que parfaite musicienne (23)».
Comme souvent, le chroniqueur retenait avant tout la performance des interprètes et ne disait rien des œuvres entendues. Si les mélomanes avaient été familiarisés avec les œuvres interprétées, ce serait compréhensible, mais en dehors des pièces des compositeurs français que Jane Mortier et d’autres pianistes avaient déjà jouées, ce n’était pas le cas de celles de Suk, Janáček et Novák. Il faut croire que ces pièces n’impressionnèrent guère Paul Le Flem, musicien pourtant ouvert à d’autres musiques que celles qui prévalaient à l’époque. Cette première audition de la Sonate de Janáček, amputée de son premier mouvement, fut un coup pour rien. Elle n’aurait pas été jouée qu’il en aurait été de même. Un autre chroniqueur - anonyme - traduisit en mots les impressions que cette pièce lui causa «La Mort très beau poème funèbre au rythme massif comme alourdi d'un tas de pierre» (La Presse du 15 avril 1926)
Dès 1922 au moins, Jane Mortier s’était rendue à Prague pour y faire découvrir la musique française actuelle. Cette pianiste, ouverte à la production de ses contemporains, ne pouvait qu’être attentive à la création venant d’autres horizons. Les pièces de Suk et de Novák étaient jouées à Prague depuis quelques années par ses homologues tchèques et si la pianiste française ne les avait pas entendues au cours d’un concert, elle pouvait facilement se procurer les partitions sur place. Il n’en était pas de même pour la Sonate de Janáček dont l’édition et la première audition pragoise datait de 1924. Les deux cycles, Sur un sentier recouvert et Dans les brumes ne parurent chez un éditeur à couverture nationale, à Prague, qu’en 1924. A moins d’avoir effectué le voyage à Brno, il était difficile à Jane Mortier d’en prendre connaissance. Il est probable toutefois que la notoriété de Janáček qui grandissait à Prague et dans le pays ait touché la pianiste française.
Toujours est-il que, cette fois-ci dans le cadre du Groupe d’Etudes philosophiques et Scientifiques, Jane Mortier réunit à la Sorbonne, le 7 mars 1927, Jane Bathori, Julia Reissorová (24), A. Gofman, Mme Libuše Novák et les danseurs Lydia Wisiakowá et Václav Veltchek (25) pour une soirée entièrement consacrée à la musique tchécoslovaque (26). Et qu’on y rencontra, pour une deuxième audition, la Sonate de Janáček. En huit parties, le programme présentait un éventail assez conséquent et emblématique de la musique tchèque de la période d’après-guerre. Bohuslav Vomáčka, Karel Boleslav Jirak, Leoš Janáček, Julia Reissorová, Jaroslav Křička, Ladislav Vycpálek, Alois Hába, Vitezslav Novák, H. Hibler, J. Kalas, Bohuslav Martinů, Otakar Ostrčil constituaient ce panel. En dehors de Hibler et Kalas au sujet desquels je ne dispose d’aucune information, de Novák et bien sûr de Janáček, tous les autres compositeurs appartenaient quasiment à la même génération puisque leur date de naissance se situe entre 1879 et 1891. C’est surtout après la fin de la première guerre mondiale que leurs œuvres s’ouvrirent un chemin dans la musique de leur pays. Il était assez rare qu’un concert propose un nombre de pièces aussi important (une vingtaine) ; cette avalanche de noms quasiment inconnus pouvait déconcerter les auditeurs. De cette liste de douze compositeurs, les personnes présentes ce soir-là à la Sorbonne pouvaient-elles imaginer qu’au début du siècle suivant, Janáček serait reconnu comme un maître, certes insolite, mais incontestable ? Autre présence notable, celle de Bohuslav Martinů qui, sur une partition de ses Trois danses tchèques conservées à Polička, écrivit «à Mme Jane Mortier grande propagandiste de la musique moderne». Martinů et Jane Mortier s’étaient probablement déjà rencontrés, sans doute peu de temps après l’arrivée du compositeur en France, puisque Martinů dédia un Prélude pour piano, H 140, écrit en mai 1924, à la pianiste française qui, semble-t-il, ne l’interpréta pas.
Entre les deux incursions en terre française de cette Sonate, comme si l’engagement provisoire de Jane Mortier envers Janáček avait déclenché un mouvement, faible il est vrai, d’autres musiciens hexagonaux se frottèrent à sa musique et donnèrent deux nouvelles premières auditions à Paris, le violoncelliste André Huvelin avec Pohádka, le 10 avril 1926, et le violoniste Pierre Lepetit (27) avec la Sonate pour violon et piano (28), le 31 mars 1927. Mais toutes ces tentatives aboutirent à des échecs. Le public n’était pas mûr pour commencer à apprécier cette musique. Ces quelques interprètes ne furent donc pas encouragés à renouveler leurs essais.
Au début des années 1920, si les écrits de Blanche Selva et ceux de Štěpán avaient bien cité Janáček, de façon plutôt brève, ceux de Mauclair ne l’avaient pas mentionné. Malgré l’investissement méritoire des trois interprètes français (Jane Mortier, André Huvelin, Pierre Lepetit), même s’il se révéla timide en terme de durée, on resta dans l’ignorance du monde musical du compositeur tchèque. Cet état de fait se prolongea longtemps.
En 1928, auréolée de l’obtention récente de la Légion d’honneur, Jane Mortier se rendit à Prague où elle donna un récital de piano le 8 mars. Alois Hába relata ce concert (29) dans le journal de la Hudebni Matice. « Dans les oeuvres du programme qui ont été interprétées, nous avons remarqué que les plus jeunes compositeurs français recherchent leur propre style musical de différentes façons. H. Sauguet et M. Jacob copient le classicisme. H. Cliquet-Pleyel et D. Milhaud élaborent selon les principes de la polytonalité. G. Auric et F. Poulenc succombent à de nombreuses influences qu’ils n’avaient pas encore correctement exploitées. A. Honegger s’aligne sur les sonorités de Schoenberg. Les oeuvres d’E. Satie de l’année 1914 sont d’un style original et personnel. La structure des idées n’est pas sans rappeler le style de Janáček. Pour le moment on ne trouve pas parmi les compositeurs français de la jeune génération des personnes au niveau du talent d'un Debussy ou d'un Satie». Jusque là pas de surprise. Jane Mortier en propagandiste de la musique de son temps fit connaître à son auditoire tchèque les récentes compositions de musiciens français qu’elle côtoyait ainsi que des pièces d’Erik Satie dont probablement Les Embryons desséchés dont Jane Mortier était dédicatoire de son numéro 3, Podophthalma. Dans le quotidien Comoedia, un certain Horatio écrivait «La pianiste Jane Mortier vient de remporter un triomphal succès à Prague où elle poursuit sa propagande en faveur de la musique moderne française». Mais Martin Ledvinka dévoile un fait jusqu’ici ignoré. Le directeur du département des éditions du Ministère des Affaires étrangères, Rudolf Kepl, conseilla aux éditions Hudebni Matice d’offrir à Jane Mortier huit partitions de compositeurs tchèques, soit qu’elle-même avait manifesté l’intention de les connaître, soit que du côté tchèque, on avait jugé utile de les lui remettre. Parmi celles-ci, la pianiste française reçut les partitions du recueil Sur un sentier recouvert et Dans les brumes que Hudebni Matice avait édités en 1924 ainsi que celle du Concertino que la maison d’édition pragoise avait mise à son catalogue en 1926. D’autres ouvrages de Smetana, Suk, Vomačka et Hába complétèrent le cadeau. Elle reçut ses partitions à son hôtel et il est probable qu’elle les étudia ou du moins qu’elle parcourut les portées. Par contre, je n’ai pas trouvé trace d’exécution d’œuvres de ces compositeurs en France, ni en Tchécoslovaquie d’après mon correspondant.
Avant de tenter des explications sur l’absence de la musique de piano de Janáček dans les futurs concerts de Jane Mortier, une question peut être posée. Se peut-il que Janáček ait assisté au récital pragois de la pianiste française ? Dans les dernières années de sa vie, le compositeur gagnait assez souvent la capitale du pays pour assister à une représentation d’un de ses opéras, participer à une réunion de travail du comité pour la musique populaire, s’entretenir avec un éditeur, etc. Le 1er mars 1928, il assista à la seconde production (et à la première pragoise) de Věc Makropoulos (L’Affaire Makropoulos), et le lendemain, à la création de son Capriccio par le pianiste Otakar Hollmann. Janáček repartit à Brno et revint à Prague le 22 mars. A coup sûr, la nouvelle de la création française du second mouvement de sa Sonate I.X.1905 par Jane Mortier ne lui était pas parvenue. Si le contraire s’était produit, il aurait pu, peut-être, vouloir écouter cette pianiste et serait resté quelques jours de plus à Prague. Il n’en fut rien. La connexion de Janáček avec la France fonctionnait très mal. En plus, le compositeur venait de finir son quatuor Lettres intimes chargé de passion et était plongé dans la composition de son dernier opéra, De la Maison des morts et sans doute se concentrait-il plus sur ses œuvres que sur les prestations de musiciens étrangers.
Pourquoi Jane Mortier en possession des deux recueils pianistiques de Janáček ne les joua-t-elle pas à son retour en France ? S’est-elle exprimée à ce sujet ? Si oui, ses paroles et ses écrits sont restés dans la sphère privée. Il semble bien en examinant les exécutions d’œuvres de Janáček par des interprètes français qu’aucun d’eux n’a joué deux fois un même ouvrage et à fortiori trois ou plus. Jane Mortier appartient au groupe très restreint de ceux et celles qui ont osé remettre une même pièce à deux reprises, la pianiste pour le second mouvement de la Sonate I.X.1905, les chefs d’orchestre E. G. Munch pour la Sinfonietta en 1932 à Strasbourg et René Bâton pour deux danses valaques (en fait Danses de Lachie). Le public n’était pas prêt à accueillir cette musique qui venait d’une autre monde musical, hors des normes anciennes et nouvelles et, qui plus est, d’un compositeur que l’on n’abordait pas facilement, justement par son refus de se couler dans des formes que l’histoire de la musique avait codifiées. A partir du milieu des années 1930, on ne trouve presque plus de trace d’activité pianistique de Jane Mortier en France. Il semble qu’elle avait entrepris une tournée en Amérique, mais je n’ai pas trouvé d’informations précises. Elle s’intéressa au compositeur, chef d’orchestre et rédacteur du Courrier musical René Doire (1879 - 1959) que l’on ne connait plus guère aujourd’hui. Son amour de la musique de Franz Liszt la rappela, début 1935, sur l’estrade d’un cercle restreint d’auditeurs, celui du club George Sand, où elle reprit un de ses exercices favoris, une causerie parsemée d’exemples musicaux. Puisque son mari, Robert Mortier, fréquentait ses collègues graphistes, sculpteurs, peintres, la pianiste ainsi introduite dans leur cercle les pratiqua, notamment Raoul Duffy. On la choisit à plusieurs reprises pour rejoindre un jury d’artistes et parfois elle se produisit au piano lors d’un de ces événements particuliers, par exemple en 1935. Mit-elle fin à sa carrière d’interprète alors qu’elle dépassait de seulement quelques années l’âge de cinquante ans ? Pour quelles raisons ? Laissons ces questions sans réponses, faute de documents. Regrettons simplement que la pianiste n’ait pas pu ou voulu jouer les deux recueils pour clavier de Janáček qu’elle possédait depuis sa tournée tchèque en 1928..
Pour son action énergique envers la musique pour piano de son temps et pour la révélation de la Sonate I.X.1905 de Janáček, qui ne déboucha pas sur un succès, ni provisoire, ni pérenne, pas plus que sur un début de reconnaissance du compositeur, il convient de rappeler l’intense activité pendant vingt-cinq ans de la pianiste Jane Mortier qui mérite de ne pas tomber dans l’oubli.
Joseph Colomb - juillet 2016 (actualisation mars 2019)
Merci à Martin Ledvinka de la Fondation Bohuslav Martinů pour ses recherches sur les liens entre Martinů et Jane Mortier et les informations transmises. Merci à Eric Baude pour ses traductions d'écrits tchèques en français.
L’iconographie publique et connue touchant Jane Mortier s’avère plutôt maigre. La plus ancienne photographie remonte à fin 1906 ou une année postérieure. On y voit Jane Mortier devant un piano en compagnie de son mari, de Ricardo Viñes, de l’abbé Léonce Petit et de Maurice Ravel, trois représentants des «Apaches». Un dessin publié par la revue de la Société Internationale de Musique le 1/12/1913 la montre interprète inspirée par Franz Liszt. En 1918, lors de sa tournée canadienne, on retrouve Jane Mortier et son mari avec Léo-Pol Morin et les fondateurs de la revue Nigog sur au moins deux photographies. Enfin, Le Guide du Concert croqua son portrait dans une de ses éditions des années 1920. Quelques journaux nationaux ajoutèrent à leurs critiques musicales à deux ou trois reprises des photographie en petit format et de piètre qualité de Jane Mortier, toujours dans les années 1920. Il existe certainement d’autres clichés, mais ceux-ci, s’ils ont été conservés, dorment dans des archives privées.
Notes
1. Václav Štepán créa à Lyon, le 11 février 1923, le cycle Dans les brumes qui n’impressionna ni les critiques présents, ni le public.
2. Blanche Selva ne joua aucune œuvre de Janáček en France.
3. Le chœur Maryčka Magdónova fut donné en 1908, ainsi que deux extraits des Quatre chœurs pour voix d’hommes par la Chorale des instituteurs moraves en 1908 à Paris, un seul extrait de La poésie populaire morave en chansons en 1920, Le Journal d’un disparu en 1922, Dans les brumes en 1923 et le chœur Les 70 000 de nouveau par les instituteurs moraves en 1925.
4. A l’exception de Mischa-Leon, ténor danois, qui avait révélé Le Journal d’un disparu aux Parisiens en décembre 1922 sans que ses auditeurs aient été frappés par la modernité de l’ouvrage.
5. La Revue musicale, août 1926, article du musicologue autrichien Erwin Felber (1885 - 1964) Felber assista à Prague en 1925 au festival de Société Internationale de Musique Contemporaine.
6. Erik Satie dédia à Jane Mortier le troisième morceau de ses Embryons desséchés composés en juin-juillet 1913, de Podophthalma. Étonnamment, Satie se départit quelque peu de sa lenteur et offrit à sa dédicataire un exercice de virtuosité gratuite comme elle ne les aimait pas. Une preuve de plus de l’esprit du compositeur.
7. Douze numéros s’étalèrent de 1920 à 1922.
8. Revue Action, mars 1922.
9. Blanche Selva (1884 - 1942), LIEN pianiste française. Même si on l’associe le plus souvent à l’école musicale de l’austère Vincent d’Indy, elle se pencha aussi sur des partitions de ses contemporains qu’ils appartiennent ou non au courant franckiste. Voir ses rapports avec la musique tchèque et Janáček en particulier. Guy Selva lui a consacré un livre important, Une artiste incomparable, Blanche Selva, pianiste, pédagogue, musicienne.
10. Marcelle Meyer (1897 - 1958), interprète inspirée de ses contemporains tout autant que de Couperin, Rameau, Bach et Scarlatti. Son legs discographique, plutôt tourné vers le XVIIIe siècle, a estompé son inlassable activité au service des compositeurs du Groupe des Six, Satie, Ravel, Debussy, Stravinsky, Falla, Albeniz dans l'entre-deux-guerres.
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| Marcelle Meyer, décembre 1938 © Boris Lipnitzki/Roger Viollet http://www.parisenimages.fr/fr/galerie-collections?recherche=Marcelle%20Meyer&debut=&fin= |
11. Léo-Pol Morin (1892 - 1941) pianiste, compositeur, critique, professeur canadien. Lors de ses séjours français, il se lia avec des musiciens de son temps, Ravel, Viñes en particulier.
12. Joachim Nin (1879 - 1949) pianiste et compositeur cubain.
13. Pierre Lucas, pianiste, se signala dès le début des années 1910 par des programmes de musique moderne avec Debussy, Florent Schmitt, Ravel, Déodat de Séverac. En 1913, il joua en duo avec Jane Mortier des œuvres de ses contemporains. En 1925, c’est avec Ricardo Viñes qu’il se produisit. La même année, il créa le Conservatoire International de Musique de Paris.
14. Ricardo Viñes (1875 - 1943), pianiste espagnol, ami de Ravel, Debussy, de Falla, de Déodat de Séverac, interprète d’un grand nombre de leurs œuvres ainsi que celles d'Albeniz et de Satie. Il mit un bon nombre de pièces pour piano de ses contemporains au programmes de ses concerts.
15. Comoedia, 27 avril 1925.
16. insolites autant par le lieu, un amphithéâtre plus habitué à recevoir des professeurs et des étudiants que des musiciens, que par le déroulement du concert, des informations sur chacune des œuvres avant leur audition. Blanche Selva s’y était essayée quelques années auparavant.
17. Revue Lyrica, février 1929, article non signé.
18. L’écrivaine Gabrielle Rival dans son livre La chaîne des dames (édité en 1924) consacra quelques pages à Jane Mortier, ainsi qu’à Colette, Lucie Delarue-Mardrus, Anna de Noailles et d’autres poétesses, comédiennes et artistes.
19. A l’un des Concerts Alexandrovitch à Paris en février 1924, Jane Mortier accompagna la cantatrice Urbanková dans des mélodies de compositeurs tchèques (Dvořák, Smetana, Novák, Suk, Štěpán, Bendl, Jindrich). Toujours en 1924 (au mois de juin), année de commémoration du centenaire de la naissance de Smetana, Jane Mortier le marqua à sa manière en interprétant une sélection de ses Danses tchèques.
20. Programme de ce concert : Mozart, Quatuor en ré majeur - Max Jacob, 3 Romances sans paroles - Satie, Sonate bureaucratique - Milhaud, Saudades do Brazil, 2 extraits : Sumare, Laranjeiras - Martinů, Quatuor à cordes n° 2 - Suk, A travers la vie et le rêve, n° 1 - Janáček, Le 1er octobre 1925 : La Mort - Novák, Mon mai - Smetana, La vision d’un bal, Danse tchèque : L’Ours - Dvořák, Quatuor en la bémol majeur.
21. Pendant de longues années, la presse française se signala par des coquilles qui touchaient la plupart des artistes étrangers, compositeurs compris, hors de la sphère germanique et italienne. Ici, on italianisa en Martini le nom du musicien tchécoslovaque Martinů.
22. La Quatuor Novák-Frank comprenait Stanislav Novák, Josef Stika, violons, Bohumir Klabík, alto, Mauritz Frank, violoncelle (ce dernier appartint un temps au Quatuor Amar dans lequel jouait Paul Hindemith à l’alto).
23. Comoedia en date du 14 avril 1926.
24. Julia Reissorová (1888 - 1938). Compositrice, elle étudia à Prague avec Josef Bohuslav Foerster, puis en Suisse et ensuite en France avec Albert Roussel et Nadia Boulanger. Sa Pastorale maritime fut jouée à la Société philharmonique de Paris en janvier 1937 sous la direction de Charles Munch. Ses mélodies Sous la neige et Giboulées de mars furent chantées par des cantatrices française. Elle participa à la création tchèque de l’opérette Le testament de tante Caroline de son ancien professeur Albert Roussel, à Olomouc en 1936 pour laquelle Le Figaro a rédigé un court article le 21 janvier 1037.
25. ll fut écrit Vleck, nouvelle illustration des coquilles qui parsemaient la presse française lorsqu’il s’agissait de noms provenant particulièrement d’Europe centrale. Václav Veltchek (1896 - 1968) dansa dans le corps de ballet de l’Opéra-Comique de Paris de 1927 à 1930, devint maître de ballet du Châtelet de 1930 à 1938. Il s’exila au Brésil à cause de ses origines juives. A Rio de Janeiro, il fut chorégraphe. Voir une rencontre de ce danseur avec la musique de Janáček.
26. En huit parties, alternant le piano solo, le chant et la danse, le programme de ce concert présentait la sélection suivante : au piano, Recherches (n° 2) de Vomáčka, Au carrefour de Jirak, La Mort, deuxième mouvement de la Sonate I.X.1905 de Janáček ; des mélodies de Reisserová, Křička et Vycpálek ; une polka dansée de Hába ; des mélodies de Novák, Hibler ; des pièces pour piano de Kalas, Reisserová et Martinů ; une danse de Jirak ; des mélodies de Jirak, Vycpálek et Ostrčil ; une danse de Martinů pour clore, cette danse, la troisième du recueil intitulé Trois danses tchèques, H 154, était la Polka que Martinů avait dédiée à Jane Mortier et qu’elle exécuta en première mondiale ce soir-là.
27. Il faut citer les pianistes qui accompagnèrent les solistes, Eugène Wagner pour Pohádka et Yvonne Gauran pour la Sonate pour violon.
28. Pourquoi cette Sonate pour violon plutôt qu’une autre œuvre ? Les ouvrages de musique de chambre de Janáček n’étaient pas légion. D’autre part, cette Sonate avait été présentée à Salzbourg, en 1923, au festival de la Société Internationale de Musique Contemporaine. Les musiciens français, soucieux d’ouverture, de connaissance des tendances musicales européennes du moment se tenaient informés de ce genre de manifestations.
29. Programme de ce concert : Première partie : conférence - Deuxième partie (de 1922 à 1928) : Suite* de Henri Cliquet-Pleyel, Sonate en ré majeur* de Henri Sauguet, Petite Suite* de Maxime Jacob, Sonatine de Georges Auric, Sept pièces brèves de Arthur Honegger, Saudades de Brazil de Darius Milhaud, Napoli, Barcarolle, Nocturne, Caprice italien de Francis Poulenc - Troisième partie : (1914) Album (21 pièces) de Erik Satie. Les œuvres suivies d’une astérisque furent données en première audition.




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