1929 tournée nord-est
Le triomphe n’en finit pas (7)
Le 14 juin, Bakule entama avec sa troupe la dernière partie de son tour de France. Ils visitèrent donc la Normandie, la Picardie, Le Nord, la Champagne, la Lorraine et l’Alsace avec Mulhouse et Strasbourg, terminus de leur périple, soit onze nouvelles cités découvertes.
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| La tournée Bakule dans la France du nord et de l'est |
Caen
Lors du passage de Bakule et de ses petits choristes à Nantes et à Rennes, le quotidien Ouest-Eclair, dans ses deux éditions bretonnes, garda plusieurs colonnes de ses pages et à plusieurs reprises pour rendre compte à ses lecteurs des différentes manifestations qui touchèrent les petits tchécoslovaques. Il existait une troisième édition basée à Caen. Etrangement, cette édition passa sous silence le séjour de Bakule à Caen. Il est très probable que la villégiature du pédagogue tchèque et de sa troupe respecta l’emploi du temps habituel mis en place dans les villes précédemment visitées (réception à l’Hôtel de Ville, démonstration(s) en direction des élèves des écoles et lycées, exposition de travaux des élèves de l’Institut Bakule, soirée tout public).
Rouen
Le 15 juin, à la gare de Rouen, à l’arrivée du train, aux environs de midi, une nombreuse foule d’enseignants, d’Eclaireurs et de Volontaires de la Paix au premier rang de laquelle se tenait l’inspecteur d’académie accueillit les chanteurs et chanteuses à qui on remit des fleurs en guise de souhaits de bienvenue. Ce cérémonial de réception se perpétuait de ville en ville et n’épargna pas Rouen. Les petits tchécoslovaques gagnèrent le Lycée Corneille et l’Ecole Normale d’Institutrices, lieux de leur hébergement. Dans l’après-midi, quelques 2 500 enfants des écoles assistèrent à la première démonstration de leurs camarades tchèques. Comme de coutume, au nom du comité d’accueil, un inspecteur primaire vanta les mérites du pédagogue pragois qui lui répondit «puissent nos chants développer en vos cœurs le sentiment de la fraternité humaine». En hommage aux Eclaireurs qui avaient si bien accueilli leurs invités, ces derniers débutèrent leur prestation par l’Hymne aux Eclaireurs tchèques suivi par un certain nombre de chants populaires «extraordinaire leçon d’art populaire pour les enfants des écoles (1)». En fin d’après-midi, le maire Georges Métayer reçut en son Hôtel de Ville Bakule et ses élèves qui lui remirent la lettre du maire de Prague.
Monsieur le Maire de la Ville de Rouen,
L’Institut Bakule de Prague a été invité par le Syndicat National, organisation des instituteurs français et le «Bureau français d’éducation» en France.
La présidence du Conseil municipal de Prague saisit l’occasion de la visite dudit Institut dans votre ville pour vous adresser ses meilleures salutations et pour exprimer sa grande joie que des garçons et des jeunes filles de notre ville aient la possibilité d’exprimer par leurs chansons aux enfants et à la population de votre ville l’amour et le dévouement des Tchècoslovaques pour la noble nation française.
Les petits chanteurs de l’Institut Bakule vous dévoileront l’âme tchécoslovaque et vous montreront qu’elle est très proche de la vôtre.
Nous souhaitons qu’une connaissance réciproque resserre les relations amicales et accentue une coopération plus intense dans le domaine de la culture entre nos jeunesses et que notre alliance réciproque qui s’est manifestée d’une manière éclatante aux mauvais jours de la guerre mondiale, trouve ainsi un bel écho dans le travail pour la paix.
En vous priant, Monsieur le Maire et cher collègue, de bien vouloir réserver aux petits chanteurs de l’Institut Bakule un bon accueil, je vous adresse l’expression de mes sentiments bien cordiaux et très dévoués.
Le Maire de Prague
Braxa (2)
En soirée, nouvelle démonstration de l’art des petits chanteurs devant une salle remplie de spectateurs dans le Cirque d’une contenance de plus de 3 000 places. Conformément à l’habitude, la séance débuta par une allocution de l’Inspecteur d’Académie suivie par celle du Directeur de l’Ecole Normale d’Instituteurs qui déroulèrent la vie de «cet homme admirable» et de ses conceptions pédagogiques. Et ce fut le concert. Ebloui par la qualité de la prestation des chanteurs, le journaliste releva «ils excellent dans les nuances délicates». De plus en plus conquis par leurs voix charmeuses, il précisait «ils ne donnent que rarement toute leur voix. Ils chantent mezza voce, piano, pianissimo avec une étonnante douceur». Plus le concert s’avançait, plus le charme opérait sur le chroniqueur. Il ne pouvait «qu’admirer la qualité des voix, la perfection de l’ensemble, la variété et la richesse de leurs interprétations». Inutile de préciser que chaque chant et chaque danse déchaina «une chaleureuse et longue ovation (3)» alors que l’un d’eux Je n’ai pas dans ce Klenči fut bissé (pour écouter ce chant Je n’ai pas dans ce Klenči, cliquer ici et rendez vous en bas de l’article «Bakule et la musique»). Pour en finir avec l’escale rouennaise, Paul Faucher, qui y rejoignit ses amis tchécoslovaques, écrivit simplement dans ses notes à propos de ce concert «Salle conquise soulevée d’enthousiasme». Pour les jeunes tchécoslovaques, le triomphe se confirmait.
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| le Cirque de Rouen d'après une ancienne carte postale |
Le Havre
Entre Rouen et Le Havre, la distance n’est pas trop importante et lorsque le train entra en gare le 16 juin, Paul Faucher aperçut le comité de réception et une centaine d’écoliers qui agitaient un drapeau tchèque pour souhaiter la bienvenue à leurs petits camarades. Non contents d’agiter leur drapeau, ils criaient en leur direction «nazdar», c’est-à-dire «salut».
Dans la cité portuaire, la Compagnie Générale Transatlantique offrit les couchettes de son hôtel aux jeunes chanteurs tandis que la ville se chargea des repas. Le comité d’organisation havrais avait bien rempli son rôle. Non seulement, comme dans les autres villes visitées, il s’était attiré le soutien de la municipalité, mais avait obtenu l’engagement d’une société privée qui avait offert l’hospitalité dans son hôtel à la petite troupe des chanteurs. Après la visite du port, les petits chanteurs montèrent dans un paquebot pour découvrir l’intérieur, les coursives, ponts et cabines. Dans l’après-midi des cars emmenèrent les chanteurs à Sainte-Adresse, la station balnéaire proche du Havre où les Eclaireurs offrirent un goûter à leurs petits camarades d’Europe centrale. Ils approchèrent du phare. Escaladèrent-ils les marches d’escalier pour profiter de la vie étendue sur la Manche et les falaises ? Peut-être.
Le lendemain, Bakule s’affaira auprès des enfants des écoles et le soir, concert public. Depuis près de deux mois, les jeunes tchécoslovaques menaient une vie agitée avec peu de moments de repos. Certains d’entre eux se fatiguèrent. Une des chanteuses, Pepika flancha. Il fallut que Paul Faucher, toujours présent, aille au pas de course dans une pharmacie pour lui trouver un remède. Mais il était temps pour Paul Faucher de reprendre son train pour Paris. Il nota que les jeunes femmes, Lída, Mlle Hanouche et Mlle Baxantová lui donnèrent quelques fruits pour le voyage. «J’ai le cœur serré. Ai-je jamais éprouvé de plus grandes et de plus pures joies que celles que je dois à Bakule et à ses élèves depuis le commencement de son voyage en France (4)» écrivit-il dans ses notes. La fréquentation de Lída durant ces trois jours de présence de Paul Faucher auprès des choristes ne fut certainement pas étrangère à l’intensité du pincement au cœur (5) qu’il éprouva.
Amiens, Calais
N’ayant pu consulter aucune source relatant leur court séjour dans ces deux villes, je me bornerai à indiquer que les petits Bakule, comme on les désignait parfois dans un organe de presse, stationnèrent le 18 juin à Amiens et le 19 à Calais. Très certainement, ils se produisirent au moins une fois dans chacune de ces cités pour un concert dont le programme était déjà bien rodé depuis qu’ils avaient mis les pieds sur le sol français. Il est également probable sinon certain que les municipalités amiénoise et calaisienne les reçurent dans leur mairie respective.
Lille, Roubaix
L’arrivée à Lille de la troupe de choristes fut annoncée la veille par Le Grand Echo du Nord. Par rapport à la relation de cette tranche de vie de Bakule par les journaux locaux des autres régions, ce quotidien nordiste déforma complètement les faits, transformant la première vingtaine d’années de son engagement pédagogique en une sorte de conte où en 1920 un brave instituteur - qui devait posséder une baguette magique - rassembla des petits déshérités autour de lui et les fit chanter. Tout juste le chroniqueur lui reconnut-il une «intelligente pédagogie». Ainsi formé en un tour de main, le chœur a «fait le tour du monde». Vraiment, cette baguette magique possédait des pouvoirs surhumains ! Exagération d’une part avec ce Bakule transformé en Phileas Fogg, méconnaissance de la Tchécoslovaquie d’autre part avec dans le répertoire de la chorale des «vieilles chansons de Bohême, vieux airs slovaques et dalmates». Que venaient faire, dans ce pays d’Europe centrale, ces airs dalmates issus des bords de la Méditerranée ?
Quoi qu’il en soit, les petits choristes posèrent le pied sur le sol lillois où ils furent accueillis par le «comité lillois des concerts Bakule» en milieu de la matinée du 20 juin, comprenant le représentant du préfet, l’Inspecteur d’Académie, le secrétaire départemental du SNI, des membres de la Société française d’éducation et de nombreux enseignant(e)s et un groupe d’élèves de l’école Récamier dont «l’une offrit une magnifique gerbe de fleurs à Bakule». L’après-midi les choristes assurèrent pas moins de trois prestations réservées aux élèves des écoles dans l’après-midi au Théâtre Sébastopol. «Parfois à l’unisson, à capella, parfois un soliste dit la mélodie prenante et le chœur l’accompagne à bouches fermées scandant le rythme ou nous donnant l’impression d’une symphonie harmonieuse (6)». Quelles chansons retinrent l’attention du journaliste ? O toi, petite étoile, Annette la meunière, Je suis un berger bien vieux, Il pleut, il pleut, Je ne rentrerai pas à la maison, Les Marchands d’oignons.
Le lendemain à 10 h 30 ou le jour de leur arrivée dans la cité lilloise (7), on reçut Bakule et ses enfants à l’Hôtel de Ville de Lille. Là encore un certain nombre de personnalités honorèrent les petits chanteurs de leur présence. En l’absence du maire provisoire, Alexandre Blacke-Desrousseaux, leur effectif, certes représentatif, ne valait pas celui qui avait été constaté dans d’autres villes, probablement dû à une situation municipale délicate (8) au cours de ces journées.
A la faculté de Lille, deux personnalités apportèrent leur soutien au geste pédagogique de Bakule. un professeur M. Gouhier et M. Hubert, doyen de la Faculté de Lettres. Ces deux professeurs participèrent, trois ans plus tard au Congrès international de l’Ecole Nouvelle à Nice.
Roubaix, tout proche de Lille, vit arriver en autocar Bakule et ses choristes le 21 où ils entrèrent à l’Hôtel de Ville. Plusieurs adjoints au maire, le consul tchécoslovaque, un inspecteur primaire, de nombreux membres du corps enseignant les fêtèrent. M. Cailleret, un instituteur qui avait appartenu à la délégation du SNI au cours de la visite à Prague, l’année précédente, dit «combien les visiteurs furent émerveillés de l’œuvre de Bakule». Bakule répondit à sa façon par un chœur de Smetana entonné par ses choristes. «En les écoutant, on est étreint d’une émotion profonde, intense et douce à la fois. Ces voix jeunes, fraîches, d’un grand caractère mélodique, se fondent, s’harmonisent en un tout (9)». L’après-midi, au cours d’une démonstration au collège de jeunes filles et le soir pendant un concert dans la salle du Conservatoire de musique, ils déroulèrent leur répertoire, assurant une fois encore leur succès. Des Chants de Noël, de pittoresques Appels des bergères, des chansons d’amour, en particulier celle du jeune homme de Domažlice avec son gai refrain si expressif, Je suis un berger bien vieux furent les chants relevés par le chroniqueur du Journal de Roubaix. «Mais la plus impressionnante de ces complaintes est fournie par le thème de L’Orphelin». Déjà cette cantilène avait été remarquée à plusieurs reprises dans des villes où Bakule avait donné un récital. A Roubaix, le journaliste remarquait «Plus que des voix, ce sont alors des âmes qui chantent. Ce n’est plus du métier, c’est la vie (10)». Le concert se termina par trois morceaux de piano de Smetana et des danses de Bohême, de Moravie et de Valaquie. Dans cette ville du Nord, Bakule et ses chanteurs avaient une fois de plus rempli leur contrat.
Reims
Le Tour de France tendait à sa fin. Quatre étapes restaient encore à accomplir. Du Nord, la troupe gagna la Champagne et la ville de Reims. Le train la déposa le 23 juin vers midi dans la ville champenoise où un comité les attendait dont une cinquantaine d’enfants des écoles. Geste touchant, chaque enfant français remit à chacun et chacune des choristes un bouquet de fleurs des champs. En fin d’après-midi, c’est à la mairie qu’on les reçut. Ici, le député-maire avait convié le sous-préfet, le préfet honoraire, un conseiller général, un conseiller d’arrondissement, des adjoints de sa municipalité, un inspecteur primaire, des proviseurs de lycée et des représentants du SNI. Inutile de revenir sur le déroulement de la cérémonie qui se calqua à quelques nuances près sur celles qui s’étaient déroulées dans les villes précédentes. Par contre, le journaliste qui y assista s’est épanché quelque peu à propos du chœur de Smetana, un hymne à la nature, que Bakule fit chanter. «C’est un chant profondément émotionnant et la mélancolie qui s’en échappe exprimée par ses voix fraîches et harmonieuses, est si intense que beaucoup de yeux se mouillent de larmes». Non pas un chœur, mais deux autres constituèrent le salut aux Rémois se pressant dans l’Hôtel de Ville. «Il fait moduler un chant populaire tchèque, air préféré du Président Masarik et une chanson triste, exprimant la plainte d’un pauvre paysan, arrangée sur une orchestration imitant les bruits de la nature». Non, les chanteurs ne furent pas accompagnés par un orchestre local. Cette «orchestration», ils la réalisèrent par un accompagnement à bouche fermée qui simula avec ingéniosité ces bruits de nature.
Le soir, au Cirque, les petits chanteurs renouvelèrent leurs exploits musicaux devant un parterre rassemblant plus d’un millier de personnes. Georges Lapierre, le secrétaire national du SNI, avait fait le voyage à Reims pour présenter au public l’instituteur pragois. Le programme habituel de chœurs se déroula à Reims comme dans d’autres lieux. L’apport de Tatiana Baxantová ne se limita pas seulement à interpréter «avec une réelle maîtrise» un morceau de piano, sorte d’interlude, mais accompagna de son clavier chaque chant que les enfants entonnèrent. Les danseuses intervinrent à leur tour et le concert se termina sur «quelques chants toujours aussi applaudis (11)». Une fois encore, Bakule s’assurait un succès.
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| Le Cirque de Reims d'après une ancienne carte postale |
Nancy
Dans la tête de Bakule, dans celle des adultes qui l’accompagnaient et peut-être bien aussi dans celle de ses élèves, une idée devait devenir lancinante : la fin de la tournée approchait et avec elle la fin de la fatigue même si dans les trois dernières villes qu’il restait à visiter des rencontres émouvantes étaient à prévoir et même s’ils imaginaient encore les salves d’applaudissements qui surgiraient des spectateurs, comme dans les autres villes. Grand baume au cœur et petit baume pour panser la fatigue qui s’accumulait.
En attendant, l’emploi du temps à Nancy s’annonçait redoutable. En fin d’après-midi du 25 juin, l’arrivée tardive en gare de Nancy ne permettait pas d’envisager une soirée sauf à surmener d’avantage les organismes des enfants et surtout leur voix. Notons qu’à leur descente du train, ils furent salués par l’inspecteur d’académie, un adjoint au maire, le président du syndicat des hôteliers, celui de la Société industrielle de l’Est, celui de l’Union des associations d’étudiants slaves de Nancy, des représentants du SNI et du Bureau français d’éducation. De nombreux étudiants slaves assistèrent à l’arrivée de Bakule. Ce comité d’accueil ressemblait à celui d’une exposition commerciale avec quand même un côté culturel ou universitaire symbolisé par les hauts dignitaires de l’instruction publique et les étudiants slaves.
Le lendemain 26 juin, en fin de matinée, les choristes se rendirent à l’Hôtel de Ville. Assistèrent à leur réception le maire évidemment, des conseillers municipaux, le chef de cabinet du Préfet, le secrétaire général du syndicat d’initiative (ancêtre de l’office de tourisme) le compositeur Alfred Bachelet directeur du conservatoire de musique, le président de la Ligue de l’enseignement, etc. Soit un éventail assez large du monde politique, culturel, enseignant. Bakule se vit remettre «un livre retraçant l’évolution de Nancy à travers les siècles» et la médaille de la ville. Dans l’après-midi, on les entendit à la Grande Taverne chanter pour les enfants des écoles dont «les auditions du chœur furent saluées par de vibrantes acclamations (12)». Dans la Salle Poirel, en soirée, devant un large public, ils enchantèrent le nombreux public qui assistait à leur démonstration. Les personnalités, représentatives de l’ensemble des forces vives de la région, plus nombreuses qu’à l’Hôtel de Ville, s’étaient installées aux premiers rangs. Comme ailleurs, l’Inspecteur d’Académie présenta Bakule à l’auditoire. Petite innovation par rapport aux concerts précédents, à moins que les chroniqueurs des journaux couvrant l’actualité des villes déjà visités n’aient point relaté ce fait, Bakule fit projeter d’abord un film documentaire relatant les activités de son Institut à Prague. Après quoi, les choristes, danseuses et la pianiste prirent possession de la scène.
Je ne reviens pas sur les louanges adressées aux petits artistes telles que les exposait la presse. Elles atteignaient la hauteur de celles qu’ils avaient provoquées dans les cités précédentes, sinon plus. Ne revenons pas non plus sur le répertoire chanté que nous avons rencontré auparavant partiellement ou en totalité. Un vif succès continuait à accompagner les jeunes tchécoslovaques. Leur exposition de travaux, annoncée dans la presse, entraîna la venue d’un public conséquent et les retombées économiques pour Bakule et son Institut ne furent pas insignifiantes.
Sage décision du comité d’organisation nancéien, conscient de la fatigue de leurs invités il réserva la presque totalité de la journée du jeudi 27 juin au tourisme : visite de la ville, visite des établissements Gallé, du musée lorrain, de Nancy-thermal. En fin d’après-midi seulement, les choristes donnèrent un aperçu de leur talent au moment de leur réception par l’Union des syndicats ouvriers à la Maison du Peuple. Un peu plus tôt, Bakule se soumit au jeu des questions-réponses au cours d’une rencontre avec des enseignants lorrains. La soirée se termina par la présentation du film «Nancy» à la troupe de la jeunesse tchécoslovaque. Cette journée qui ne soumit pas trop leurs voix à des exercices épuisants leur occasionna un moment de détente dont ils avaient bien besoin avant d’assurer les deux dernières étapes de leur tournée.
Président du comité d’organisation nancéien, René Duthil occupait un poste assez remarquable dans l’institution scolaire. Professeur à l’Ecole Normale de Nancy, trois ans après le passage de Bakule, il assista au Congrès de Nice de l’Education Nouvelle. Il pouvait parler de la pédagogie du maître tchécoslovaque en connaissance de cause et par conséquent sa parole avait du poids. Deux autres professeurs, enseignants à la Faculté de Nancy M. Souriau et M. A. Vuillod partageaient le même intérêt pour l’Ecole Nouvelle. A coup sûr, ils assistèrent très motivés aux conférences de Bakule. Bien que je n’ai pas trouvé de documents l’attestant, il y a fort à parier que ces professeurs, s’ils purent trouver un temps commun avec leur hôte, eurent à cœur à s’entretenir avec lui.
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| La Salle Poirel © photographie de l'auteur |
Mulhouse - Strasbourg
Les choristes atteignirent Mulhouse le 28 juin et se rendirent à Strasbourg le lendemain, terme de leur périple français avant de reprendre le train pour Prague. Comme je n’ai pas pu parcourir la presse alsacienne, par exemple Les Dernières Nouvelles de Strasbourg, je ne peux rien en dire ; mais cela n’empêche pas de penser qu’ils remplirent certainement les salles dans lesquelles ils se produisirent et que des vivats les accompagnèrent. Il me restera à tenter de dresser un bilan de leur passage en France. Voir l’article suivant.
En attendant, remarquons simplement que la presse locale relata assez abondamment, tout particulièrement à Rouen et à Nancy, les activités musicales de la troupe de Bakule et exposa les principes pédagogiques de l’instituteur tchécoslovaque. Notons aussi l’affluence à chacun des concerts et l’enthousiasme tant du public normand que celui du Nord et de la Lorraine. Sur l’ensemble de la France, la tournée de Bakule toucha plusieurs dizaines de milliers de spectateurs, ce qui n’est pas un mince exploit.
Joseph Colomb - août 2018
Je remercie très sincèrement Iris Clément, archiviste de la médiathèque du Père Castor à Meuzac (Haute-Vienne) pour m’avoir facilité l’accès aux archives françaises concernant František Bakule et pour m’avoir approvisionné en documents précieux.
Les autres articles de la série Bakule sont consultables ci-dessous :
7. 1929 - La tournée Bakule, dans la France du nord et de l’est (le présent article)
Notes :
1. Le Journal de Rouen, 16 juin 1929.
2. Il est très probable que Bakule remit le même texte du Maire de Prague à tous les Maires des villes qui reçurent sa petite troupe.
3. Le Journal de Rouen, 17 juin 1929.
4. Paul Faucher, notes sur la tournée Bakule, archives de la Médiathèque du Père Castor, Meuzac.
5. Paul Faucher et Lída Durdíková se marièrent en 1932.
6. Le Grand Echo du Nord du 21 juin 1929.
7. L’information sur le jour de la réception à l’Hôtel de Ville de Lille prête à confusion. Un quotidien l’annonce le 20 juin, un autre la situe le 21. Qui croire ? Vraisemblablement le premier puisque le 21 juin, Bakule et ses enfants passèrent la journée à Roubaix.
8. Lors des élections municipales du 5 et 12 mai, la liste socialiste l’avait emporté, cependant seul le maire sortant et tête de liste, Roger Salengro, avait été battu n’ayant pas obtenu suffisamment de voix. Alexandre Blacke-Desrousseaux avait été élu maire. Avec deux autres élus socialistes, il avait immédiatement démissionné de son poste pour provoquer des élections partielles fixées au 16 et 23 juin. Lors de la visite de Bakule, Lille était dirigé par le maire démissionnaire, en poste jusqu’à l’élection d’un nouveau maire le 28 juin où Roger Salengro retrouva son siège.
9. L’Egalité de Roubaix-Tourcoing du 22 juin 1929.
10. Journal de Roubaix du 22 juin 1929.
11. Journal non identifié. Archives de la Médiathèque du Père Castor, Meuzac.
12. L’Est républicain du 26 juin 1929.




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