Dvořák tel que je l'ai connu - article 8 : pourquoi Dvořák aimait Spillville
Pourquoi Antonín Dvořák aimait-il tant Spillville ? Joseph Kovařík nous donne une réponse en dépeignant un écrin de bien-être au sein de la nature, où rien ne venait nourrir l'anxiété du musicien. Dans ce même article de 1924, il évoque le voyage du compositeur dans la région pour contempler les chutes de Minnehaha, inspiratrices d'un célèbre passage de la Sonatine.
Dvořák aimait-il Spillville au point de vouloir y demeurer pour toujours ? La question peut surprendre - or elle se pose, comme on le lira dans les commentaires de l'après-propos.
Dvořák aimait-il Spillville au point de vouloir y demeurer pour toujours ? La question peut surprendre - or elle se pose, comme on le lira dans les commentaires de l'après-propos.
Les autres articles de cette série sont disponibles sur MusicaBohemica :
Dvořák tel que je l'ai connu - article 1 : Spillville, Symphonie du Nouveau Monde
Dvořák tel que je l'ai connu - article 2 : Spillville, Quatuor et Quintette dits "Américains"
Dvořák tel que je l'ai connu - article 3 : New York, concerts, Bruch, Schumann, Victor Herbert et le Concerto pour violoncelle
Dvořák tel que je l'ai connu - article 4 : Vysoká, New York, pigeons, chemins de fer, bateaux à vapeur
Dvořák tel que je l'ai connu - article 5 : les affres d'un chef
Dvořák tel que je l'ai connu - article 6 : le choix de Spillville
Dvořák tel que je l'ai connu - article 7 : la rencontre
Dvořák tel que je l'ai connu - article 8 (ci-dessous) : pourquoi Dvořák aimait Spillville
Dvořák tel que je l'ai connu - article 9 : les ultimes révisions de la Symphonie du Nouveau Monde
Dvořák tel que je l'ai connu - article 10 : Dvořák et l'alto
Dvořák tel que je l'ai connu - article 11 : Dvořák organiste
Dvořák tel que je l'ai connu - article 12 : l'œuvre oubliée
Dvořák tel que je l'ai connu - article 13 : Brahms et Dvořák
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DR DVOŘÁK TEL QUE JE L'AI CONNU
PAR JOSEPH J. KOVAŘIK
On commémora le premier mai 1924 les vingt ans de la disparition du Dr Dvořák. Je me demande combien d'habitants de Spillville, dans l'Iowa, furent conscients de ce fait. Très peu, si ce n'est aucun, étant donné que la plupart des vieux villageois, ceux qu'il côtoyait chaque après-midi et dont le récit des aventures du début des années 1860 le captivaient, avaient disparu ; tandis que de la jeune génération, très peu doivent se souvenir du grand homme si simple qui résida parmi eux et y passa l'un de ses plus beaux étés.
Le Dr Dvořák se sentait comblé à Spillville. Bien qu'il ait regardé Vysoká, où il possédait une modeste demeure, comme un endroit magnifique et se sentait heureux et épanoui à cet endroit, je crois fermement qu'il préféra encore plus son été à Spillville.
Là-bas, il était toujours gai et enjoué. La seule fois pendant son séjour de trois mois et demi où il bougonna fut quand il se rendit à Chicago pour diriger un concert à l'Exposition Internationale, à l'occasion du Bohemian Day le 12 août 1893. Les grommellements commencèrent dès que nous embarquâmes dans le train et continuèrent jusqu'au départ pour revenir à Spillville, quand il déclara
- Dieu merci, demain je serai de retour à la maison.
Le matin suivant, quand nous descendîmes du train à Calmar, dans l'Iowa, c'était un autre homme, rayonnant de joie, et les six jours passés à Chicago semblaient avoir été complètement oubliés.
Quant à son voyage à Omaha et St. Paul, plus tard en août, c'était une tout autre histoire. Il avait lu l'hiver précédent à New York Hiawatha de Longfellow qui l'impressionna beaucoup, si bien qu'il pensait tenir un magnifique sujet d'opéra. C'était donc son fervent souhait de voir l'ouest de l'Iowa dans l'espoir de contempler des prairies, puis les Chutes de Minnehaha près de St. Paul.
Je cite cette petite illustration pour montrer à quel point un nouvel environnement ou un beau paysage ne manquaient jamais de l’impressionner. C'était en admirant ces superbes petites cascades que le Dr Dvořák demanda un bout de papier et un crayon. Je lui tendis un crayon, mais comme je n'avais pas de papier il griffonna quelques notes sur sa manche de chemise. Pus tard il utilisa ce thème dans le deuxième mouvement de sa Sonatine pour violon et piano, qui porte l'opus 100 et, au titre de sa centième œuvre, fut dédiée à ses enfants. Après la disparition du Dr Dvořák, ce mouvement fut arrangé par Fritz Kreisler sous le titre "Indian Lament".
Bien qu'il eût visité ces deux villes incognito et limité son séjour dans chacune d'elles à seulement deux jours, on trouva le moyen de l'honorer à chaque fois par de grandes réceptions. Les résidents tchécoslovaques (sic) le comblèrent par leur accueil cordial et le prièrent de prolonger sa visite, mais toutes les implorations furent vaines. Il voulait retourner à Spillville.
La seule et unique raison pour laquelle il se sentait si bienheureux à Spillville, c'est que personne n'y abordait le sujet de la musique. Non qu'il n'aimât pas en parler, loin de là, car je l'ai entendu discuter musique pendant des heures chaque après-midi avec Anton Seidl dans un grand restaurant de Broadway, mais il détestait simplement qu'on l'interroge sur ses propres œuvres. Pour donner un simple exemple, quand un artiste venait l'interroger sur le tempo d'une certaine œuvre, il répondait : "Oh, jouez-le comme cela vous vient, je ne me souviens même plus de cette chose" ou "je l'ai complètement oublié !" Si la question venait à tomber sur la façon dont telle page fut écrite, ou sous l'emprise de quelles impressions, il ne répliquait même pas, ou changeait de sujet. Après le départ du curieux, il s'emportait :
- Pourquoi toujours ces questions idiotes ? Pourquoi "comment avez-vous écrit cette oeuvre, quelles étaient vos idées, vos impressions ?" Qu'est-ce que j'en sais ? Que puis-je répondre ? Je ne fais qu'écrire de la musique et la laisser s'exprimer d'elle-même.
Même à Vysoká il arrivait qu'il fût dérangé par des visiteurs et interrogé sur ce qu'il était en train d'écrire, alors il grommelait et ne retrouvait pas sa gaieté avant d'avoir oublié l'importun. À Spillville, ce n'était pas le cas. Les vieux villageois et les fermiers à la retraite qui peuplaient ce petit village rural ne lui parlaient pas "musique", pour la simple raison qu'ils n'y connaissaient rien – et c'est pourquoi il était si heureux là-bas.
Une seule fois au cours de l'été l'un des fermiers à la retraite lui posa une question, mais de façon si naïve que le Dr Dvořák fut incapable de le prendre mal et se mit même à sourire. Le vieux grand-père "Billy", comme on aimait l'appeler, lui demanda un jour :
- Maintenant dites-moi, M. Dr Dvořák, comment faites-vous cette musique ? Je ne peux pas du tout me l'imaginer. Quand vous posez les notes sur le papier entendez-vous ce que vous écrivez ? Pouvez-vous dire à quoi ça ressemblera ? Et vous ne faites jamais d'erreur ou oubliez quelque chose ?Le Dr Dvořák rit et dit :
- Voyez-vous, Grand-père, c'est comme cela : c'est très facile... c'est... c'est... c'est... c'est... c'est... c'est une longue histoire, alors je vous la raconterai une autre fois.Le pauvre Papy Billy attendit patiemment, mais l'explication ne vint jamais.
(Traduction Alain Chotil-Fani)
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Commentaires
"Je ne fais qu'écrire de la musique et la laisser s'exprimer d'elle-même", déclarait Dvořák, se refusant à tout commentaire extra-musical. Une œuvre ne doit-elle pas être appréciée pour ce qu'elle est capable de nous donner, et non à la lumière de considérations annexes ? Aussi observait-il un silence obstiné sur le sujet.
L'un de ses élèves américains, Harry Patterson Hopkins, en fit l'amère expérience. Il côtoya Dvořák pendant plusieurs mois en Bohême, nourrissant l'espoir secret mais ferme "d'en apprendre davantage sur la Symphonie du Nouveau Monde". Il accompagnait souvent Dvořák lors de ses longues promenades dans les bois et s’efforçait de percer le mystère de l'inspiration par des questions détournées. Rien n'y fit. Dès que Dvořák flairait la ruse, il mettait fin à la discussion. En définitive Patterson Hopkins n'apprit rien du tout. (1)
La Sonatine pour violon et piano porte l'opus 100 "au titre de sa centième œuvre", nous dit Kovařík, mais cela n'est pas tout à fait exact. Il est bien connu que les numéros d'opus sont trompeurs dans le cas de Dvořák. Beaucoup de ses œuvres en sont dépourvues, et il arriva que deux numéros différents désignent la même page (2). Si l'on suit le Catalogue Thématique de Burghauser, sa véritable centième œuvre daterait en vérité de 1879, soit quatorze ans avant la Sonatine ! (3) Ce dernier morceau porte le numéro de catalogue B 183, mais il est vrai que ce fait ne fut pas établi avant la seconde moitié du XXe siècle et les travaux de Jarmil Burghauser.
L'un de ses élèves américains, Harry Patterson Hopkins, en fit l'amère expérience. Il côtoya Dvořák pendant plusieurs mois en Bohême, nourrissant l'espoir secret mais ferme "d'en apprendre davantage sur la Symphonie du Nouveau Monde". Il accompagnait souvent Dvořák lors de ses longues promenades dans les bois et s’efforçait de percer le mystère de l'inspiration par des questions détournées. Rien n'y fit. Dès que Dvořák flairait la ruse, il mettait fin à la discussion. En définitive Patterson Hopkins n'apprit rien du tout. (1)
La Sonatine pour violon et piano porte l'opus 100 "au titre de sa centième œuvre", nous dit Kovařík, mais cela n'est pas tout à fait exact. Il est bien connu que les numéros d'opus sont trompeurs dans le cas de Dvořák. Beaucoup de ses œuvres en sont dépourvues, et il arriva que deux numéros différents désignent la même page (2). Si l'on suit le Catalogue Thématique de Burghauser, sa véritable centième œuvre daterait en vérité de 1879, soit quatorze ans avant la Sonatine ! (3) Ce dernier morceau porte le numéro de catalogue B 183, mais il est vrai que ce fait ne fut pas établi avant la seconde moitié du XXe siècle et les travaux de Jarmil Burghauser.
On peut rejoindre Kovařík sur le fait que le compositeur ait réservé cet opus 100 à une occasion particulière. Bien peu de Romantiques peuvent se prévaloir d'avoir atteint leur centième opus. Ce numéro prestigieux ne venait pas ici couronner une page monumentale, opéra, oratorio ou symphonie, mais une pièce modeste parmi les modestes, même pas une Sonate, une Sonatine. Si cette page pleine de mystères a été dédiée à ses enfants, ce n'est vraisemblablement pas le fruit du hasard.
Fritz Kreisler arrangea en 1914 le Larghetto de la Sonatine sous le titre Indian Lament, et c'est sous cette appellation que ce passage devait atteindre une grande popularité. Par la magie des (mauvaises) traductions, l'arrangement de Kreisler se fit connaître en France sous le titre Lamentation hindoue, comme on peut le lire dans la presse des années 1920. (4)
Fritz Kreisler arrangea en 1914 le Larghetto de la Sonatine sous le titre Indian Lament, et c'est sous cette appellation que ce passage devait atteindre une grande popularité. Par la magie des (mauvaises) traductions, l'arrangement de Kreisler se fit connaître en France sous le titre Lamentation hindoue, comme on peut le lire dans la presse des années 1920. (4)
Kreisler aimait arranger pour son instrument des pages qu'il appréciait dans le grand répertoire. Dvořák trouve ici une place de choix : nul autre compositeur n'a davantage retenu l’attention de Kreisler pour ses adaptations confiées au violon avec accompagnement de piano. (5)
Si Dvořák voyagea à Omaha et à Saint Paul, ce n'est pas seulement pour "contempler des prairies". Dans la capitale du Nebraska il retrouva Edward Rosewater, dont Kovařík avait déjà parlé, et à Saint Paul il fut l'hôte du Révérend Père Paul Rynda, rencontré à Chicago (voir Un été 93). L'on ne saurait ignorer l'intérêt du compositeur pour la légende de l'Indien Hiawatha, dont il envisageait de faire un opéra. (6) Près de Saint Paul, dans le Minnesota, se trouvent les chutes de Minnehaha, et c'est à cet endroit précis, nous dit Longfellow, que Hiawatha découvrit sa bien-aimée :
Une fois seulement, dit le poème, le jeune héros s'arrêta dans sa longue course. Ce fut pour acheter des pointes de flèches au vieux faiseur de flèches, dans la terre des Dacotahs où les cascades de Minnehaha brillent et étincellent parmi les chênes, rient et bondissent dans la vallée.
Là, travaillait le vieux faiseur de flèches. Sous son toit, habitait sa fille aux yeux noirs, fantasque comme le Minnehaha, avec ses caprices d'ombre et de lumière. Ses yeux étaient tour à tour sombres et souriants. Ses pieds rapides comme la rivière, ses tresses ondoyantes et son rire harmonieux comme les eaux, et d'après le nom de la rivière, d'après le nom de la cascade, son père la nommait Minnehaha, c'est-à-dire, l'onde souriante...
Était-ce pour acheter des pointes de flèches, des pointes en chalcédoine, des pointes en silex et en jaspe, que mon Hiawatha s'arrêta dans la terre des Dacotahs ?
N'était-ce point pour voir la jeune fille, voir le visage de l'Onde souriante regardant derrière son rideau, entendre le froissement de sa robe derrière le rideau ondoyant, de même qu'on voit le brillant Minnehaha étinceler à travers les branches, de même qu'on entend la cascade derrière son écran de feuillage.
Qui retracera les pensées et les images dont était rempli le bouillant cerveau du jeune homme, qui retracera les songes de beauté qui remplissaient le cœur d'Hiawatha ? (7)
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| Les chutes de Minnehaha, Harper's Weekly du 23 mai 1868 |
L'intérêt de Dvořák pour le poème de Longfellow précède le séjour américain. Kovařík déclare que Dvořák l'a lu l'hiver précédent. Cela est fort possible, mais il s'agissait alors d'une nouvelle lecture, peut-être en langue anglaise. Le compositeur lui-même dira à un journal américain "j'ai découvert [le Chant de Hiawatha] il y a une trentaine d'années grâce à une traduction en tchèque" (New York Herald, 15 décembre 1893). L'information peut surprendre, mais acquiert une certaine plausibilité quand on sait que le traducteur, Josef Václav Sládek, était un ami proche du compositeur. (10)
Dvořák aurait-il voulu s'installer pour de bon dans ce coin de l'Iowa ? À en croire Kovařík, il y jouissait d'une tranquillité d'esprit qu'il ne pouvait guère goûter ailleurs, même pas dans sa maison de campagne à Vysoká. Une chose est certaine : étant donné la stature nationale qui était la sienne et son symbole vivant de "génie tchèque", il lui était difficile, pour ne pas dire impossible, de rester outre-Atlantique. La nation le réclamait, et même un homme si peu sensible aux honneurs ne pouvait ignorer cet appel. Dans un courrier à Emil Kozánek, rédigé la veille de son départ définitif de Spillville (voir Une lettre de Spillville), il écrit :
J’entends dire que les journaux là-bas [en Bohême] écrivent que je voudrais rester pour de bon en Amérique ! Oh non, jamais !Curieusement, là où on s'attendrait à voir Dvořák expliquer pourquoi il devrait quitter l'Amérique, la suite de sa lettre donne au contraire toutes les raisons d'y rester :
Je me sens très bien ici, Dieu soit loué, je suis en bonne santé et je travaille bien et je sais que, au sujet de ma nouvelle symphonie, du quatuor en fa majeur et du quintette (écrits ici à Spillville) jamais je n’aurais écrit ces œuvres « comme cela » si je n’avais pas vu l’Amérique.Cet extrait nous instruit au passage sur une rumeur qui courait dans les Pays Tchèques, selon laquelle Dvořák resterait en Amérique. Pouvait-il écrire autre chose sans passer pour un traître ? Qu'aurait dit Kozánek, et par suite l'opinion publique tchèque, s'il s'était osé à déclarer que Spillville lui sied mieux que Vysoká ? Le pensait-il vraiment ?
Kovařík nous éclaire dans une lettre de 1933 : (11)
Dvořák écrivait de Spillville à ses amis : Spillville est un endroit magnifique, nous nous sentons parfaitement heureux ici, et les gens nous aiment. Mais le plus important, c'est qu'après son retour à New York, Spillville lui manquait, il ne parlait que de Spillville et disait : "Spillville est l'endroit idéal, et j'aimerais y passer le reste de mes jours !"Revenu aux affaires courantes dans la métropole new-yorkaise, Dvořák se languissait donc de Spillville, et non des prés et des bois de Bohême, selon Kovařík. Ce n'est pas tout :
Et le fait est qu'il avait l'intention d'acheter un logement et d'y vivre - seules les choses se sont passées différemment, et ses souhaits n'ont jamais été réalisés - mais ce serait une longue histoire. Mais j'ajouterai que si ses souhaits, ou plutôt ses rêves, s'étaient réalisés, il aurait sûrement vécu une vie heureuse pendant quelques années de plus, et aurait enrichi le monde musical de nombreuses grandes œuvres.Cette "longue histoire" de Dvořák cherchant à s'établir outre-Atlantique est malheureusement restée inconnue, mais le fait est stupéfiant. Pourquoi un homme que la tradition nous dépeint comme si attaché à sa terre natale choisirait-il l'exil sur un autre continent ?
Peut-être un indice se trouve-t-il dans la devise même du compositeur, "Dieu, Amour, Patrie". Les deux premiers termes sont apparemment remplis par Spillville entourée des merveilles de la Création et dont les habitants prodiguent aux Dvořák toute leur affection. Quant à la Patrie, qui ne vient qu'en dernière position, ne s'est-elle pas développée en ce qu'elle a de meilleur dans ce village de pionniers venus de Bohême, emportant avec eux un certain art de vivre d'Europe centrale ?
On pourrait se dire que Kovařík parle ici d'un homme marqué par la perspective d'entamer une deuxième saison à New York après des vacances souverainement apaisantes, et tenté de forcer le trait. Cela n'expliquerait pas tout. Le souvenir de Spillville devait durablement hanter l'esprit de Dvořák, longtemps après le retour d'Amérique. Dans cette même lettre, Kovařík relate un témoignage de 1903 :
Car, comme mon ami M. Šourek me l'a dit, Dvořák, un an avant sa mort, quand il parlait de Spillville, faisait remarquer que c'était un endroit idéal. C'est là que je me sentais heureux, disait-il, en ajoutant qu'il aurait dû rester à cet endroit.
Alain Chotil-Fani, décembre 2018
Je suis reconnaissant au Dr Beveridge pour m'avoir si aimablement envoyé les articles de Kovařík et fait connaître sa lettre de 1933.
Notes
(1) BECKERMAN Michael, « New Worlds of Dvořák », NEW YORK, W.W Norton and Company, First Edition 2003, p. 65. On peut s'imaginer l'irritation de Dvořák face à cet élève bien embarrassant.
(2) La Cinquième Symphonie en fa mineur, B. 54, a ainsi été désignée par les opus 24 et 76. Les informations sur la numérotation et les dates des œuvres sont tirées de :
BURGHAUSER Jarmil, CLAPHAM John, « Thematický Katalog », PRAHA, Bärenreiter Editio Supraphon, 1996.
(2) La Cinquième Symphonie en fa mineur, B. 54, a ainsi été désignée par les opus 24 et 76. Les informations sur la numérotation et les dates des œuvres sont tirées de :
BURGHAUSER Jarmil, CLAPHAM John, « Thematický Katalog », PRAHA, Bärenreiter Editio Supraphon, 1996.
(3) Polonaise en mi bémol majeur pour orchestre, B. 100, décembre 1979. Notons, en illustration du commentaire précédent, qu'aucun numéro d'opus n'a été donné à cette page.
(4) Voir par exemple Le Matin du 26 avril 1926, disponible sur Gallica.
(5) Selon www.revolvy.com/page/List-of-compositions-by-Fritz-Kreisler, on trouve huit arrangements de Kreisler pour violon et piano d'après des œuvres de Dvořák :
(6) L'hypothèse de cet opéra malheureusement jamais composé est discutée par M. Beckerman, op. cit.
(7) LONG-FELLOW, « Hiawatha », poëme indo-américain, traduction avec notes par H. Gomont, membre correspondant de l'Académie de Stanislas, NANCY, N. Grosjean, libraire, et PARIS, Amyot, libraire, 1860
(8) Voir Sur les traces de Dvořák à Spillville, note 18.
(9) Voir Beckerman, op. cit., p. 172. Une tentative de mélodrame sur Hiawatha a été réalisée à partir de plusieurs passages d’œuvres américaines de Dvořák, lire Dvořák, Longfellow, Hiawatha : un mélodrame américain.
La qualité de ce matériel contraste malheureusement avec ce que nous offrent les rares publications françaises : dans le Guide de la musique de chambre, sous la direction de François-René Tranchefort (Fayard 1989), nous avons la désagréable surprise de lire sous la plume de Pierre-Émile Barbier que la Sonatine est la "dernière des partitions écrites aux États-Unis", qu'elle reçut le numéro d'opus 100 "comme pour fêter le retour au pays" et que Dvořák visita les chutes de Minnehaha "en avril 1893", informations toutes parfaitement fausses.
(10) Voir Beckerman, op. cit., p. 56, et les pages :
Antonín Dvořák et le village de Vysoká u Příbramě
Personnages et institutions en relation avec Antonín Dvořák : L-R, entrée Longfellow. La traduction de Sládek date de 1872, Dvořák se trompe d'une dizaine d'années dans ses souvenirs.
(11) Envoyée à Margaret Balik, le 17 avril 1933
(4) Voir par exemple Le Matin du 26 avril 1926, disponible sur Gallica.
(5) Selon www.revolvy.com/page/List-of-compositions-by-Fritz-Kreisler, on trouve huit arrangements de Kreisler pour violon et piano d'après des œuvres de Dvořák :
- Humoresque, en 1906, d'après l'op. 101, no. 7
- Indian Lament in G minor, 1914, d'après le Larghetto de la Sonatine op. 100
- Negro Spiritual Melody, 1914, d'après le Largo de la Symphonie du Nouveau Monde op. 95
- Songs My Mother Taught Me, 1914, d'après le quatrième des Chants tziganes op. 55 (Quand ma vieille mère...)
- Slavonic Dance No. 1 in G minor, 1914, d'après les Danses slaves pour piano à quatre mains op. 46 n. 2 et op. 72 n. 1
- Slavonic Dance No. 2 in E minor, 1914, d'après la Danse slave op. 72 n. 2
- Slavonic Dance No. 3 in G major, 1914, d'après la Danse slave op. 72 n. 8
- Slavonic Fantasie in B minor, 1914, d'après des thèmes originaux des Chants tziganes op. 55 n. 4 (Quand ma vieille mère...) et des Quatre pièces romantiques op. 75
(6) L'hypothèse de cet opéra malheureusement jamais composé est discutée par M. Beckerman, op. cit.
(7) LONG-FELLOW, « Hiawatha », poëme indo-américain, traduction avec notes par H. Gomont, membre correspondant de l'Académie de Stanislas, NANCY, N. Grosjean, libraire, et PARIS, Amyot, libraire, 1860
(8) Voir Sur les traces de Dvořák à Spillville, note 18.
(9) Voir Beckerman, op. cit., p. 172. Une tentative de mélodrame sur Hiawatha a été réalisée à partir de plusieurs passages d’œuvres américaines de Dvořák, lire Dvořák, Longfellow, Hiawatha : un mélodrame américain.
La qualité de ce matériel contraste malheureusement avec ce que nous offrent les rares publications françaises : dans le Guide de la musique de chambre, sous la direction de François-René Tranchefort (Fayard 1989), nous avons la désagréable surprise de lire sous la plume de Pierre-Émile Barbier que la Sonatine est la "dernière des partitions écrites aux États-Unis", qu'elle reçut le numéro d'opus 100 "comme pour fêter le retour au pays" et que Dvořák visita les chutes de Minnehaha "en avril 1893", informations toutes parfaitement fausses.
(10) Voir Beckerman, op. cit., p. 56, et les pages :
Antonín Dvořák et le village de Vysoká u Příbramě
Personnages et institutions en relation avec Antonín Dvořák : L-R, entrée Longfellow. La traduction de Sládek date de 1872, Dvořák se trompe d'une dizaine d'années dans ses souvenirs.
(11) Envoyée à Margaret Balik, le 17 avril 1933

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