Pour tous les amateurs de musique baroque, musiciens professionnels et simples mélomanes, musicologues, Musicabohemica.org rappelle qu’il recommande chaleureusement le site (en anglais) entièrement consacré au singulier et fascinant musicien baroque tchèque immigré à Dresde et à ses oeuvres, Jan Dismas Zelenka (1679-1745). On y trouve à peu tout ce que l’on connait aujourd’hui sur un des plus grands compositeurs de l’histoire de la musique occidentale. Outre le catalogue de ses oeuvres et la localisation des manuscrits on accède sur ce site très bien organisé et agréable à consulter, à une biographie, une riche iconographie, des références d’enregistrements, de publications, des articles d’excellents musicologues et spécialistes de la musique de Zelenka. Toutes ces informations sont évidemment vérifiées et mises régulièrement à jour.
Peut-être à l’image d’autres compositeurs tchèques, ou moraves, Zelenka demeure encore aujourd’hui un compositeur dont le nom ne s’inscrit que trop parcimonieusement aux répertoires des musiciens, chefs de choeur et d’orchestre ou aux programmes de concert. Rappelons que Zelenka a, de par sa fonction de compositeur d’église à la court de Dresde, essentiellement écrit de la musique religieuse (et quelle musique religieuse !) à l’exception de quelques pièces profanes instrumentales, concertantes, de haute virtuosité, oeuvres composées dans un autre contexte que celles de son service en Saxe parmi lesquelles les Capriccios pour ensemble instrumental ou les 6 Sonates pour deux hautbois, basson et basse continue, un des sommets du répertoire de la musique de chambre baroque. Ces pièces sont heureusement désormais relativement bien servies dans le domaine des enregistrements discographiques.
Nous adressons nos très remerciements chaleureux à l’initiateur de ce site, Allistair Kid pour ce travail remarquable et souhaitons que d’autres compositeurs tchèques des époques baroques et classiques fassent l’objet d’une démarche similaire.
L’adresse du site : www.jdzelenka.net
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ZELENKA PAR MUSICA FLOREA
MUSIC FROM EIGHTEENTH-CENTURY PRAGUE
ZELENKA
JAN DISMAS ZELENKA
MISSA NATIVITATIS DOMINI
MAGNIFICAT
O MAGNUM MYSTERIUM
CHVALTE BOHA SILNÉHO
MUSICA FLOREA / MAREK ŠTRYNCL
Enregistré à Prague à l’église de Saint Simon et Judas les 7 et 8 décembre 2011
Radio tchèque / Supraphon SU 4111-2
Profitons de la même occasion pour recommander un bel enregistrement de l’Ensemble pragois Musica Florea, dirigé par son chef Marek Štryncl, enregistrement exclusivement consacré à Jan Dismas Zelenka et à des oeuvres de musique sacrée originales et notamment une jolie messe-cantate de Noël, la Missa Nativitatis Domini en ré majeur ZWV 8.
Cette messe fut composée à Dresde à la fin de l’année 1726, en grande hâte semble-t-il avant Noël et interprétée quelques jours après sous la direction du compositeur. Difficile de connaître, comme l’indique l’excellent texte de la brochure signée de la main du musicologue tchèque Václav Kapsa, le contenu exact de cette messe de Noël à l’origine puisque les Santus et Agnus Dei ne se trouvent pas dans le manuscrit autographe de l’oeuvre. Un Sanctus et un Agnus Dei, « empreintés » à une autre messe, la Missa charitativa ZWV 10 apparaissent dans des copies ultérieures.
Si le manuscrit original de Dresde fait appel à des trompettes naturelles tout comme la plus ancienne ancienne copie pragoise, deux copies berlinoises de cette même Missa Nativitatis Domini les remplacent par deux cors naturels. C’est d’ailleurs ici le choix de Musica Florea que de se s’adjoindre le service de deux cors. Le manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale de Prague sous la cote 59 R 2033, la plus ancienne copie conservée à Prague et réalisée en 1736 pour l’église des Jésuites de Saint-Nicolas de Mala Strana sert de référence à cet enregistrement. Marek Stryncl a toutefois préféré le timbre des cors, plus en phase, selon lui, avec l’atmosphère pastorale de l’oeuvre et moins solennelle qu’à l’occasion de l’utilisation des trompettes, toujours accompagnées par ailleurs de timbales dans les oeuvres sacrées du compositeur tchèque. On peut malgré tout, par certains côtés et en dépit des jolis effets pastoraux et de l’atmosphère séduisante des passages solistes cantabile, regretter le remplacement des trompettes par deux cors.
Il se peut que Jean-Sébastien Bach ait possédé cette messe dans sa bibliothèque puisque l’une des copies berlinoises appartient à la succession de Carl Philippe Emmanuel Bach. L’écriture du compositeur ne privilégie guère dans cette oeuvre les parties des hautbois, au contraire d’autres messes. Ceux-ci n’apparaissent en soliste qu’uniquement dans le Crucifixus. Le Benedictus est l’occasion d’écouter les deux traversos accompagner les vois de soprano et d’alto ce qui fait de ce Benedictus l’incarnation de l’esprit pastoral de cette oeuvre au demeurant plutôt conventionnelle, non pas dans son écriture (encore qu’on retrouve les formules harmoniques et rythmiques, les brutales ruptures d’atmosphère, les contrastes spécifiques, le sens de la dramaturgie sacrée de Zelenka) mais dans sa dimension pastorale. Peut-être est-ce là la conséquence de la nécessité d’écrire cette oeuvre en très peu de temps ou une volonté du compositeur de rester dans les normes établies.
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| Partie d'orgue de la Missa Nativitatis Domini ZWV 8, copie manuscrite de 1736, conservée à la Bibliothèque Nationale de Prague |
Aux côtés de cette messe de la nativité, se trouvent un Motet de Noël à caractère également pastoral, O magnum mysterium, ZWV 171, sorte de pastiche de l’aria Revisresce, effloresce pacis olea du grand Mélodrame Sub olea pacis ZWV 175, composé pour Prague en 1723, le Magnificat ZWV 107, hymne marial de louange, pour soprano choeur et orchestre, composé vers 1727. Conclut enfin judicieusement cet enregistrement le motet en langue tchèque Chvalte Boha silného ZWV 165 (Psaume 150 Louez le Dieu puissant), seule pièce en langue tchèque que nous ayons pu conservé de J. D. Zelenka jusqu’à nos jours. Cette pièce qui est un peu le symbole du miracle de la conservation des oeuvres du compositeur tchèque, ne nous est parvenue qu’à l’état de copies pragoises du dernier quart du XIXème siècle, le manuscrit ayant brûlé, comme bon nombre d’autres trésors conservés dans les bibliothèques saxonnes, à l’occasion des conséquents bombardements de Dresde pendant la deuxième guerre mondiale. « Louez Dieu au son de la trompe, louez-le avec le luth et la lire. Louez-le avec le tambourin et le chalumeau, louez-le avec le violon et l’orgue. Louez-le avec les cymbales sonores, louez-le avec des cymbales éclatantes. Que tout ce qui respire loue le Seigneur? Alleluia. » Ce texte éloquent traduit en tchèque montre combien la reconquête de la Bohême a été mis en scène par l’église catholique et ses puissants ordres religieux.
L’ensemble Musica Florea, un des premiers ensembles baroques tchèques, et son chef Marek Štryncl sont, dans leur interprétation, parfaitement en adéquation avec les oeuvres. Le long chemin de maturité de ses instrumentistes et de son chef ne leur ont pas fait perdre leur enthousiasme remarqué des premiers enregistrements (Missa Sancti Trinitatis, Melodrama de Sancto Wenceslao...).
Site de l’ensemble Musica Florea : www.musicaflorea.cz
Sites des éditions Supraphon : www.supraphon.com - www.supraphonline.com
Eric Baude, mai 2014


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