Un chef d’orchestre dans le siècle
Tel est le sous-titre du volume Une vie de héraut (1) que nous a livré Jean Périsson aux Editions L’Harmattan il y a quelques mois. Ce libellé désigne bien le contenu de ses pages.
Dans un article antérieur, j’avais attiré l’attention sur ce chef d’orchestre français dont on peut se demander pourquoi la renommée s’est amenuisée au fil des années qui ont suivi son arrêt d’activité. Il a eu l’excellente idée de retracer par écrit sa vie de chef ce qui permet au lecteur de se remémorer quelques pans de l’histoire musicale française récente. Son livre, rédigé d’une plume alerte, décrit très simplement son parcours musical durant une cinquantaine d’années. Ni amertume, ni revendication ; l’auteur tout au contraire souligne les grandes joies que la musique lui a causées.
Artiste, artisan au sens le plus noble du terme, il s’est mis modestement, mais de manière tout aussi enthousiaste au service des œuvres symphoniques et opératiques qu’il a dirigées en France, en Amérique, en Asie et dans de nombreux pays européens. Sa vie n’a pas été une suite de frasques, ni une succession de scandales, ni un étalage d’un ego imposant voire colossal. Il n’était pas non plus un artiste siégeant, impérial, sur un Mont Olympe d’où il aurait délivré des messages tonitruants annonciateurs de bouleversements esthétiques radicaux. Seul un amour de la musique, sous des formes variées, le conduisait sur les chemins de la vie. Il remplit humblement la noble tâche à entraîner de sa baguette brillante les instrumentistes de tel ou tel orchestre, du plus prestigieux comme l’orchestre philharmonique de Vienne au plus modeste comme sans doute celui du Venezuela, mais dont le talent des musiciens n’avaient rien à envier à pas mal d’autres phalanges symphoniques. «J’ai seulement emprunté les chemins qui s’offraient à moi, un peu comme on cueille des fleurs sauvages en traversant un champ…» déclare-t-il dans la conclusion de son livre.
Cette plongée dans cinquante ans de musique, à quelques années près le deuxième demi-siècle dernier, fait revivre l’activité musicale de notre pays avec ses lignes de force, ses lignes de fracture, le répertoire habituel aussi bien des grandes phalanges symphoniques que des moins renommées et les réactions suscitées par ses créations françaises. Certes Jean Périsson s’est tenu à l’écart du bouillonnement qui surgissait année après année dans le cadre du Domaine musical. Cependant, à la place qui était la sienne durant cette période, l’Opéra de Nice et l’Opéra de Paris, il œuvra à diriger les grandes œuvres du passé plus ou moins récent comme à révéler des pièces contemporaines, même si elles n’appartenaient pas à l’école sérielle.
Après avoir obtenu le premier prix du concours des jeunes chefs d’orchestre en 1952 à Besançon, après s’être perfectionné auprès de Jean Fournet et Igor Markevitch, il plongea quelque temps dans l’aventure des Jeunesses Musicales de France dont la mission constitua à former et à attirer à la musique de nombreux nouveaux auditeurs. La ronde des engagements commença ensuite avec 9 années passées à la tête de l’Opéra de Nice, suivies de 5 saisons à la direction de l’orchestre de l’Opéra de Paris et un peu plus tard encore quelques années à Ankara en Turquie à diriger l’orchestre présidentiel. De plusieurs pays parvinrent à Jean Périsson des invitations à conduire telle ou telle pièce lyrique ou telle œuvre symphonique. En 1980, une aventure plutôt insolite l’amena en Chine à monter Carmen dans la langue du pays et avec les forces instrumentales et vocales autochtones.
Jean Périsson, dans ses écrits, ne joue pas au musicologue donnant un cours d’analyse à ses lecteurs. Très directement, il décrit le parcours d’un interprète doté d’une simple baguette pour servir le plus loyalement possible sur les scènes d’opéra les pièces lyriques qu’on lui confiait ou les œuvres symphoniques qu’il avait programmés pour un concert ou un autre. Il s’évertua à conduire «le répertoire courant [qui] s’est constitué, au fil du temps, à partir des ouvrages les plus populaires, ceux qui remplissent les salles. Des compositeurs italiens - Rossini, Donizetti, Verdi, Puccini - et français - Gounod, Bizet, Massenet, plus rarement Berlioz - ont fourni le fonds de commerce de nos théâtres lyriques» auquel il ajoutait les comédies et drames germaniques de Gluck, Mozart, Beethoven, Weber, Wagner et Richard Strauss. Sous sa plume reviennent souvent les titres de Carmen, Faust, Manon, La Bohème, La Traviata qu’il dirigea à de nombreuses reprises.
Au cours de son récit, le chef d’orchestre cite les qualités vocales et scéniques des chanteurs et cantatrices qu’il eut le bonheur de diriger. Défilent sous sa plume les noms de Jacqueline Brumaire, Jane Rhodes, Régine Crespin, Mado Robin, Denise Duval, Janine Micheau et Nathalie Dessay, alors jeune débutante ainsi que Jacques Jansen, Jean Giraudeau et Jean-Philippe Lafont, entre autres chanteurs français. Mais également Beverly Sills, Shirley Verrett, Grace Bumbry, Catherine Malfitano, Tereza Berganza, Astrid Varnay, Martha Mödl, Inge Borkh, Teresa Stich-Randall, Maria Stader et Nicolaï Gedda, Placido Domingo, José Carreras, Nicolaï Ghiaurov, James King, Ruggero Raimondi, José Van Dam, Ivan Petrov au gré des productions menées en France, aux USA, en Autriche ou ailleurs. Un beau carnet d’adresses. Et du côté des solistes instrumentaux qu’il eut l’honneur d’accompagner le temps d’un concerto, les pianistes Annie Fischer, Arthur Rubinstein, Emil Guillels, Samson François, Gyorgy Cziffra, Andor Foldès, Aldo Ciccolini, Fazil Say, les violonistes Igor Oïstrakh, Ivry Gitlis, Nathan Milstein et d’autres solistes, Leonard Rose, Paul Tortelier, Narciso Yepes, Alexandre Lagoya, Maurice André, Michel Portal, Sylvio Gualda, pour n’en citer que quelques-uns. Cette liste de vedettes nationales et internationales du chant lyrique ainsi que celle de virtuoses instrumentaux démontre bien en quelle estime on tenait Jean Périsson durant toutes ces années.
Et pour rendre compte de l’intensité de son activité de chef d’orchestre, une nouvelle liste s’impose, celle des pays dans lesquels il a dirigé. En Europe, il est plus simple de ne citer que les pays qu’il n’a pas fréquentés : Hongrie, Pays-Bas, Norvège, Suède. Il fut l’un des rares chefs français à recevoir une sollicitation en 1981 pour assurer un concert au cours du fameux festival Printemps de Prague. La Russie, le Maroc, la Turquie, le Vénézuela, les USA le reçurent. En France, il sillonna le pays de Strasbourg à Nantes en passant par Nice, Lyon, Bordeaux, Nancy, Toulouse, Marseille et bien sûr Paris.
Dans toute son activité opératique et symphonique, Jean Périsson se distingua en révélant au public français un opéra de Chostakovitch, Lady Macbeth de Mzensk dans la version quelque peu édulcorée (2) sous le nom de Katerina Ismailova. Invité à venir honorer de sa présence cette création française, Chostakovitch ne reçut pas l’autorisation de quitter la Russie soviétique. Encore deux autres créations à mettre à l’actif du chef d’orchestre, L’Elégie pour de jeunes amants de Henze et L’Ange de Feu de Prokofiev, ce dernier n’ayant été donné en version de concert que par Charles Bruck en 1954. Jean Périsson joua un rôle non négligeable dans la diffusion de deux opéras de Janáček. Il créa Kát’a Kabanová en version française à l’Opéra-Comique de Paris en 1968 et quatre ans après la création par Charles Bruck donna une deuxième production à Marseille en 1972 de L’Affaire Makropoulos. «C’est alors un nom qui n’est pas encore très connu dans notre pays, pourtant c’est celui d’un des plus grands compositeurs tchèques. Inspiration très originale, assez secrète, qui supporte des choix parfois difficiles, et finalement très attachante» écrit-il à propos du premier opéra. Quant au second, il déclare «Je dois avouer que cet ouvrage m’a donné du fil à retordre. L’écriture instrumentale en est ardue pour l’orchestre, les parties vocales posent plus d’un problème aux chanteurs et surtout, comme toujours avec Janáček, à chaque enchaînement de deux fragments musicaux, les rapports de tempo, de l’un à l’autre, ne sont pas très clairement indiqués. On ne sait pas trop quelle battue adopter… En outre, ce compositeur semble affectionner l’emploi des altérations. Normalement, pour faciliter la lecture, l’usage est d’utiliser l’écriture enharmonique. Il s’y refuse et préfère surcharger les notes d’une forêt de doubles dièses et de doubles bémols. cela devient illisible, pour le chef comme pour le musicien». Malgré les difficultés qu’il eut à résoudre, la direction de Périsson ne s’attira que des compliments.
C’est bien le fourmillement de la vie musicale française comme internationale avec ses joies comme avec ses difficultés qui s’avère l’aspect le plus passionnant du livre de Jean Périsson. Bien plus que les quelques anecdotes qu’il distille dont certaines décrivent l’antagonisme de deux chanteurs pourtant bien obligés de s’entendre sur une scène de théâtre ou encore l’inculture de quelques spectateurs qui se croient obligés, vu leur rang social, de se montrer dans une loge d’une maison d’opéra. Mais l’émotion qui étreint Teresa Berganza à l’écoute du dernier mouvement de la symphonie n° 3 de Mahler gomme les banalités précédentes. De même, les rencontres avec Francis Poulenc, Darius Milhaud et Henri Dutilleux sont lourdes de signification. A propos de Poulenc (3), «une conversation avec cet homme est un moment d’exception. Car rien, chez lui, n’obéit à la convention, à la déduction logique. Sa spontanéité, sa simplicité, donnent à son expression une liberté sans limite et l’élégance de ses propos trouve tout naturellement son écho dans le charme de sa musique». Et de noter «une verve pétillante où l’humour est à fleur de peau» d’un concerto qui contraste singulièrement avec «une profonde émotion qui vous étreint le cœur» découlant de la dernière scène des Dialogues des Carmélites. Jean Périsson considère Darius Milhaud (4) comme un grand musicien qui «se double d’un humaniste authentique». Grâce au chef, Nice entendit Le pauvre matelot et Bolivar conquit musicalement le Venezuela.
On aurait aimé que Jean Périsson développe un peu plus ses réflexions sur la musique contemporaine. Hélas, il n’y consacre que quelques paragraphes. On sait qu’il n’accompagna pas le bouillonnant mouvement du Domaine musical. Cependant, sans atteindre l’action de Charles Bruck envers ses contemporains compositeurs, Jean Périsson ne délaissa pas totalement les œuvres de musiciens de sa génération. A Vienne, en 1968, Marius Constant, Jacques Charpentier, André Jolivet, Henri Dutilleux et Darius Milhaud figurèrent au programme de la soirée et une vingtaine d’années plus tard à Nice, Bruno Maderna, Luciano Berio, Jean-Etienne Marie et Virgil Thomson occupèrent l’affiche d’un autre concert. «Le malheur veut que, d’une manière générale, on demande aux artistes de jouer toujours les mêmes choses. Les interprètes sont souvent obligés de peser de tout leur poids pour imposer des œuvres moins connues du public, mais dont la beauté justifie pleinement une nouvelle écoute» se désole le chef qui persiste néanmoins à imposer aux musiciens de l’orchestre, d’abord réticents et au fur et à mesure des répétitions beaucoup plus réceptifs la deuxième suite de Bacchus et Ariane de Roussel à Ankara et la Symphonie n° 5 de Nielsen à Paris (5). «Les œuvres abondamment ressassées sont choisies pour correspondre aux attentes d’un public routinier» ajoute-t-il comme à regret de n’avoir pas suffisamment bousculé cet esprit conventionnel, comme il le confirme dans les dernières pages de son livre, se reprochant à lui-même «d’avoir peut-être trop souvent dirigé La Mer de Debussy ou la dernière suite de Daphnis et Chloé de Ravel» et d’avoir délaissé quelques autres courants significatifs de l’aventure musicale du XXe siècle.
Pourtant, il proclame son intérêt pour Britten dont il dirigea Les Illuminations. «Benjamin Britten est pour moi l’un des plus grands musiciens du XXe siècle. Sans vouloir établir un parallèle, j’aime assez rapprocher son cas de celui de son contemporain Dimitri Chostakovitch. Voilà des compositeurs qui sont restés imperméables à toute discipline, ne se sont pas souciés de modernisme à tout prix et sont restés fidèles à l’écriture tonale au moment où l’école de Vienne accomplissait sa révolution sérielle. Leur musique coule de source et ne se réfère à aucun système». Comme le chef le cite dans ce court hommage à Britten, il faut aussi se pencher sur Chostakovitch dont il dirigea sa Symphonie n° 5 dès l’année 1957 alors qu’elle ne brillait pas par sa présence dans les concerts de l’époque «Par son dynamisme, sa profondeur, son jaillissement, elle élève son auteur au rang d’un Beethoven du XXe siècle. A mes yeux, sa beauté formelle la met hors d’atteinte des analyses plus poussées. Le dramatisme architecturale du premier mouvement, le caractère méditatif et la tension poignante du troisième mouvement Largo, la force irrésistible du souffle populaire qui anime le deuxième mouvement et le Finale s’inscrivent dans un tout dont l’unité tient du miracle».
Un autre compositeur que Périsson dirigea à plusieurs reprises confirme que le chef ne regardait pas seulement dans la cohorte des musiciens bien installés dans le cœur du public. Et pourtant ce musicien était disparu depuis le début du XXe siècle, mais ses monumentales symphonies n’avaient pas encore obtenu l’assentiment des auditeurs. Dans les années 50, la musique de Mahler n’était presque jamais exécutée en France. Un frémissement eut lieu à la fin de la décennie avec par deux fois sa Symphonie n° 2 jouée à Paris sous la direction de Carl Schuricht et de Leonard Bernstein. La province allait suivre le 16 mai 1959 grâce à la baguette niçoise de Jean Périsson et à son orchestre renforcé par une partie des effectifs de celui de Monte-Carlo. «Dire que j’ai abordé ce monument symphonique démesuré […] comme s’il s’agissait simplement de diriger une œuvre de plus serait mentir. J’ai très bien compris que je me trouvais en présence de quelque chose d’une dimension et d’une portée inhabituelles. J’ai senti que les motifs ne se contentaient pas d’un développement purement thématique, mais que les idées musicales étaient chargées de signification philosophique : elles parlaient de la vie, elles parlaient de la mort, pour conclure dans le premier mot prononcé par le chœur : «Auferstehen, Ressusciter !» Modeste devant la grandeur de l’œuvre qu’il découvre, Jean Périsson d’ajouter «Prétendre pénétrer le sens profond du message contenu dans cette symphonie m’a semblé un peu hasardeux pour une première approche. J’ai préféré m’en remettre à mon intuition immédiate». Ce qui n’empêcha pas cette symphonie de recevoir un accueil éclatant. On a vu qu’un peu plus tard, le chef se frotta à un autre monument mahlérien, sa Symphonie n° 3. Mais en 1985, la pénétration en France de la musique du compositeur autrichien avait vaincu tous les préjugés antérieurs. Henry-Louis de La Grange avec ses trois gros volumes qui examinait la vie et l’œuvre du compositeur dans tous ses aspects avait fini de lever tous les obstacles sur la route de Mahler dans les cœurs français.
La musique de Béla Bartók n’attendit pas que Jean Périsson l’inscrive à un de ses concerts en 1969 pour triompher en France. La cause était entendue depuis quelques années. Il n’empêche, Bartók passait encore - aux oreilles des auditeurs frileux - pour un compositeur audacieux friand de dissonances. Le chef avait compris que «chez ce musicien, la recherche de la perfection esthétique est inséparable d’une quête d’absolu sur le plan humain». Le Concerto pour orchestre que Bartók composa deux ans avant sa mort représentait «l’aboutissement d’une maîtrise enfin totalement conquise», raison de plus pour le programmer à deux reprises à Paris et à Monte-Carlo.
Enfin, il convient de souligner l’aventure assez extraordinaire qui consista pour Jean Périsson à monter de toutes pièces un opéra qui avait conquis tous les suffrages dans le monde occidental, mais dont le sens, la portée et la musicalité échappaient complètement aux Chinois. Le grand pays s’ouvrait de nouveau au Monde. Dans un premier temps, on demanda à Jean Périson qui jouissait du prestige du pays dont il était originaire, de tenir des master-classes pour des chefs d’orchestre chinois. De rencontres en rencontres, la chef de l’Opéra de Pekin le consulte pour monter Carmen. Pendant un an et demi, au cours d’un certain nombre de séjours dans l’Empire du Milieu, le chef français, aidé par quelques collaborateurs soigneusement choisis (6) organisa les répétitions d’orchestre, surveilla la traduction du livret en chinois, auditionna des dizaines de chanteurs afin de choisir ceux qui incarneront au mieux les héros de Bizet dans trois distributions. Grosse difficulté, comment atténuer la différence des cultures entre les interprètes (instrumentistes, chanteurs, décorateurs, etc.) et l’opéra de Bizet et tout ce qu’il transmet ? Le 1er janvier 1982, les obstacles de toute nature franchis, Jean Périsson pouvait conduire la première de Carmen en Chine. Ironie du sort, six ans plus tard, cette production est invitée au festival finlandais de Savonlinna sous la baguette de la chef de l’Opéra de Pékin qui avait sollicité le chef français. Et comme le succès appelle le succès, le chef français revint à plusieurs reprises en Chine après cette mémorable Carmen. Cet enregistrement de l’opéra a même reçu en 1983 le Grand Prix du Disque en France «extraordinaire performance [des] jeunes chanteurs chinois qui, par leur engagement total dans une culture inconnue, ont véritablement jeté un pont entre deux civilisations».
Jean Périsson, transmetteur d’émotion, a bien rempli son rôle tout au long des années à la tête d’un orchestre, ici dans l’Hexagone ou ailleurs dans le Monde. Même s’il ne s’est pas engagé comme d’autres dans la diffusion d’une musique contemporaine conquérante voulant ouvrir de nouvelles voies à explorer, il a défendu le grand répertoire opératique tout en révélant au public français quelques réalisations qui depuis ont rejoint le répertoire. Pour Janáček, alors que Kát’a Kabanová n’était apparu sur une scène française que par l’entremise de l’Opéra de Belgrade en 1959, dans le cadre du Théâtre des Nations, il eut le mérite en 1968 de porter à la connaissance des habitués de l’Opéra-Comique une version française de l’opéra du compositeur morave. Les Marseillais quant à eux bénéficièrent d’une Affaire Makropoulos en 1972. Alors que la musique de Janáček ne s’était pas encore acclimatée en France, Jean Périsson apporta sa pierre à l’édifice. Il peut être fier de sa contribution. Et son livre porte témoignage d’une vie toute entière consacrée à la musique des autres, ne volant la vedette à personne, ne jouant pas les stars, mais restant au service des ouvrages du passé et parfois de compositeurs de son temps.
Joseph Colomb - mars 2015
Notes :
1. Un beau titre évoquant de manière sonore un poème symphonique de Richard Strauss…
2. Lorsque Lady Macbeth de Mzensk fut créé en URSS en 1934, elle eut à subir les critiques sévères du pouvoir politique. Chostakovitch pour éviter d’être définitivement mis à l’index retira sa pièce et la garda pour lui. Une vingtaine d’années plus tard, il la reprit, tâchant d’enlever les traits les plus propres à une nouvelle condamnation et la dénomma Katerina Ismailova.
3. Les deux facettes opposées de Poulenc, Jean Périsson les rencontra avec Les Mamelles de Tirésias en 1966 à Monte-Carlo et Les Dialogues des Carmélites en 1981 et 1983 à Strasbourg et à Nice.
4. A vingt ans de distance, Jean Périsson conduisit Le pauvre matelot en 1963 et Bolivar en 1983.
5. La composition de Bacchus et Ariane date de 1930 et celle de la symphonie de Nielsen de 1922. Cinquante à soixante ans après leur création, on est étonné de voir de telles réactions de la part des musiciens d’un orchestre !
6. La soprano Jacqueline Brumaire, le metteur en scène René Terrasson intervinrent à plusieurs reprises dans cette production chinoise de Carmen.

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