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11 février 2014

Rusalka au MET : une représentation pour l'histoire

Rusalka au MET : une représentation pour l'histoire

Pour la huitième saison consécutive, les récitals du Metropolitan Opera de New York sont diffusés en direct, dans plusieurs dizaines de salles de cinéma réparties à travers le monde. Ainsi, samedi passé, 8 février, des milliers de spectateurs purent découvrir une stupéfiante représentation de Rusalka, le plus célèbre des opéras d'Antonín Dvořák.

Stupéfiante ? Le mot n'est pas trop fort. La mise en scène, par Otto Schenk, illustre merveilleusement l'esprit du compositeur et de son librettiste Jaroslav Kvapil : lac enchanté et forêt bruissante de sortilèges nous plongent dans l'univers secret des contes de fées tout en soulignant, si on l'avait oubliée, la peur primale qu'ils inspirent. A-t-on jamais vu sorcière Ježibaba (Dolora Zajick, méconnaissable de laideur) en matrone si épouvantable, au sens premier du mot, crachant pour ainsi dire son mépris de ses semblables entre deux incantations maléfiques ? John Relyea, vieilli pour l'occasion (ce chanteur est né en 1972, plus d'une décennie après Renée Fleming dont il incarne le père), campe un vodník d'une profonde humanité ; Emily Magee a parfaitement saisi le rôle torve de la princesse étrangère. Les trois naïades Dísella Làrusdóttir, Renée Tatum et Maya Lahyani sont légères et enchanteresses à souhait. Même les seconds rôles, le chasseur Alexey Lavrov, le garde forestier Vladimir Chmelo et le garçon de cuisine Julie Boulianne parviennent à marquer les esprits par leur fantaisie et la qualité de leur jeu de scène.

L'effroyable Ježibaba (Dolora Zajick)

Piotr Beczala, ténor polonais dans le rôle du Prince, met sa belle voix au service de l'intrigue sans chercher à voler la vedette au rôle titre. Renée Fleming, précisément, prouve une nouvelle fois combien elle comprend son personnage. Sa Rusalka est admirable de fragilité et d'amour. L'on se demande parfois pourquoi les grandes voix qui s'identifiaient tant à leur personnage, telle Maria Callas dans la Traviata, ont disparu. Renée Fleming dans Rusalka démontre le contraire. La moindre de ses expressions fait songer que Dvořák semble avoir composé son opéra pour elle, tant leur rencontre par-delà les âges touche au miracle. On comprend que le chef Yannick Nezet-Séguin ait déclaré : "Oui, Dvořák doit être vraiment heureux ce soir" !

Avec cette retransmission en direct depuis le MET, la caméra ne filme pas la scène mais nous place au beau milieu des personnages. C'est une manière entièrement nouvelle d’assister à un opéra, à la fois cinématographique et théâtrale. Le jeu des acteurs est sublimé par cette approche novatrice. Les décors très réfléchis peuvent être savourés dans leur moindre détail, rehaussant encore les aspects sauvages d'une partition qui tend déjà vers le Janáček de la Renarde : à ce titre la scène où les animaux craintifs sortent du bois pour venir entourer la sorcière est un passage d'anthologie. Pour l'Ode à la lune, nous partageons avec Rusalka le saule sur lequel elle s'est juchée pour chanter son amour. La scène de ballet du 2e acte (Polonaise), si décevante quand elle est donnée en pièce isolée comme c'est parfois le cas, prend ici une force inouïe :  la mort s'annonce sans ambiguïté sous les paillettes - l'esprit de Gustav Mahler, qui aurait dû créer l'œuvre à Vienne, n'est pas très loin.

Yannick Nezet-Séguin, un chef à suivre
Le jeune chef québécois Yannick Nezet-Séguin admire sincèrement cette musique : "si cela ne tenait qu'à moi, je ne dirigerais rien d'autre", a-t-il déclaré. Il la dirige avec un talent de grand maître, exacerbant le foisonnement de la partition pour en souligner la filiation avec les derniers poèmes symphoniques de Dvořák. On l'attend avec impatience dans les œuvres orchestrales du compositeur tchèque. 

Alain Chotil-Fani

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Merci à Lucille Carra pour le matériel envoyé de New York.


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