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16 janvier 2013

JOSEF MYSLIVEČEK (1737-1781) : Intégrale de la musique pour octuor et quintette à vent

JOSEF MYSLIVEČEK (1737-1781) : Intégrale de la musique pour octuor et quintette à vent


JOSEF MYSLIVEČEK (1737-1781)
Intégrale de la musique pour octuor et quintette à vent:

3 octuors pour 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 cors et 2 bassons:
Otteto I en mi bémol majeur (EvaM 8: Eb 1)
Otteto II en mi bémol majeur (EvaM 8: Eb 2)
Otteto III en si bémol majeur (EvaM 8: Bb 1) 

6 quintettes pour 2 hautbois, 2 cors et 1 basson:
Quintette I en ré majeur (EvaM 5: D2)
Quintette II en sol majeur (EvaM 5: G2)
Quintette III en mi bémol majeur (EvaM 5: Eb3)
Quintette IV en si bémol majeur (EvaM 5: Bb3) 
Quintette V en fa majeur (EvaM 5: F3) 
Quintette VI en do majeur (EvaM 5: C3) 

L’ORFEO BLÄSERENSEMBLE Carin van Heerden, direction

Enregistré à la Jegersaal de l’Université Privée de Linz (Autriche) du 28 au 30 juillet 2007
Directeur de l’enregistrement: Dietmar Wolf
Ingénieur du son: Hans-Jochen Brauns
CD CPO 777 377-2

Un enregistrement réjouissant!
Comment ne pas effectivement se réjouir de trouver enfin, parmi l’importante production discographique relativement récente, un enregistrement de musique authentiquement tchèque pour instruments à vent. Les bonnes habitudes, prises au début des années 2000 avec les enregistrements des oeuvres de F. Kramář-Krommer par la «bande» Philidor et autres consorts (un seul enregistrement de ces petits bijoux par les Philidor presque introuvable aujourd’hui. On se serait sans doute régalé d’une intégrale de ces truculentes partitas de cet autre compositeur tchèque (morave) si habile dans l’écriture pour ces instruments par l’Ensemble Philidor voire par les remarquables Zefiro d’Alfredo Bernardini (comment oublier l'intégrale des sonates de J. D. Zelenka!) mais voilà ce ne fût qu’une éphémère, unique et courageuse expérience au succès sans doute commerciale trop modeste pour être renouvelée....), les musiciens et compositeurs de la diaspora bohémienne et moraves Jan et Karel Štamic (Johann et Carl Stamitz), Josef Triebensee, Jan Vent, Jirí Družecký, František Rösler Rosetti, et autres modestes et discrets artisans de l’âge d’or de la musique pour vent, s’étaient à notre grand regret estompés depuis quelques temps. L’absence de cette musique pour vents du XXième, de son atmosphère, de sa bonne humeur, de sa tendresse insouciante et complice, à peine traversée de quelques ombres, de son humour, de sa simplicité rustique, de sa relation intime avec son environnement, me fait ressentir un manque dans le paysage musical contemporain. Par elle on rentrait, certes par la petite porte dans l’atmosphère effervescente et authentique d'une autre musique des Lumières. Ces pièces évocatrices d’un style de vie en symbiose avec son environnement nous offraient (nous offrent toujours...) un accès inédit et intime au quotidien de ce XVIIIème siècle et de cette façon nous le rapprochait, nous le rendait peut-être à la fois plus familier,  plus intact et plus vivant. C’est comme si l’un de ses musiciens instrumentistes à vent était venu nous chercher et nous avait emmené discrètement par des chemins secondaires vers   vers une porte réservée habituellement  aux personnel de la cour, aux valets, aux cuisiniers et autres laquais et donné accès aux usages de la vie quotidienne. Cette musique, nous fait pénétrer de l'autre côté du miroir.  Encore faut-il savoir l'écouter et ne pas la réduire uniquement à de la musique de fonction, sorte de bruit de fond se mélangeant aux brouhahas des conversations. 
L’Orfeo Blasersensemble renouvelle habilement le genre et nous offre en plus le plaisir (mais c’est une nécessité également) d’interpréter ces petits trésors d’une exquise fraîcheur champêtre du grand et prolifique Josef Mysliveček sur instruments d’époque. Dommage qu’on ne sache absolument rien des «outils» choisis pour l’enregistrement de ces ouvrages mais l’occasion est évidemment trop rare pour bouder sa joie de redécouvrir cette musique évocatrice d’une tout à la fois délicate et robuste atmosphère pastorale qu’on retrouve en partie dans les merveilleux sextuors du jeune Joseph Haydn, sextuors écrits pour certains, dans les années 1760, pendant son séjour chez le comte Morzin au château de Lukavec (Bohême de l’Ouest) ou dans des oeuvres de son cadet bohémien Josef Fiala. Il n’est d’ailleurs pas exclu que les deux compositeurs tchèques qui furent tous deux de bons et fidèles amis de Mozart, se soient rencontrés, peut-être à Munich, haut-lieu de la musique dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle. Josef Fiala était entré dans la chapelle musicale de la cour du prince-électeur de Bavière Maximilian III Joseph comme hautboïste dès 1777. Mozart entendit l’ensemble à vent de cette chapelle princière se produire à Munich et ne tarit pas d’éloge à son sujet tout comme au sujet des oeuvres pour vent de son ami Fiala. 
L’ensemble à vent de Carin van Heerden a choisi de s’adjoindre, pour renforcer la ligne et l’assise des basses, sa dynamique, et ses effets de coloris une contrebasse à cordes. Bien qu’il ne soit pas du tout certain que ces oeuvres aient été à l’époque interprétées dans cette configuration instrumentale ce choix est compréhensible et crédibilisé par l’écoute et les choix esthétiques de l’interprétation. L’ajout d’une contrebasse est beaucoup plus probant dans le cas d’une interprétation sur instruments d’époque que lorsqu’il s’agit d’instruments de facture contemporaine. 
On ne peut s’empêcher de penser à l’écoute de cette musique combien elle exige à de nombreuses reprises une grande virtuosité de ses interprètes en particulier dans certains passages du mouvement final du premier octuor en mi bémol majeur (EvaM 8: Eb1). Mysliveček ne ménage pas les interprètes tout en prenant, comme à d’autres occasions, la liberté de la forme (Tempo di Menuetto). Un étonnant ‘intermède’ mineur de ce mouvement dont la phrase est menée par le premier basson évoque déjà d’autres ambiances plus mozartiennes. Le contraste d’atmosphère est  voulu, surprenant l’auditeur et judicieusement réalisé. Quant à l’épisode alternatif suivant, il semble avoir été écrit pour démontrer  une nouvelle fois le savoir-faire des cornistes dans un registre étendu jusqu’aux limites des possibilités de l’instrument. Comment imaginer dans ces conditions que Mysliveček puisse avoir écrit pour un ensemble dont il ne connaissait pas les musiciens. Mais lequel? On n’en sait trop rien! Un ensemble à vent de haut niveau avec, on pourrait aisément le supposer tant à cette époque cette corporation d’instrumentistes des pays de Bohême est réputée en Europe, dans son sein des cornistes tchèques. Première hypothèse: Mysliveček pourrait avoir composé ses trois octuors à vent lors de son séjour à Munich en 1777-1778 à l’invitation de l’employeur de son compatriote Josef Fiala, le prince-électeur de Bavière Maximilien III Joseph. C’est à cette occasion que furent donnés la seconde version de son opéra seria Ezio et son oratorio Abramo ed Isaco (les deux oeuvres sur des livrets de P. Metastase, également librettiste de sa Clemenza di Tito comme de celle de Mozart). C’est encore pendant ce séjour qu’un chirurgien maladroit lui défigurera le visage. L’autre hypothèse vraisemblable serait que Mysliveček ait écrit ses trois octuors pour l’harmonie du duc George Clavering de Nassau qui aimait à séjourner à Florence. Généreux mécène pour la musique et la peinture, il s’était installé en Toscane et devint  dans les années 1770 directeur de l’Academia degli Armonici di Firenze.
Mysliveček s’était lui aussi établi en Italie depuis 1764 voyageant sans cesse au gré des représentations de ses opéras. Il pourrait avoir composé ces pièces pour cette formation florentine qui avait été créé en 1773 et était dirigée par un certain Johann Anton Schmid, probablement hautboïste. Cet ensemble à vent se produisait non seulement à la résidence du duc mais également dans les deux opéras de la ville. Christian Moritz-Bauer situe, dans le cadre de cette hypothèse, leur composition entre 1774 et 1776 mais ne cite pas ses sources dans le livret du CD. 
Si comme tout compositeur originaire des Pays de Bohême, Mysliveček entretient une relation privilégiée avec les instruments à vent, sa manière d’écrire s’inspire largement de sa façon de composer pour la voix et l’opéra. Ces octuors sont en quelques sortes de petits opéras miniatures reflétant une dramaturgie et une dynamique instrumentales faisant largement référence à ses oeuvres lyriques sérieuses dont l’écriture n’est pas elle-même sans rappeler celles des compositeurs de la célèbre école de Mannheim. On trouve dans le livret du CD cette jolie citation du musicologue allemand Gerhard Pätzig: «On dirait que le compositeur s’est laissé inspirer par des textes imaginaires, dont les contenus développent sans cesse de nouveaux fils conducteurs dramatiques [...] Des motifs chantants alternent avec des passsages brillants parsemés de coloratures aux instruments à vent, amènent ici et là une césure pour des cadences en solistes mémorables, confèrent aux répétitions de motifs des timbres toujours nouveaux par une  modification de l’instrumentation: les parties des vents symbolise les personnages évoluant sur scène.» 
Eric Baude

Autre enregistrement de référence: Josef et Joseph
Il s’agit là d’une version plus ancienne malheureusement sur instruments modernes mas non dénuée d’intérêt pour son programme contrasté Mysliveček-Haydn (?). L’Albert Schweizer Okett s’appuie pour cet enregistrement des trois octuors sur des copies manuscrites différentes de celles utilisées par l’Orfeo Bläserensemble. Ces manuscrits ont été découverts antérieurement par le musicologue Camillo Schoenbaum en Allemagne dans la collection des princes Fürstenberg à la bibliothèque de leur résidence de Donaueschingen au sud de l’Allemagne, à quelques kilomètres seulement des sources du Danube. 
Joseph (Josef) Mysliveček (1737-1781)
3 Otteti (Octets) for 2 Oboes, 2 Clarinets, 2 Horns, 2 Bassoons

Joseph Haydn (1732-1809)
Harmonie (Partita) in F major Hob. II: F 7

Albert Schweitzer Oktett
CD CPO 999 314-2
  






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