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1 mars 2019

Sinfonietta, composition du siècle

La Sinfonietta désignée "composition du siècle"

Quelle est la «composition du siècle» désignée, non par des spécialistes, mais par 3 500 auditeurs qui choisirent dans une liste assez conséquente d’œuvres ? La Sinfonietta de Janáček. On pourrait esquisser un sourire interrogatif et de surprise. Car enfin, si maintenant Janáček a droit de cité, si ses principaux opéras figurent assez régulièrement sur les scènes d’opéras de France, si sa Sinfonietta a été enregistrée un certain nombre de fois (1), cette même œuvre n’occupe pas si souvent les programmes des concerts des pays occidentaux. Ne rêvons pas ! Ce jury populaire qui a désigné la Sinfonietta de «composition du siècle» n’est pas français, mais tchèque. Voir Janáček triompher est une heureuse surprise y compris dans son propre pays. Pendant encore longtemps, seuls les Moraves, peut-être par une attache régionaliste à leur concitoyen, accordaient de l’importance à ce compositeur hors-norme lors que les Tchèques d’autres provinces gardaient une certaine réserve envers Janáček. Vérifier que cette retenue est tombée ne peut que réjouir tous ceux et celles qui depuis plus ou loins longtemps non seulement ont succombé sous les charmes de cette œuvre, mais ont considéré qu’elle constituait un point d’ancrage, certes très particulier, de la musique du premier quart du XXe siècle.

Quelques enregistrements "historiques" de la Sinfonietta,
Otto Klemperer en 1951, Rafael Kubelik et Jascha Horenstein en 1955
et Karel Ančerl en 1961.
Quand cette nomination est-elle intervenue ? Il y a quelques semaines, la radio tchèque proposait à ses auditeurs, pour le centième anniversaire de la création de la république tchécoslovaque, d’élire l’ouvrage musical qui mériterait ce beau titre.

Gageons que si une telle invite de la radio française avait existé, de la part de France Musique par exemple, le résultat aurait offert des différences importantes par rapport à celui constaté en république tchèque. L’histoire de la réception française plutôt hasardeuse de cet ouvrage (2) témoigne de la difficulté de compréhension des premiers auditeurs et de l’hostilité de certains commentateurs, y compris dans les années 1980. On n’en est plus là, mais force est de reconnaître que cette Sinfonietta n’a pas encore, et de loin, la place qu’elle est digne de gagner dans nos concerts hebdomadaires. Il est vrai qu’exiger une douzaine de trompettes pour le premier mouvement n’est pas facile à rassembler et amène un coût supplémentaire à l’orchestre et aux organisateurs qu’il n’est pas aisé non plus à amortir. Rassurons nous en constatant la qualité des notices accompagnant les enregistrements récents, telle que celle rédigée par John Tyrrell (3) pour l’interprétation d’Edward Gardner (disque Chandos).  De cette façon, les lecteurs, en plus de la qualité musicale, ont la possibilité de comprendre en quoi ce compositeur apportait sa part dans la musique moderne, à travers les multiples courants qui s’exprimaient dans le premier tiers du XXe siècle. Il n’en reste pas moins que la musique de compositeurs de Tchécoslovaquie reste très largement méconnue en France, si l’on excepte les best-sellers que sont devenus La Vltava (transformée en Moldau) de Smetana et la Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák. Quant aux œuvres de compositeurs tchèques dont la veine créatrice s’exprime depuis la naissance de la république tchèque, elles sont presque complètement ignorées  ici (Luboš Fišer, Miloslav Kabeláč, Pavel Haas ou encore Milan Slavický, Vítĕzslava Kaprálová, Marek Kopelent, Otmar Mácha, Petr Eben, Ivana Loudová, etc.).

Joseph Colomb - février 2019

Notes :

1. On compte plus d’une bonne soixantaine d’enregistrements de cette Sinfonietta. Beaucoup et peu à la fois comparativement à des ouvrages de compositeurs de la même époque, par exemple Le Sacre du printemps de Stravinsky ou le Concerto pour orchestre de Bartók.

2. Voir un précédent article, La Sinfonietta en France.


3. John Tyrrell (1942 - 2018) musicologue britannique, auteur d’études incomparables sur Janáček. Voir la Bibliographie.


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