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27 janvier 2018

Antonín Dvořák et Kroměříž

Antonín Dvořák et Kroměříž

Par David R. Beveridge 

Il est étonnant de constater la place si importante qu'occupe la cité de Kroměříž en Moravie dans la vie de Dvořák. Kroměříž, modeste mais très ouverte aux arts, est parmi les endroits où Dvořák passa le plus de temps à diriger des concerts, à côté de Londres et de ses environs, après Prague et Olomouc. Les relations du compositeur avec la famille Kozánek, au cœur de la vie locale, ont revêtu un caractère central dans ces rapports privilégiés. Il fit d’abord la connaissance à Prague des frères Emil et Karel Kozánek, alors étudiants en Droit (il confia à Karel la partition manuscrite de sa Sérénade pour Cordes, et ce fut le même Karel qui lui fit part du souhait de Jean Becker de mettre une œuvre “dans le style slave” au répertoire de son célèbre Quatuor Florentin, chose qui devait être accomplie avec le populaire Quatuor à Cordes en mi bémol majeur du compositeur). Il fit rapidement la connaissance d’au moins une de leurs sœurs, Olga, à qui il dédicaça sa première Dumka. Finalement il ne rencontra pas moins de sept membres de la famille, tous musiciens amateurs passionnés. Mais ce fut avec Emil qu'il noua des liens plus étroits, et apparemment c‘est Emil qui fut à l‘origine de sa première visite à Kroměříž en 1886, pour diriger le Stabat Mater les 10 et 11 avril. Cinq années plus tard il revint pour diriger son oratorio St. Ludmila, et en 1892 Kroměříž fut la deuxième ville en Europe continentale (après Olomouc, et avant Prague !) à entendre son Requiem récemment composé, de nouveau sous la baguette du compositeur. Tous ces concerts eurent lieu au Měšťanské nadsklepí, encore en activité de nos jours. À Kroměříž, Dvořák fut reçu en héros national, qui avait su donner la preuve aussi bien en Europe qu’en Amérique de la valeur de l’art tchèque. Il fut enchanté au plus haut point par les concerts qu’il donna dans cette ville, et ému jusqu’aux larmes, au sens propre, par l’accueil chaleureux que Kroměříž sut lui réserver.

Pendant le séjour de Dvořák en Amérique (1892-95), ses liens avec Kroměříž perdurèrent sous la forme d’une correspondance avec Emil Kozánek, qui compte parmi les écrits les plus riches et fascinants qu’il envoya du Nouveau Monde (exemple). En 1904 il projetait encore une nouvelle visite à Kroměříž pour diriger sa cantate dramatique The Spectre’s Bride les 6 et 7 mai. Mais il tomba malade. Les nouvelles envoyées par diverses personnes à Emil Kozánek représentent quelques-uns des témoignages les plus précis que nous possédions sur l'évolution de son affection – qui devait hélas avoir une issue fatale. Le 1er mai 1904, Dvořák mourut, mais aujourd’hui son legs semble plus vivace que jamais, tout comme les riches traditions musicales de Kroměříž.

(Publié avec l'aimable autorisation de l'auteur. Traduction Alain Chotil-Fani, janvier 2018)

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