Chorale des instituteurs moraves en France - article 5
l’année 1988
Chorale des instituteurs moraves en France - article 5 : année 1988 - le présent article
Depuis leur venue en France en 1983, les choristes moraves avait mis un pied en Yougoslavie en 1984 et en Bulgarie et en Italie en 1987. Les relations franco-tchèque, même si elles ne reposaient que sur des épaules privées et non sur des contacts réguliers entre les états, apprirent aux chanteurs de Brno le projet de l’Opéra de Paris de monter deux opéras de Janáček et de profiter de cette occasion pour diffuser plus largement qu’à l’accoutumée la musique du compositeur morave. On se souvint, à cette occasion, des tournées récentes de la chorale en France. Et on se résolut à les inviter à nouveau.
1988. Année à nulle autre pareille dans la réception française des ouvrages de Janáček. En quelques mots, rappelons le festival mis sur pied par l’Opéra de Paris avec Kat’a Kabanova en langue originale sous la baguette de Jiří Kout et De la Maison des morts sous celle de Charles Mackerras accompagnés d’une exposition dans les murs de l’opéra et de plusieurs concerts symphoniques et de musique de chambre dans différentes salles parisiennes et en province.
De février à juin, si on détaille quelque peu, une série de concerts comme on n’en avait jamais connu auparavant apporta ici et là nombre d’ouvrages qui n’avaient pour la plupart guère été joué dans les salles de concerts hexagonales. Avec le concours de deux solistes internationaux de forte notoriété, Martha Argerich et Gidon Kremer, s’amorçait le début de ces festivités avec la Sonate pour violon et piano dès janvier. Suivirent les deux quatuors, que le Quatuor Janáček avait déjà révélés dans plusieurs villes, cette fois ci sous les archets des Quatuors Hagen, Melos, Talich, Smetana et Dolezal à Paris dans divers lieux, concerts échelonnés entre janvier et juin. On joua Mládí aussi bien à Paris, à Cognac qu’à Mâcon où le pianiste Radoslav Kvapil livra des pièces pour piano dont Sur un sentier recouvert, tandis que Josef Páleníček interpréta les pièces principales pour piano ainsi que les pièces concertantes (Concertino et Capriccio). Alain Planès qui depuis quelques années diffusait la musique de piano en France exécuta Dans les brumes. De Montpellier parvinrent les chants d’un jeune paysan captivé par la beauté sauvage d’une tzigane qu’exprimait Le Journal d’un disparu entendu également à Paris. Quant à la musique symphonique du maître de Brno, sa Sinfonietta retentit par deux fois à Paris et à Strasbourg dont une sous la baguette de Václav Neumann, ainsi que la Suite tirée de La Petite Renarde rusée et Taras Bulba. Sans être complet, il faut ajouter sur les ondes de Radio-France fin mai, trois pièces chorales (Otče Náš, Elégie sur la mort de ma fille Olga et Říkadla) dirigés par Michel Tranchant, les deux premières en création française (1) par un ensemble français, belle introduction à l’intervention future des choristes moraves.
Pendant longtemps, la musique de Janáček n’effectua que de rares apparitions sur les scènes de concerts et d’opéras françaises. On n’enregistrait ses ouvrages que dans son pays natal et les disques tchèques, essentiellement sous lia marque Supraphon avaient de la difficulté à parvenir dans l’Hexagone. Le seul livre édité en 1930 aux Editions Rieder dû à la plume de Daniel Muller était épuisé depuis des années. A partir des années 1970, les articles de Martine Cadieu, Jacques Lonchamp, Marc Pincherle, le livre de Guy Erismann en 1980, quelques enregistrements chez Decca sous la baguette de Charles Mackerras, des concerts intégrant une pièce du compositeur morave devinrent un peu plus fréquents. Avec l’éclosion déclenchée par le festival consécutif aux représentations de deux de ses opéras à Paris, la longue traversée du désert qui toucha Janáček se termina.
L’automne arrivant, on aurait pu penser que la flamme de curiosité envers Janáček allait s’éteindre. Il n’en fut rien. Un florilège de ses œuvres chorales se promena de la grande région lyonnaise jusqu’en Alsace. En relation avec le Mouvement Janáček, créé récemment et avec l’aide d'une personnalité du ministère tchèque des Affaires étrangères pour la France, Charles Prager, directeur du Centre culturel Saônora de Mâcon organisa une tournée de la chorale des instituteurs moraves. En onze journées, changeant tous les jours de lieu, les choristes s’arrêtèrent dans onze villes différentes pour donner un récital de chœurs de compositeurs tchèques auxquels ils joignirent des pièces de Palestrina et de Victoria.
Quels compositeurs tchèques promurent-ils ? Bedřich Smetana avec deux chœurs, Modlitba (Prière) et Píseň na moři (La chanson en mer), Antonín Dvořák avec Hostina (Le Festin), Pavel Křížkovský, le moine du couvent des Augustins à Brno qui initia Janáček à la musique populaire morave, intervint avec Dar za lásku (Cadeau d’amour), Šatečka, le compositeur slovaque Eugen Suchoň (1908 - 1993), deux anciens dirigeants de la chorale, Jan Šoupal (1892 - 1964) et Oldřich Halma (1907 - 1985) qui composaient aussi, deux musiciens du XXe siècle, Zdeněk Lukáš (1928 - 2007) et Petr Eben (1929 - 2007) complétèrent le panel tchèque. Les choristes n’oublièrent pas Janáček dont ils chantèrent quatre chœurs : Ach vojna, Ah, la guerre (IV/17c), Láska opravdivá, L’amour véritable (IV/8), Sedmdesát tisíc, Les 70 000 (IV/36) et Potulný šílenec, Le Fou errant (IV/43).
Entrons dans le détail. Après avoir quitté Rozvadov le 17 novembre, ville tchèque frontière avec l’Allemagne, un des passages du rideau de fer, ils traversèrent le pays germanique en passant par Nuremberg et Mannheim et entrèrent en France. A la hauteur de Reims, ils s’arrêtèrent pour la nuit qu’ils passèrent, semble-t-il dans leur bus. Ils gagnèrent Paris après sans doute un lever matinal tant ils espéraient profiter du temps le plus long possible pour visiter la capitale. La nuit les vit s’installer au Centre international de séjour qui leur offrit l’hospitalité pour la dépense la moins dispendieuse. Comme leurs ressources financières, tant associatives que personnelles, ne leur permettaient pas des dépenses somptuaires, très loin s’en faut, ils se contentaient de peu. Les années précédentes, ils étaient plutôt satisfaits de dormir dans des auberges de jeunesse ou des dortoirs de lycée plutôt que dans des hôtels qu’ils n’auraient pu payer (2). La richesse culturelle de la capitale les captivait. Aussi, dans la matinée du 19 novembre, ils grappillèrent quelques précieuses minutes pour une dernière visite ou une ultime promenade le long de la Seine.
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| Jan Rozehnal travaille avec les instituteurs moraves © PSMU |
Le 19 novembre, ils arrivèrent à Mâcon, conduits par leurs deux chefs de chœur, Jan Rozehnal et Lumír Pivovarský. Les attendait tout d’abord une rencontre avec la municipalité. Après une répétition, au centre culturel Saônora, ils déclinèrent leur programme à 20 heures 30 dans une salle de 900 places. Les auditeurs eurent la surprise de découvrir la voix de soprano de Dagmar Bundžová (3) s’élevant dans Potulný šílenec, l’un des derniers chœurs composés par Janáček. Dans la deuxième partie de la prestation des choristes placée sous la direction de Lumír Pivovarský, après les pièces de Smetana, Křížkovský, Dvořák, la violoniste Hana Kotková, «vêtue d’une ravissante robe de princesse pourpre (4)» anima les cinq parties du cycle de Zdeněk Lukáš, Jaro se otvírá (Le Printemps s’ouvre). Des pièces de Halma, Šoupal et Suchoň terminèrent la prestation chorale. Pour la rentrée en France des instituteurs moraves, Charles Prager avait préparé un repas qui réunissait les chanteurs et les organisateurs de leur séjour. Tard dans la nuit, la musique continuait à rassembler des Tchécoslovaques et des Français.
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| la violoniste Hana Kotková |
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| le chef Lumír Pivovarský © PSMU |
Malgré une courte nuit chez les habitants qui les hébergèrent, les chanteurs moraves gagnèrent Bourges le 20 novembre où la Maison de la culture les accueillit. Puisque le concert avait été programmé à 17 heures, pas de temps à passer pour admirer les maisons à colombages et la cathédrale gothique, il fallait s’appliquer à la répétition quotidienne. Reprenant le programme décliné à Mâcon, les choristes n’enlevèrent qu’un chœur de Janáček, Les 70 000, à la totalité des pièces qu’ils souhaitaient présenter à leurs auditeurs. Et pour la nuit, le bar-restaurant-hôtel «Au rendez-vous des amis» fit l’affaire sans puiser trop dans les finances des instituteurs moraves.
Pas vraiment le temps de souffler, le 21 novembre, il leur fallait gagner Roanne. Prévu comme d’habitude à 20 h 30, cet horaire laissait aux chanteurs le temps de se reposer avant la répétition dans la salle à l’italienne du Théâtre municipal qui abrita, le temps d’une soirées, les chanteurs venus de si loin. Contrairement à Bourges, le programme complet, tel qu’il avait été chanté à Mâcon, fut donné à Roanne. Et, le concert terminé, les Moraves s’éparpillèrent dans les différentes maisons qui leur avaient réservé un couchage.
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| Le théâtre municipal de Roanne |
Le lendemain 22 novembre une étape alpine les attendait. Enserrée entre les massifs montagneux de la Chartreuse et celui de Belledonne, au tout début de la vallée du Grésivaudan, proche de Grenoble, la ville de Meylan, ville de 18 000 habitants détient une salle de spectacle, l’Hexagone, Scène nationale. Charles Prager avait tissé des liens avec d’autres responsables locaux de théâtre, que leur salle soit estampillée ou non du titre de scène nationale. Il n’eut donc peu de difficultés à en faire adhérer un certain nombre à son projet artistique autour de la prestation vocale des instituteurs moraves, ainsi à Meylan où on acquiesça. Ici, comme la veille à Roanne, on entendit l’intégralité du programme retenu par les deux chefs de la chorale. Les choristes passèrent la nuit dans un centre d’hébergement étudiant.
Il fallut déménager le jour suivant, comme à chaque jour de cette tournée. On repassa de l’autre côté du Rhône en abandonnant les massifs alpins peut-être déjà recouverts de neige. Le Massif central dans ses retombées est qui paraissaient bien molles face aux fiers sommets de Belledonne et aux forteresses calcaires de la Chartreuse reçut la troupe chorale à Privas, petite ville d’une dizaine de milliers d’habitants, préfecture du département de l’Ardèche. On ne sait pas si les chanteurs moraves goûtèrent les châtaignes ardéchoises, fruit représentatif du Vivarais. Dans le Théâtre municipal où les auditeurs locaux prirent place, on déploya le programme dans sa totalité. Après le concert de la soirée, les choristes dormirent chez les habitants qui avaient bien voulu les héberger et qui comprenaient probablement un certain nombre de mélomanes.
Quittant les contreforts du Massif Central, les Moraves rejoignirent la vallée du Rhône qui les amena dans la banlieue immédiate de la capitale régionale des pays rhodaniens, Lyon. En fait, ils étaient attendus à Oullins, ville de 26 000 habitants et plus précisément au Théâtre de la Renaissance. Sa grande salle ne pouvait rassembler qu’un peu plus de quatre cents spectateurs environ. Est-ce pour cette raison que les choristes ne chantèrent pas Les 70 000 de Janáček et Dar za lásku de Pavel Křížkovský ? Le souvenir du passage des anciens de la Chorale à Lyon en 1925 n’existait que dans les archives des journaux régionaux. La musique de Janáček n’avait guère visité la ville entre Rhône et Saône où les habitants d’Oullins pouvaient facilement se rendre. Les membres du Quatuor Janáček avaient bien joué La Sonate à Kreutzer en 1966 et Les Lettres intimes en 1972 à la salle Molière en bordure de Saône et proche de l’Hôtel de ville lyonnais, une bonne dizaine d’années avant les instituteurs moraves, on avait entendu la Suite pour cordes juvénile du compositeur en 1979, et surtout l’Opéra de Lyon avait bien monté Jenůfa en 1974 et les Voyages de M. Broucek deux ans avant le passage de la Chorale morave à Oullins, mais c’était très peu. Janáček demeurait quasiment inconnu. Dans les mémoires des mélomanes cohabitaient maintenant, bien identifiés, sous son nom allemand de La Moldau (Vltava) de Smetana, la Symphonie du Nouveau Monde et les Danses slaves de Dvořák. Quant aux autres compositeurs tchèques, personne ne pouvait citer le nom d’une de leurs œuvres. De ce point de vue, la venue des choristes levait un coin du voile sur la musique de ce pays d’Europe Centrale dans lequel il n’était pas aisé de pénétrer, l’existence du rideau de fer (5) ne facilitant toujours pas l’entrée. Un établissement scolaire prêta ses dortoirs pour une nuit de repos.
Le jour suivant, le 25 novembre, le déplacement ne prit que très peu de temps aux Moraves. Entre Oullins et Vienne, la distance ne dépasse pas une trentaine de kilomètres. Nul doute qu’arrivés à Vienne, les chanteurs eurent la possibilité de faire un peu de tourisme pour admirer les monuments romains que renferme la ville, un imposant théâtre niché dans la colline qui surplombe la cité et le temple d’Auguste et de Livie, entre autres. Contrairement aux autres scènes qui les reçurent, le théâtre à l’italienne de Vienne ne récolta qu’un programme un peu étriqué, amputé d’Eben, Smetana, Křížkovský et de deux chœurs de Janáček, Láska opravdivá et Les 70 000, soit 7 pièces manquantes. Pour passer la nuit, les choristes se dirigèrent vers une auberge de jeunesse.
Abandonnant la région lyonnaise, le groupe morave chemina vers l’Alsace, deuxième région à recevoir les chanteurs. Ils s’arrêtèrent à Belfort, porte d’entrée vers la plaine alsacienne. Le Théâtre municipal ouvrit ses portes aux choristes pour leur ordinaire répétion avant de recevoir les auditeurs à 20 h 30. Aucun chœur ne fut retranché dans le programme de la chorale appuyée par les deux solistes féminines. Un hôtel F1 les hébergea pour la nuit.
Le voyage vers Strasbourg, le 27 novembre, n’annonça rien de négatif. Par contre, des changements importants survinrent à leur arrivée dans la capitale alsacienne. Primitivement, le Centre culturel Le Maillon devait les recevoir. Finalement, ce fut la cathédrale qui fut désignée pour lieu de concert. Il en découlait un gain de popularité pour les chanteurs de se produire dans ce site historique. Quelques problèmes matériels subsistèrent pourtant puisque le pavage en cours de réfection devant l’édifice n’était pas terminé. L’absence d’une flèche au clocher du monument déclencha de nombreuses interrogations. A coup sûr, ils profitèrent de leur présence dans la cathédrale pour effectuer une visite touristique pendant laquelle les chanteurs purent admirer les vitraux et les sculptures ainsi que la hauteur des voûtes et l’harmonie des dimensions de ce vaisseau de pierre. L’émerveillement se lut sur leurs visages. Peut-être firent-ils un rapprochement avec l’église Saint Pierre et Saint Paul de Brno, voire avec la cathédrale pragoise de Saint Guy. Le programme se déroula dans sa totalité exception faite de la Messe de Petr Eben. Les choristes retrouvèrent un hébergement dans une auberge de jeunesse, comme à Vienne.
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| La cathédrale de Strasbourg dans laquelle les choristes moraves se produisirent. © collection privée |
Touchant à sa fin, la tournée aboutit à l’avant-dernier concert à Colmar. On mit à la disposition des choristes la salle des Catherinettes dénommée ainsi en mémoire des sœurs dominicaines de Sainte Catherine qui fondèrent en ce lieu un couvent au Moyen-Age. Après la répétition, le concert à 20 h 30 déroula le programme complet. Pour l’hébergement nocturne, on dirigea les Moraves vers le village vinicole de Mittelwihr, à une dizaine de kilomètres de Colmar. Les archives ne disent pas si les chanteurs eurent droit à une dégustation des vins d’Alsace pas plus qu’elles n’indiquent si leur logement était collectif ou dispersé chez plusieurs habitants de la localité.
Enfin, le 29 novembre, Mulhouse offrit l’hospitalité aux choristes pour leur dernier jour passé en France. Le trajet ne fut pas long depuis Colmar. Les chanteurs, en dehors de quelques visites touristiques, purent de reposer quelque peu avant d’entamer le long voyage de retour jusqu’en Moravie. Mais auparavant, ils se produisirent dans le quartier Drouot de la ville pour un au revoir au public français avec l’intégralité de leur programme, à moins que ce ne soit dans le Centre d’action culturel de la ville de Mulhouse, les archives de la chorale ne sont pas très précises sur ce point. Au cours de ce concert, ils rencontrèrent Guy Erismann, président du Mouvement Janáček à qui la Chorale morave décerna un diplôme d’honneur pour le récompenser de ses efforts pour faire connaître la musique tchécoslovaque en France. Il fallait se séparer, chanteurs tchèques et délégation française pour permettre aux moraves de prendre un repos réparateur dans l’auberge de la jeunesse de la ville.
Le dernier jour de novembre signa le départ des choristes, de leur deux chefs et de leur deux solistes. Même si, au cours de leur tournée, les lieux d’hébergement pour la nuit ne leur apportèrent pas les meilleures solutions pour récupérer de leur fatigue, les Moraves emportèrent de leur séjour de bons souvenirs puisque l’année suivante, ils firent une étape en France dans un lieu qu’ils appréciaient depuis leur première venue six années auparavant, l’église de la Daurade à Toulouse. Mais ceci est une autre histoire.
Quel impact obtinrent les onze concerts des instituteurs moraves ? Comme on ne les reçut pas à Paris, et que les lieux de concerts ne concernaient que des villes petites ou moyenne par la population, à l’exception de Strasbourg et Mulhouse, la presse nationale, de même que la presse musicale, ignora leurs différentes prestations. Seuls quelques organes de presse locaux s’intéressèrent à la chorale morave. Ainsi, à la suite de leur passage à Mâcon, on put lire « nous sommes loin du son standardisé des chorales françaises. Les basses profondes ne craignent pas les sons de gorge et s’harmonisent avec les soprani : de belles voix de tête. Si l’ensemble reste parfait jusque dans les pianissimi, chaque chanteur réussit à affirmer la singularité de son timbre à la fois tendre et rude (6)». Plusieurs journalistes locaux distinguèrent Le fou errant de Janáček de l’ensemble des chœurs chantés de même qu’ils félicitèrent les chanteurs de « leur formidable exemple de cohésion (7)». Du côté des chanteurs moraves, le fait d’avoir interprété à onze reprises les chœurs de plusieurs de leurs compatriotes devait les satisfaire d’avoir bien rempli leur mission. Mais du côté du public français, ils eurent le bonheur de toucher directement des mélomanes qui jusqu’ici n’avaient pas eu de contact ou si peu avec la musique tchèque et pas plus avec celle de Janáček. Pourtant, le retentissement de la tournée ne toucha que les villes traversées et n’eut que très peu de répercussions au niveau médiatique. Cependant, quasiment tout au long de cette année 1988, la musique de Janáček avait fait un bond en avant auprès des mélomanes de l’Hexagone, après le beau printemps engagé par l’Opéra de Paris entraînant à sa suite de multiples scènes réparties dans plusieurs régions. Le Mouvement Janáček, sans être un élément moteur décisif dans cette diffusion, participa assez activement à cette opération. Etait bien terminée, la traversée du désert par la musique de Janáček.
Merci à Jiří Krumpholc, ancien président de la Société Chorale des Instituteurs Moraves (Pěvecké sdružení moravských učitelů) pour les nombreuses informations et les photos inédites concernant les tournées étrangères de la Chorale et au chef d’orchestre Robert Ferrer qui m'a permis la communication avec Jiří Krumpholc.
Joseph Colomb - juin 2019
Notes :
1. Říkadla avait été créé par Kent Nagano trois ans avant la venue des choristes moraves. Il est possible que Otče Náš et Říkadla aient été créés en France par les Madrigalistes de Prague en 1978, mais l’assertion « création par un ensemble français » reste exacte.
2. En 1988, la situation politique (et économique) de la Tchécoslovaquie la coupait des pays d’Europe occidentale. Le niveau de vie des instituteurs Tchèques n’avait vraiment rien de comparable à celui de leurs collègues français. Sans aide de leurs hôtes, ils ne pouvaient que très difficilement envisager une tournée. Ils étaient dans l’obligation d’accepter des hébergements modestes.
3. Sept à huit ans plus tard, Ludomír Mátl, le chef de la chorale des instituteurs moraves engagea Dagmar Bundžová pour chanter la voix de l’enfant dans l’enregistrement de Potulný šílenec, (Le Fou errant). Disque Naxos 8.553623 enregistré en 1995 et 1996. Si la soprano en 1988 s’exprimait avec autant de justesse et de beauté musicale que sur l’enregistrement ci-dessus, nul doute que les auditeurs devaient être touchés par ses interventions.
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| Disque Naxos avec la participation de la soprano Dagmar Bundžová. |
4. Cahier du Mouvement Janáček n° 4, compte-rendu de Madeleine Payet.
5. Dans le courant de l’année 1989, et évidemment après la Révolution de velours tchèque et le renversement des régimes communistes en RDA et en Hongrie, le rideau de fer n’obstrua plus les frontières de ces pays avec ceux d’Europe occidentale.
6. Jeanne Laroque, Le Courrier de Saône et Loire.
7. Cette qualité des choristes fut reconnue dès leur première entrée en France en 1908 et chaque fois qu’ils intervinrent dans l’Hexagone.







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