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14 janvier 2018

Une soirée chez Mrs Thurber

Une soirée chez Mrs Thurber

Heureux Parisiens qui pourront, pendant deux semaines encore, se délecter du splendide spectacle proposé par le Centre de Musique de Chambre de Paris dans la belle Salle Cortot, 78 rue Cardinet :

Quintette de Dvořák
ou
Une soirée chez Mrs Thurber


Au fil d'un entretien (imaginaire) entre le compositeur et la fondatrice du Conservatoire de New York, nous entendons différentes évocations de folklores américains en liaison avec des pages de Dvořák : le Scherzo de la Sonatine op. 100, le Lento du Quatuor Américain et la célèbre 7e Humoresque pour piano. En clôture du récital nous est offert le merveilleux Quintette op. 81, salué par plusieurs rappels. En tous points mérités, tant les jeunes interprètes, jouant par cœur, savent agrémenter le spectacle par un mémorable jeu de scène tout en humour et poésie.

Une Sonatine en Stetson ! (Raphaëlle Moreau, Guillaume Vincent)

En prélude est donné le beau et méconnu Larghetto du Trio op. 32 de John Knowles Paine, en témoignage de ce pouvait offrir une Ecole de Boston imbue de tradition européenne.

Le fil rouge de la discussion donne prétexte à souligner le lien entre des musiques américaines d'époque et l'inspiration dvořákienne. Ainsi, avec un art consommé, le spiritual "Go Tell It On A Mountain" se transforme en un célèbre passage du Concerto pour violoncelle.

On apprécie l'approche vulgarisatrice qui permet de dévoiler à tout un chacun certains des mystères de la création, tant la lecture d'articles musicologiques (ou prétendus tels) peut paraître aride au non-initié. Cette qualité est ici en partie contrariée par l'absence d'une explication entre ce qui relève du vrai et de la fiction. Si les phrases que l'on met dans la bouche de Dvořák sont bien souvent tirées de sources reconnues (exemple), d'autres aspects entrent en contradiction avec ce que nous savons de l'histoire. Par exemple, aucune source n'indique, à ma connaissance, que le compositeur ait pu rencontrer ou entendre jouer Scott Joplin. Si les deux hommes se trouvaient à l'Exposition Internationale de Chicago en 1893, rien n'indique qu'ils se soient rencontrés. Un détail ? Sans doute, mais d'importance, car il inverse la logique du discours : si Dvořák n'a sans doute pas entendu Joplin, ce dernier a composé ses célèbres ragtimes après le passage du Tchèque aux Etats-unis, chose qui ne relève peut-être pas complètement du hasard.

Je m'empresse de préciser que ce ne sont pas les approximations qui m'ont dérangé, car j'apprécie "l'art du roman" quand il est offert comme ici avec talent (je m'en voudrais d'oublier de citer dans le même ordre d'idées le livre Scherzo Capriccioso de Josef Škvorecký). En revanche il est permis de trouver fâcheux, me semble-t-il, le défaut d'éléments précis permettant à l'auditeur lambda de séparer l'histoire et la fiction, chose qui aurait pu être faite dans le générique de fin, malheureusement muet sur les sources utilisées.

Cette réserve mis à part, il n'y a aucune raison de se priver d'une soirée d'exception, conçue avec goût et formidablement défendue par des interprètes enthousiastes qu'il convient de saluer bien bas :

Liya Petrova, violon
Raphaëlle Moreau, violon
Violaine Despeyroux, alto
Ivan Karizna, violoncelle
Guillaume Vincent, piano


Des rappels mérités pour Jérôme Pernoo et les interprètes
sans oublier les autres artisans du récital :

Elsa Rooke, voix de Mrs Thurber
Jonno Slysa, voix de Dvořák
Marianne Pernoo-Bécache, dramaturge
Dimitri Scapolan, prise de son
Iris Feix, régie et lumières
Jean-Baptiste Caspat, chargé de production et titrages
Jérôme Pernoo, auteur et direction artistique

Un dernier conseil pour les spectateurs : une projection ayant lieu sur un écran situé à gauche de la scène, privilégier les places situées au milieu ou à droite.

Alain Chotil-Fani

En guise de complément (20 janvier)

Je suis entré en contact avec le Centre de Musique de Chambre de Paris pour savoir quelles avaient été les sources utilisées pour ce spectacle, tant les thèmes abordés sont en résonance avec les thèmes que je m'efforce de développer sur ce site. J'ai alors appris, surpris et flatté, que le matériel publié sur MusicaBohemica était en grande partie à l'origine de l'inspiration de la soirée, comme cela apparaît clairement sur la page de l'exposition virtuelle du Centre (http://cmcpcortot.wixsite.com/antonin-dvorak). La boucle est donc bouclée ! Ce travail de passionnés, offert gratuitement sur la toile, pouvait donc susciter une production d'une telle qualité - il faut sans aucun doute y voir une très belle preuve de reconnaissance.

Alain CF

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