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17 mai 2014

Pages orchestrales oubliées du XXe siècle - Forgotten Records fr 940



Forgotten Records explore une nouvelle fois le catalogue oublié de Supraphon pour nous proposer un CD de pages orchestrales rares du XXe siècle (réf.  fr 940). Car si l'on connaît, surtout de nom, Otakar Ostrčil (1879-1935, prononcer "ostr-tchil"), qui écoute ou joue encore sa musique à notre époque ? Les amateurs ont peut-être encore en mémoire une Symphonie composée au début du XXe siècle, jadis gravée par Jiří Bělohlávek et l'Orchestre Symphonique FOK de Prague, par laquelle le jeune compositeur rendait un hommage optimiste à la mémoire de son maître Fibich. Mais le présent CD présente une page d'une tout autre dimension : le vaste poème symphonique l'Eté (Léto), écrit en 1923, donne à entendre le compositeur au sommet de son art.

Forgotten Records fr 940 : des reports irréprochables pour de belles découvertes

L'oeuvre est en deux mouvements. Le Lento initial est un long cheminement pensif vers une apothéose empreinte de panthéisme. Ostrčil affirme ici sa maîtrise de l'écriture orchestrale. Son langage est pétri de détails confié aux différents pupitres. Cette attention le rapproche naturellement de deux autres grands post-romantiques de son pays, Vítězslav Novák et Josef Suk, mais aussi de Scriabine. Le second mouvement confie d'abord aux bois un thème ironique avant qu'un motif sévère vienne imposer sa présence. Peut-être pourra-t-on entendre dans ce martèlement irrépressible le thème fugué obsédant de l'Adagio & Fugue en ut mineur K.546 de Wolfgang Amadeus Mozart ? Si elle était voulue par Ostrčil, cette réminiscence était peut-être une façon d'inscrire son oeuvre dans la plus prestigieuse filiation occidentale, loin de tout folklorisme facile. Le mouvement s'achève par la réexposition aux bois et la résolution du thème sévère en hymne jubilatoire, toujours servi avec une grande maîtrise de l'orchestre - en l'occurrence celui de la Radio de Brno, dirigé par le remarquable Břetislav Bakala.

Otakar Ostrčil  était un ami proche de Zdeněk Nejedlý, féroce musicologue, pourfendeur de Dvořák et de ses élèves, futur ministre de la République Socialiste. Cette proximité a peut-être nui à sa mémoire. Il serait injuste de ne pas rappeler ici que Ostrčil, chef d'opéra de grand talent, a défendu toute la musique de son pays, même celle jugée indigne par ses amis. Sa mort prématurée, alors qu'il n'avait pas soixante ans, ne permet en aucune manière de le ranger parmi les serviles "compositeurs officiels" d'une période communiste qu'il n'a pas connue.




Si Otakar Ostrčil n'est pas complètement inconnu, que dire alors de Jaroslav Řídký ("rjidki") ? Ce compositeur et chef d'orchestre, né en 1897 et mort en 1956, reste occasionnellement cité pour avoir créé le Capriccio de Leoš Janáček en 1928. Le CD nous propose la découverte de son 2e Concerto pour violoncelle de 1940, dirigé par le compositeur à la tête de la Philharmonie Tchèque. František Smetana en est le soliste. Malgré la différence d'époque, l'oeuvre, résolument néo-romantique, est moins moderne que celle d'Ostrčil.

Un motif inquiet de cinq notes traverse l'ensemble de la page, dessine une vaste arche funèbre dans l'Andante et se résout en chant volontaire dans l'Allegro giocoso conclusif. Le chant du violoncelle exploite toutes les ressources de l'instrument. On ne peut pas imaginer que l'auteur soit resté indifférent aux terribles événements de l'époque et au destin de son pays. Mais Řídký ne réalise pas ici une partition de combat à la manière de Prokofiev ou de Chostakovitch, avec chants cuivrés et évocations de champs de bataille. Son discours se veut sincère, lyrique et grave, toujours animé d'une profonde noblesse. Son néo-romantisme tardif le fait parfois pencher du côté de Bloch (Shelomo) ou même de Korngold, exact contemporain de Řídký.

Interprétation admirable de František Smetana, tout en nuances et maîtrise d'une partition éreintante ; la Philharmonie Tchèque des années 1950 brille de mille feux malgré une captation mono étriquée.

Le même orchestre, dirigé par Karel Šejna, interprète le Nocturne de la Sérénade pour cordes op. 37 de Řídký. Cette page écrite en 1941 partage avec le Concerto une même sourde anxiété que le lyrisme des cordes ne parvient pas à atténuer. Deux clameurs venues du coeur meurtri de l'Europe. 

Alain Chotil-Fani, mai 2014




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