Les Petites Reines fêtent la musique
Malgré un ciel parisien qui n'encourageait pas vraiment à reconnaître l'arrivée de l'été, le Centre tchèque a célébré de bien belle manière la fête de la musique en ce 21 juin 2013. La salle Janáček se révéla trop petite pour accueillir le public qui s'était déplacé ce soir-là. Bien qu'on ait rajouté beaucoup de chaises, plusieurs auditeurs restèrent stoïquement debout durant toute la durée du concert.
Le chœur Aposiopée dirigé par Natacha Bartošek et accompagné par Frédéric Lagarde a déroulé un programme tout entier centré sur l'influence de la musique populaire morave dans l'œuvre de Janáček, avec plusieurs chœurs que l'on ne chante que trop rarement dans notre pays. On entendit tout d'abord les merveilleux Nocturnes populaires qui ont transporté l'auditoire dans les montagnes slovaques où Janáček collecta ces chants. En plaçant sa soliste au fond de la salle tandis que les membres du chœur lui répondaient en écho, Natacha Bartošek rendit la spatialisation des sons souhaitée par le compositeur. Les mélodies se " transportèrent au-delà des collines, tombèrent dans les vallées et disparurent dans les forêts sombres " suivant les propres déclarations du compositeur. La circulation automobile de la rue voisine eut le bon goût de baisser d'intensité durant ces nocturnes et de laisser croire qu'on se trouvait bel et bien dans la forêt slovaque. Succédèrent huit chants d'amour extraits de la Poésie morave en chansons, un recueil de 1892 - 1901. Les rôles de solistes échurent à tour de rôle à plusieurs voix juvéniles auxquelles répondit l'ensemble choral. Les chants de Janáček laissèrent la place à la musique de son aîné Dvorak avec qui le compositeur morave entretint des relations suivies d'amitié. Frédéric Lagarde joua plusieurs pièces du cycle Silhouettes, opus 8, B 32, un carnaval bohémien.
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| Le chœur Aposiopée et Natacha Bartošek, le 21 juin 2013 avec l'aimable autorisation du Centre tchèque |
La deuxième partie du concert choral débuta avec les Petites Reines, onze chants composant une cérémonie païenne pour célébrer le soleil et l'arrivée de l'été. Les voix fraîches des choristes et des solistes firent merveille. Natacha Bartošek peut s'enorgueillir d'avoir donné la première audition française de ces Petites Reines il y a quelques années. Les premières collectes de musique populaire de Janáček, il les effectua en 1885 et s'y conformit régulièrement à partir de 1888 au moment où František Bartoš le convainquit de travailler avec lui et ses collaborateurs à cet immense chantier. L'année suivante, Lucie Bakešová lui fit connaître ses Petites Reines. Janáček s'empara de ce recueil et s'empressa de composer sa propre version. Quant à Rákoš Rákoczy, différents extraits de ce ballet chanté furent interprétés dans lesquels les solistes mâles rivalisèrent de musicalité avec leurs consœurs. Cette œuvre fut la première de Janáček à être représentée à Prague en 1891. Mais le compositeur attendit encore vingt-cinq ans avant qu'une deuxième œuvre se fraye le chemin de la capitale des pays tchèques. Le public parisien enthousiaste réclama des bis. Et ce furent quelques autres pièces de Rákoš Rákoczy. Tout un pan de l'œuvre du compositeur morave est ainsi diffusé patiemment et avec talent par la directrice du chœur Aposiopée depuis plusieurs années.
Il y a tout à parier que si une telle séance avait été proposée une trentaine d'années en arrière, l'auditoire aurait été très clairsemé. En effet, jusqu'en 1988, le nom de Janáček ne s'étalait pas souvent sur les affiches d'annonces de concerts et son nom n'attirait pas le public en nombre. Les temps ont bien changé. Cette fête de la musique confirmait la reconnaissance de Janáček dans notre pays.
Natacha Bartošek à la tête de son chœur Aposiopée accompagné cette fois par le pianiste tchèque Adam Skoumal redonnera un programme identique au cours du Festival de Saintes, le 14 juillet de cette année 2013.
Joseph Colomb - juin 2013

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