Dvořák tel que je l'ai connu - article 6 : le choix de Spillville
Dans son sixième article, Joseph Kovařík s'emploie à combattre une rumeur persistante au début du XXe siècle, selon laquelle Antonín Dvořák aurait écrit la Symphonie du Nouveau Monde et la 7e Humoresque de l'opus 101 dans l'Iowa. À la différence d'autres erreurs toujours inexplicablement propagées à notre époque (voir par exemple le Larousse hanté par les spectres de Marx ou France Musique connaît-elle vraiment Dvořák ?), ces fausses informations ont fini par être rectifiées.
Cet article de 1922 offre un intérêt supérieur : celui d'éclairer dans quelles circonstances la décision d'aller à Spillville fut prise. On lira les commentaires en bas de page pour prendre connaissance de quelques précisions sur les assertions, parfois lacunaires ou erronées, de Kovařík.
Les autres articles de cette série sont disponibles sur MusicaBohemica :
Cet article de 1922 offre un intérêt supérieur : celui d'éclairer dans quelles circonstances la décision d'aller à Spillville fut prise. On lira les commentaires en bas de page pour prendre connaissance de quelques précisions sur les assertions, parfois lacunaires ou erronées, de Kovařík.
Les autres articles de cette série sont disponibles sur MusicaBohemica :
Dvořák tel que je l'ai connu - article 4 : Vysoká, New York, pigeons, chemins de fer, bateaux à vapeur
Dvořák tel que je l'ai connu - article 5 : les affres d'un chef
Dvořák tel que je l'ai connu - article 6 (ci-dessous) : le choix de Spillville
Dvořák tel que je l'ai connu - article 7 : la rencontre
Dvořák tel que je l'ai connu - article 8 : pourquoi Dvořák aimait Spillville
Dvořák tel que je l'ai connu - article 9 : les ultimes révisions de la Symphonie du Nouveau Monde
Dvořák tel que je l'ai connu - article 10 : Dvořák et l'alto
Dvořák tel que je l'ai connu - article 11 : Dvořák organiste
Dvořák tel que je l'ai connu - article 12 : l'œuvre oubliée
Dvořák tel que je l'ai connu - article 5 : les affres d'un chef
Dvořák tel que je l'ai connu - article 6 (ci-dessous) : le choix de Spillville
Dvořák tel que je l'ai connu - article 7 : la rencontre
Dvořák tel que je l'ai connu - article 8 : pourquoi Dvořák aimait Spillville
Dvořák tel que je l'ai connu - article 9 : les ultimes révisions de la Symphonie du Nouveau Monde
Dvořák tel que je l'ai connu - article 10 : Dvořák et l'alto
Dvořák tel que je l'ai connu - article 11 : Dvořák organiste
Dvořák tel que je l'ai connu - article 12 : l'œuvre oubliée
*
**
Fiddlestrings 1922
DR DVOŘÁK TEL QUE JE L'AI CONNU
PAR JOSEPH J. KOVAŘIK
Il est admirable que la gloire acquise par le petit village de Spillville, dans l’Iowa, provienne du simple fait que le Dr Dvořák ait passé dans cette localité son unique été aux États-Unis, et de l’histoire selon laquelle il y a achevé sa Symphonie du Nouveau Monde et composé son immortelle et si populaire Humoresque.
La toute première fois où je lus le nom de ma ville en caractères d'imprimerie fut juste après le retour du Dr Dvořák de ses vacances dans cet endroit, quand le New York Herald publia un compte rendu de son séjour.
Par la suite, quand la New World Symphony était donnée par la Philharmonic Society, le programme du concert mentionnait toujours que la symphonie avait été écrite à Spillville. J'adorerais créditer ma ville natale de cet honneur, mais le fait est que la symphonie, sauf quelques touches finales, fut bien écrite à New York.
Beaucoup d'articles détaillés et d'importance ont été récemment écrits sur Spillville, parlant pour la plupart du séjour du Dr Dvořák dans cette ville et indiquant qu’il écrivit la Symphonie du Nouveau Monde et l'Humoresque à cette occasion.
Ainsi, le journal Cedar Rapids Republican publia un long article sur le "vieux Spillville", par Freeman R. Conway ; plus tard, la Czecho-Slovak Review de Chicago publia à son tour cet article, l'agrémentant même d'une photo de la maison où habita le Dr Dvořák, où il composa sa Symphonie du Nouveau Monde et son Humoresque ; dernièrement, pour ne pas être en reste, le Des Moines Register illustra un long article avec des images du Dr Dvořák, de la maison où il habita et des "rives de la magnifique Turkey River". À ce dernier endroit, accessible à pied depuis le village et "que les habitants de Spillville tenaient pour sacré", il écrivit selon l'article son Humoresque. Après avoir lu des articles si charmants et bien écrits, énoncer la vérité a quelque chose de désagréable. L’Humoresque, comme la Symphonie du Nouveau Monde, furent écrites en 1893 dans un environnement complètement différent, à savoir la ville de New York, et précisément au numéro 327 de la East 17th Street, à une distance considérable des "rives de la magnifique Turkey River".
Je suis conscient que plus d’un lecteur se demandera par quel concours de circonstances le Dr Dvořák s’en fut quitter New York le temps d'un été pour rejoindre Spillville. Voici l'explication. Quand les époux Dvořák arrivèrent dans ce pays en 1892, ils emmenèrent avec eux deux de leurs enfants et laissèrent les quatre autres à Prague, puisque leur intention était de revenir en Bohême (aujourd’hui Tchécoslovaquie) l'été suivant, puis de nouveau en automne pour que tous leurs enfants se retrouvent. J'ai eu la chance d'accompagner le Dr Dvořák, son épouse et leurs enfants pendant leur voyage [transatlantique], et dès notre arrivée à New York j'envisageais de me rendre sans tarder chez moi à Spillville. Le Dr Dvořák mit fin à ce projet en déclarant :
- Ma parole, vous auriez le cœur de m’abandonner dans cette ville étrange, où je n’ai personne à qui parler, personne pour discuter, et personne avec qui jouer à la dadka ? (la dadka était un jeu de cartes)
Prenant conscience que je n’avais pas vu les miens depuis quatre ans, il ajouta :
- Eh bien, ne pourriez-vous attendre encore trois petits mois, et ensuite y aller pour Noël, ou bien patienter jusqu’en juin et ensuite passer là-bas un été entier ?
Je décidai donc de repousser mon voyage jusqu’à Noël, mais juste au moment où je devais partir, on m’offrit une proposition qu'il m'était difficile de refuser.
Comme le Dr Dvořák ne sortait pas le soir, nous passions le temps en jouant aux cartes, activité pendant laquelle il me décernait toutes sortes de noms.
Après la partie, la discussion roulait autour des bateaux à vapeur, sa passion, puis revenait aux jours passés à Vysoká (en Bohême). Un jour il demanda à quoi ressemblait Spillville. Je décrivis l’endroit du mieux que je pus, mentionnant le fait que Spillville était une petite colonie tchèque où tout le monde parlait tchèque, même les personnes d’origine allemande, suisse ou norvégienne. Quand je finis, tout ce qu’il laissa tomber fut : "Hm !"
Le lendemain il demanda encore des informations sur Spillville, et cette fois-ci je dus faire un schéma de l’endroit et nommer les propriétaires de chaque maison. Puis il demanda s’il y avait des bois, des ruisseaux, des oiseaux, etc. Ensuite il apprit tour à tour le nom de chaque habitant, et si j'avais le malheur de me répéter, il pointait tout de suite l'erreur.
En janvier 1893, je crois, M. Rosewater, propriétaire du journal Omaha Bee, vint à New York et voulut rencontrer le Dr Dvořák. M. Rosewater venait de Rožmitál (Bohême), pas très loin de Vysoká, la résidence d’été du Dr Dvořák. Pendant leur entretien, M. Rosewater suggéra à Dvořák de visiter l’exposition internationale de Chicago pendant l’été puis d’aller à Omaha où il serait son hôte pour la durée qu’il lui plairait. Le Dr Dvořák dit qu’il "y réfléchirait".
Fin mars, quelques-uns des élèves de Dvořák lui demandèrent ses plans pour l’été et lui conseillèrent de rester en Amérique pour passer ses vacances dans les Adirondacks, aux White Mountains, dans les Maine Woods ou les Catskills, ou encore sur la côte. C’est alors que le Dr Dvořák déclara :
- Je vais à Spillville, dans l’Iowa !
On lui demanda alors quelle sorte d’endroit était Spillville. Il répondit :
- Aucune idée, mais pour ce que j'en sais, je pense que je vais aimer !
En arrivant chez lui ce même jour il dit à Mme Dvořák :
- C'est donc décidé ! Nous allons faire venir les enfants puis nous irons tous ensemble à Spillville pour l’été.
Se tournant vers moi :
- Oui, nous irons à Spillville, mais je vous préviens que si je n’aime pas l’endroit, vous le sentirez passer.
En accord avec sa décision, le lendemain nous réservâmes les billets de bateau, et ses quatre enfants, accompagnés par une sœur de Mme Dvořák et une gouvernante, embarquèrent à Brême le 23 mai sur un vapeur de la North German Lloyd pour arriver vendredi 31 mai à New York. Quelques jours plus tard, l'ensemble des estivants, onze personnes au total, quitta New York par le Pennsylvania Railroad pour Spillville. Je ne décrirai pas le voyage, mais dirai seulement que nous arrivâmes sans encombre à Chicago. De là, après quelques heures de repos, nous repartîmes le soir à 10 heures pour atteindre notre destination, la ville de Calmar, dans l'Iowa, le lendemain matin à 11 heures.
Là-bas, des carrioles nous attendaient. Il n’y avait pas d’automobile il y a trente ans et Spillville est à une distance de cinq miles. La dernière étape du voyage commença dès que chacun eut trouvé une place. Je fermai le convoi sur la charrette des bagages, une tâche qui devait me retarder de plus d'une heure.
Alors que le but était tout proche, je me mis à penser à ce qui arriverait si le Dr Dvořák n'aimait pas Spillville. L’heure et demie qu'il fallait à mon attelage pour rejoindre le village n'en finissait plus. Quand j'atteignis enfin la maison, je vis le Dr Dvořák debout sur le seuil avec mes parents, le visage radieux et savourant une bonne pipe après avoir déjeuné. Je savais que je n’avais plus rien à craindre.
Le lendemain matin à six heures, le Dr Dvořák nous racontait sa promenade matinale dans les bois, au long du beau ruisseau, et s'exclamait :
- Pensez un peu, j’ai entendu des oiseaux chanter pour la première fois en neuf mois ! Oh, c’est magnifique, magnifique !
Il passa l'été à Spillville, à l'exception d'un court voyage à Omaha pour rendre visite à M. Rosewater et à St. Paul, dans le Minnesota, pour voir les chutes Minnehaha. Bien qu'il ait beaucoup aimé ces différentes visites, Spillville lui manquait et il se languissait de revenir au village pour retrouver ses amis, quelques-uns des vieux habitants qui pouvaient lui raconter leurs aventures merveilleuses dans la nature sauvage du Middle West au début des années soixante.
Il ne fait pas de doute que la postérité continuera à glorifier Spillville pour avoir été le berceau de la Symphonie du Nouveau Monde et de l’Humoresque. Vouloir rectifier une histoire tant rebattue depuis trente ans est décidément une tâche ardue.
(Traduction Alain Chotil-Fani)
*
**
Commentaires
Dvořák posa les esquisses thématiques de sa neuvième Symphonie le 19 décembre 1892, alors qu'il travaillait encore à sa cantate The American Flag, et la composition proprement dite l'occupa du 10 janvier au 24 mai 1893. Pendant cette période il ne quitta pas New York. Le cycle des Humoresques pour piano est quant à lui écrit en Bohême, dans la résidence de Vysoká, du 7 au au 27 août 1894, au cours des vacances d'été qui précédèrent la dernière saison de Dvořák à New York. Quand Kovařík parle de l'Humoresque sans plus de précision, tant elle était populaire sous ce simple intitulé, il s'agit de la septième du nom, achevée le 16 août. (1)
Kovařík avait donc raison de dire que ces deux œuvres n'ont pas été écrites à Spillville, mais se trompe en affirmant qu'elles furent composées à New York, car cela est vrai pour la seule symphonie. Dans une correspondance privée plus tardive (2), il devait en revanche affirmer que Dvořák esquissa la fameuse Humoresque à Spillville, mais nous ne possédons aucun autre élément qui aille en ce sens.
Kovařík avait donc raison de dire que ces deux œuvres n'ont pas été écrites à Spillville, mais se trompe en affirmant qu'elles furent composées à New York, car cela est vrai pour la seule symphonie. Dans une correspondance privée plus tardive (2), il devait en revanche affirmer que Dvořák esquissa la fameuse Humoresque à Spillville, mais nous ne possédons aucun autre élément qui aille en ce sens.
Si l'on en croit Kovařík, Dvořák déclara publiquement à la fin du mois de mars 1893 qu'il passerait l'été à Spillville, et il partagea ensuite cette décision en famille. Un regard sur la correspondance du compositeur (3) nous montre cependant que le choix avait été pris bien plus tôt. Dvořák en parle pour la première fois dans un courrier du 20 février (voir Un été 93). Une lettre de sa belle-sœur Josefina Kounicová, rédigée à Vienne le 21 février en réponse à un courrier aujourd'hui perdu, mais vraisemblablement envoyé au plus tard vers la mi-février si l'on considère les délais de l'acheminement transatlantique, évoque déjà ce séjour dans l'Iowa. Le choix peut donc être raisonnablement daté de la première quinzaine du mois de février 1893.
Il est intéressant de noter que la lettre de Josefina Kounicová, répondant sans aucun doute à la nouvelle de la décision des Dvořák, annonce que sa sœur Terezie Koutecká accompagnera les enfants de Dvořák en Amérique - et c'est en effet ce qui devait arriver.
Pour la petite histoire et au crédit de la thèse qui relativise - pour rester prudent - la théorie de l'amour secret de Dvořák pour Josefina, notons que celle-ci se dit gravement malade depuis Noël et s'attend à disparaître rapidement, sans que cela n'ait en rien modifié le projet d'été des Dvořák. Au sujet de la nostalgie du compositeur, que certains biographes nous décrivent comme intense, comment un homme à ce point travaillé par la douleur de l'exil aurait-il pris la décision de passer ses vacances dans un pays si lointain ?
Nous lisons dans cet article que la gouvernante Baruška Klerová arriva dans le même navire que Terezie Koutecká. Les onze voyageurs cités par Kovařík sont donc :
1. Antonín Dvořák, arrivé en Amérique le 26 septembre 1892
2. Anna, son épouse, arrivée en Amérique le 26 septembre 1892
3. Joseph Kovařík, arrivé en Amérique le 26 septembre 1892
4. Terezie Koutecká, sœur d'Anna, arrivée en Amérique le 31 mai 1893
5. Baruška Klerová, gouvernante, arrivée en Amérique le 31 mai 1893
et les enfants :
6. Otilie, née en 1878, arrivée en Amérique le 26 septembre 1892
7. Anna, née en 1880, arrivée en Amérique le 31 mai 1893
8. Magdalena, née en 1881, arrivée en Amérique le 31 mai 1893
9. Antonín jr., né en 1883, arrivé en Amérique le 26 septembre 1892
10. Otakar, né en 1885, arrivé en Amérique le 31 mai 1893
11. Aloisie, née en 1888, arrivée en Amérique le 31 mai 1893
En septembre 1892, Kovařík avait l'intention de se rendre directement chez lui, à Spillville, mais il dut se plier à la volonté de Dvořák et demeurer à New York jusqu'au juin suivant. Le fait est confirmé par le registre de leur navire, le SS Saale (4) :
A la ligne 31 de ce registre, on lit le nom du "Dr. Antonius Dvorak". Le prénom surprend : en fait il s'agissait de celui utilisé par l’Université Tchèque Charles Ferdinand de Prague quand elle a honoré en 1891 le compositeur du titre de docteur honorifique en philosophie. Peut-être était-ce aussi voulu pour éviter la confusion avec son fils Antonín, qui apparaît ligne 34.
Josef Kovařík, ligne 35, est enregistré comme "musicien" de nationalité américaine ("U.S.A.") bien que soit ici notée l'orthographe tchèque de son prénom (Josef et non Joseph). Il a indiqué "Spillville" comme destination finale, ce qui apparaît dans la colonne la plus à droite de cet extrait et confirme ce qu'il écrit dans son sixième article.
À la gare de Calmar, les voyageurs furent accueillis par John Kovařík, le père de Joseph, Thomas Bily, prêtre catholique de Spillville, et le père František Vrba venu de la ville voisine de Protivin. Chaque homme conduisait une carriole. (5) (6)
Le court voyage à Omaha a été évoqué sur la page Une lettre de Spillville. Dvořák est accueilli dans cette ville par Edward Rosewater, alors une sommité dans le monde de la presse et de la politique. Tout comme Dvořák, il est né en 1841. Cet enfant d'une famille juive (Rosenwasser) de Bukovany, au sud-est de Prague, est installé aux États-Unis depuis 1854. Abolitionniste convaincu, il s'engage du côté de l'Union pendant la Guerre de Sécession et poursuit son action politique au service des Républicains. Il fonde le quotidien Omaha Bee en 1870 et édite en parallèle Pokrok Západu (le Progrès de l'Ouest), premier journal en langue tchèque de la ville. Rosewater était un polémiste redouté, n'hésitant pas à soulever de vives controverses pour défendre ses convictions. Il décède en 1906 après avoir fondé l'American Jewish Committee, organisation encore active de nos jours.
Étonnamment, Kovařík ne mentionne pas le séjour, pourtant mémorable, de Dvořák à la Chicago World’s Fair, en août (voir Un été 93). Il reviendra cependant sur cet épisode dans un autre article.
Alain Chotil-Fani, novembre 2018
Un immense merci au Dr Beveridge pour m'avoir communiqué gracieusement les articles de Joseph Kovařík.
Un été 93
Une lettre de Spillville
La maison de John J. Kovařík
Dvořák in Love, de Josef Škvorecký
Le documentaire « Dvořák in America », directed and written by Lucille Carra, produced by Lucille Carra and Brian Cotnoir, co-producer Maurice Peress, © 2000 Travelfilm Company, 55 minutes
(2) Lettre à Margaret Balik du 17 avril 1933 (information donnée par David Beveridge)
(3) KUNA Milan, BRADOVÁ Ludmila, CUBR Antonín, HALLOVÁ Marketa, SLAVÍKOVÁ Jitka, « Antonín Dvořák, korespondence a dokumenty », Korespondence odeslana, Korespondence prijata 1871-1904, PRAHA, Bärenreiter Editio Supraphon Praha, 1987-2004
(4) Information trouvée sur le site The Statue of Liberty - Ellis Island Foundation. Voir sur MusicaBohemica la nouvelle L'arrivée à New York où l'on trouvera le nom de quelques passagers prestigieux qui firent la traversée avec Dvořák.
Dans le registre, le nombre de la première colonne n'est inscrit en entier que pour les dizaines : 10, 20, 30, etc. Sinon seule l'unité figure. Dvořák est bien enregistré au numéro 31, même si seul le chiffre 1 apparaît en regard de son nom.
(5) KLIMESH CYRIL M., « THEY CAME TO THIS PLACE - A History of Spillville, Iowa and Its Czech Settlers », METHODIUS PRESS, Second Edition, Revised and Reprinted 1992, SEBASTOPOL, CALIFORNIA.
(6) KLIMESH CYRIL M., KLIMESH MICHAEL F., « The Spillville Of Antonin Dvorak’s Sojourn And Inspirations For The “American” », Selected Papers from the 2003 SVU North American Conference, Cedar Rapids, Iowa, 26-28 June 2003, https://www.svu2000.org/conferences/2003_Iowa/06.pdf (consulté le 25/10/2017)
Il est intéressant de noter que la lettre de Josefina Kounicová, répondant sans aucun doute à la nouvelle de la décision des Dvořák, annonce que sa sœur Terezie Koutecká accompagnera les enfants de Dvořák en Amérique - et c'est en effet ce qui devait arriver.
Pour la petite histoire et au crédit de la thèse qui relativise - pour rester prudent - la théorie de l'amour secret de Dvořák pour Josefina, notons que celle-ci se dit gravement malade depuis Noël et s'attend à disparaître rapidement, sans que cela n'ait en rien modifié le projet d'été des Dvořák. Au sujet de la nostalgie du compositeur, que certains biographes nous décrivent comme intense, comment un homme à ce point travaillé par la douleur de l'exil aurait-il pris la décision de passer ses vacances dans un pays si lointain ?
Nous lisons dans cet article que la gouvernante Baruška Klerová arriva dans le même navire que Terezie Koutecká. Les onze voyageurs cités par Kovařík sont donc :
1. Antonín Dvořák, arrivé en Amérique le 26 septembre 1892
2. Anna, son épouse, arrivée en Amérique le 26 septembre 1892
3. Joseph Kovařík, arrivé en Amérique le 26 septembre 1892
4. Terezie Koutecká, sœur d'Anna, arrivée en Amérique le 31 mai 1893
5. Baruška Klerová, gouvernante, arrivée en Amérique le 31 mai 1893
et les enfants :
6. Otilie, née en 1878, arrivée en Amérique le 26 septembre 1892
7. Anna, née en 1880, arrivée en Amérique le 31 mai 1893
8. Magdalena, née en 1881, arrivée en Amérique le 31 mai 1893
9. Antonín jr., né en 1883, arrivé en Amérique le 26 septembre 1892
10. Otakar, né en 1885, arrivé en Amérique le 31 mai 1893
11. Aloisie, née en 1888, arrivée en Amérique le 31 mai 1893
En septembre 1892, Kovařík avait l'intention de se rendre directement chez lui, à Spillville, mais il dut se plier à la volonté de Dvořák et demeurer à New York jusqu'au juin suivant. Le fait est confirmé par le registre de leur navire, le SS Saale (4) :
![]() |
| Extrait du registre du SS Saale, le navire qui transporta pour la première fois Dvořák et ses proches aux Etats-unis |
A la ligne 31 de ce registre, on lit le nom du "Dr. Antonius Dvorak". Le prénom surprend : en fait il s'agissait de celui utilisé par l’Université Tchèque Charles Ferdinand de Prague quand elle a honoré en 1891 le compositeur du titre de docteur honorifique en philosophie. Peut-être était-ce aussi voulu pour éviter la confusion avec son fils Antonín, qui apparaît ligne 34.
Josef Kovařík, ligne 35, est enregistré comme "musicien" de nationalité américaine ("U.S.A.") bien que soit ici notée l'orthographe tchèque de son prénom (Josef et non Joseph). Il a indiqué "Spillville" comme destination finale, ce qui apparaît dans la colonne la plus à droite de cet extrait et confirme ce qu'il écrit dans son sixième article.
À la gare de Calmar, les voyageurs furent accueillis par John Kovařík, le père de Joseph, Thomas Bily, prêtre catholique de Spillville, et le père František Vrba venu de la ville voisine de Protivin. Chaque homme conduisait une carriole. (5) (6)
Le court voyage à Omaha a été évoqué sur la page Une lettre de Spillville. Dvořák est accueilli dans cette ville par Edward Rosewater, alors une sommité dans le monde de la presse et de la politique. Tout comme Dvořák, il est né en 1841. Cet enfant d'une famille juive (Rosenwasser) de Bukovany, au sud-est de Prague, est installé aux États-Unis depuis 1854. Abolitionniste convaincu, il s'engage du côté de l'Union pendant la Guerre de Sécession et poursuit son action politique au service des Républicains. Il fonde le quotidien Omaha Bee en 1870 et édite en parallèle Pokrok Západu (le Progrès de l'Ouest), premier journal en langue tchèque de la ville. Rosewater était un polémiste redouté, n'hésitant pas à soulever de vives controverses pour défendre ses convictions. Il décède en 1906 après avoir fondé l'American Jewish Committee, organisation encore active de nos jours.
Étonnamment, Kovařík ne mentionne pas le séjour, pourtant mémorable, de Dvořák à la Chicago World’s Fair, en août (voir Un été 93). Il reviendra cependant sur cet épisode dans un autre article.
On ignore le détail des histoires que les anciens de Spillville racontaient à Dvořák. Cependant l'écrivain Josef Škvorecký les a imaginées dans son très beau roman Scherzo Capriccioso, non traduit en français, mais disponible en langue anglaise sous le titre racoleur Dvořák in Love. Les chapitres 13 et 19 de son livre laissent parler le vieux Franta Valenta, qui décrit son premier contact, difficile, avec le Nouveau Monde, et le périlleux trajet qui le mena au long du Mississippi depuis la Nouvelle-Orléans. Il est fort possible - voire probable - que Škvorecký ait utilisé de vrais témoignages, s'étant documenté intensivement sur l'histoire des Tchéco-Américains et ayant même fait le voyage à Spillville pour interroger les locaux.
Alain Chotil-Fani, novembre 2018
Un immense merci au Dr Beveridge pour m'avoir communiqué gracieusement les articles de Joseph Kovařík.
Sur le même sujet
Sur les traces de Dvořák à SpillvilleUn été 93
Une lettre de Spillville
La maison de John J. Kovařík
Dvořák in Love, de Josef Škvorecký
Le documentaire « Dvořák in America », directed and written by Lucille Carra, produced by Lucille Carra and Brian Cotnoir, co-producer Maurice Peress, © 2000 Travelfilm Company, 55 minutes
Notes
(1) BURGHAUSER Jarmil, CLAPHAM John, « Thematický Katalog », PRAHA, Bärenreiter Editio Supraphon, 1996(2) Lettre à Margaret Balik du 17 avril 1933 (information donnée par David Beveridge)
(3) KUNA Milan, BRADOVÁ Ludmila, CUBR Antonín, HALLOVÁ Marketa, SLAVÍKOVÁ Jitka, « Antonín Dvořák, korespondence a dokumenty », Korespondence odeslana, Korespondence prijata 1871-1904, PRAHA, Bärenreiter Editio Supraphon Praha, 1987-2004
(4) Information trouvée sur le site The Statue of Liberty - Ellis Island Foundation. Voir sur MusicaBohemica la nouvelle L'arrivée à New York où l'on trouvera le nom de quelques passagers prestigieux qui firent la traversée avec Dvořák.
Dans le registre, le nombre de la première colonne n'est inscrit en entier que pour les dizaines : 10, 20, 30, etc. Sinon seule l'unité figure. Dvořák est bien enregistré au numéro 31, même si seul le chiffre 1 apparaît en regard de son nom.
(5) KLIMESH CYRIL M., « THEY CAME TO THIS PLACE - A History of Spillville, Iowa and Its Czech Settlers », METHODIUS PRESS, Second Edition, Revised and Reprinted 1992, SEBASTOPOL, CALIFORNIA.
(6) KLIMESH CYRIL M., KLIMESH MICHAEL F., « The Spillville Of Antonin Dvorak’s Sojourn And Inspirations For The “American” », Selected Papers from the 2003 SVU North American Conference, Cedar Rapids, Iowa, 26-28 June 2003, https://www.svu2000.org/conferences/2003_Iowa/06.pdf (consulté le 25/10/2017)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire