Sur les traces de Dvořák à Spillville
| Plein ouest |
L’échappée vers l’Iowa révèle un monde où l’homme se fait discret. L’immense banlieue de Chicago aux autoroutes tentaculaires n’est plus qu’un souvenir ténu quand l’itinéraire du couchant dévoile une nature impassible ; seuls quelques véhicules aperçus par-delà Madison et sa route témoignent encore d'une activité humaine. Qui donc viendrait s’installer ou faire du tourisme dans cette campagne monotone et dépeuplée ? D’énormes exploitations agricoles veillées par des silos titanesques tiennent désormais lieu de clochers et centres commerciaux.
Il faut traverser le Mississippi pour rejoindre l’Iowa. Là, à Prairie du Chien, l’on retrouve des témoignages de cette Amérique des pionniers dans la façade en pierre de villas imposantes. C’est l’un des plus anciens – ou peut-être même le plus ancien – des comptoirs établis par l’homme blanc sur le cours du fleuve. (1)
| Du côté de Prairie du Chien |
Dvořák aussi est passé par Prairie du Chien. (2) Le chemin de fer vers Chicago traversait l’endroit. Peut-être le compositeur a-t-il contemplé, depuis sa rive orientale surmontée par Pikes Peak au sud de Mc Gregor, le fleuve dans sa démesure, et si loin de son delta pourtant.
Le paysage devient doucement vallonné à l’approche du nord-est de l’Iowa, aux confins de cette région qu’un géologue qualifia de Little Switzerland en 1894 (3). Une petite Suisse ? Il est vrai qu’à contempler ces vallons émoussés, l’on se croirait en Europe. Et même en son cœur le plus intime : l’écrivain Josef Škvorecký dans l’épreuve de l’exil y reconnaissait les courbes paisibles de la Bohême centrale. (4)
La ville de Decorah, sur le fil entre Europe et Amérique, est marquée par une importante émigration norvégienne. Une longue fresque y célèbre le mariage des coutumes scandinaves et de l’esprit américain. La cité s’enorgueillit d’avoir accueilli le grand virtuose Ole Bull, venu faire chanter son violon pour ses ex-compatriotes dans l’enceinte du Steyer Opera House flambant neuf.
La ville de Decorah, sur le fil entre Europe et Amérique, est marquée par une importante émigration norvégienne. Une longue fresque y célèbre le mariage des coutumes scandinaves et de l’esprit américain. La cité s’enorgueillit d’avoir accueilli le grand virtuose Ole Bull, venu faire chanter son violon pour ses ex-compatriotes dans l’enceinte du Steyer Opera House flambant neuf.
| Ole Bull (1810-1880) sur une pancarte à Decorah |
A vingt minutes de là, Spillville offre un tout autre visage. On n’y trouve guère, comme à Decorah, de grandes avenues bordées de bâtiments en briques. Ici, les maisons sont séparées, chacune d'entre elle bien posée sur un carré de gazon impeccable. On y chercherait en vain monuments imposants et vastes hôtels Art-Déco. L’endroit a conservé sa dimension des temps héroïques : moins de 400 hommes vivent ici, à peu près autant qu’en 1893. (5)
| Une maison de Spillville |
Je suis reçu en cette belle matinée de juin par Steve Klimesh et son frère Michael. Ce sont des amoureux du compositeur. Leurs ancêtres, autrefois, furent de ceux qui accueillirent Dvořák à Spillville. Ils s’efforcent de faire vivre la mémoire du lieu et de l’extraordinaire aventure de pauvres familles tchèques qui parvinrent, partant de rien, à refaire leur vie dans cette contrée perdue, et réussirent à créer une société viable où la dimension éducative et culturelle était prise avec grand sérieux. (6)
Les deux hommes me proposent de retracer le chemin qu'emprunta Dvořák à sa descente du train. Car la petite Spillville n'avait pas de gare, n’en possède toujours pas et n’en aura vraisemblablement jamais. Le compositeur et ses accompagnants s’arrêtèrent donc à Calmar, à huit kilomètres de là.
Les deux hommes me proposent de retracer le chemin qu'emprunta Dvořák à sa descente du train. Car la petite Spillville n'avait pas de gare, n’en possède toujours pas et n’en aura vraisemblablement jamais. Le compositeur et ses accompagnants s’arrêtèrent donc à Calmar, à huit kilomètres de là.
| Gare moderne de Calmar |
| Une évocation de la gare locale (fresque à Calmar) |
| "Calmar vous accueille au carrefour de l'Iowa du Nord Ouest" |
Une peinture murale nous donne l'idée de l'aspect de la gare, aujourd’hui toujours en service quoique moins fréquentée. Calmar respire l’air pur de la campagne. Pas davantage qu’à Spillville, nul édifice ne vient dénaturer par sa masse importune un panorama ouvert aux quatre horizons.
L’arrivée eut lieu le 5 juin 1893, vers 11 heures du matin. Le voyage avait commencé deux jours plus tôt, et plus de 1700 kilomètres plus à l’est, au Grand Central Depot de New York. A Calmar, trois carrioles attendaient les voyageurs. Il y avait là John Kovařík, heureux de revoir enfin son fils Josef après une si longue absence : aux 5 années passées à Prague pour étudier la musique s’était ajoutée la saison 1892-93 à New York, auprès de Dvořák. Le compositeur avait besoin d’une « petite main » pour les affaires musicales. Josef, décidément très précieux, servait aussi de traducteur et de guide. John Kovařík avait demandé au prêtre catholique de Spillville, Thomas Bily, et au père František Vrba de Protivin, bourg situé à une vingtaine de kilomètres, de l’accompagner. Les deux hommes d’église firent monter dans leurs carrioles le compositeur, son épouse Anna, sa belle-sœur Terezie Koutecká, ses enfants Otilie, Antonín jr., Anna, Magdalena, Otakar, Aloisie, Josef Kovařík et la gouvernante Baruška Klerová. John Kovařík embarqua quant à lui les bagages. Sa carriole fermait le convoi qui prit la direction de Spillville. (7)
Le chemin épouse les contours du paysage, entre descentes douces et pentes légères. Il s’agissait du premier contact du compositeur avec l’Iowa. Michael pense que le premier mouvement du Quatuor en fa majeur porte l’empreinte de cette alternance, où le pas sonore du cheval se faisait plus ou moins rapide selon les accidents du terrain.
L’arrivée eut lieu le 5 juin 1893, vers 11 heures du matin. Le voyage avait commencé deux jours plus tôt, et plus de 1700 kilomètres plus à l’est, au Grand Central Depot de New York. A Calmar, trois carrioles attendaient les voyageurs. Il y avait là John Kovařík, heureux de revoir enfin son fils Josef après une si longue absence : aux 5 années passées à Prague pour étudier la musique s’était ajoutée la saison 1892-93 à New York, auprès de Dvořák. Le compositeur avait besoin d’une « petite main » pour les affaires musicales. Josef, décidément très précieux, servait aussi de traducteur et de guide. John Kovařík avait demandé au prêtre catholique de Spillville, Thomas Bily, et au père František Vrba de Protivin, bourg situé à une vingtaine de kilomètres, de l’accompagner. Les deux hommes d’église firent monter dans leurs carrioles le compositeur, son épouse Anna, sa belle-sœur Terezie Koutecká, ses enfants Otilie, Antonín jr., Anna, Magdalena, Otakar, Aloisie, Josef Kovařík et la gouvernante Baruška Klerová. John Kovařík embarqua quant à lui les bagages. Sa carriole fermait le convoi qui prit la direction de Spillville. (7)
| Sur la route de Calmar à Spillville |
Le chemin épouse les contours du paysage, entre descentes douces et pentes légères. Il s’agissait du premier contact du compositeur avec l’Iowa. Michael pense que le premier mouvement du Quatuor en fa majeur porte l’empreinte de cette alternance, où le pas sonore du cheval se faisait plus ou moins rapide selon les accidents du terrain.
La verte nature est partout, et de prime abord on s’interroge sur les impressions écrites de la main du compositeur :
C’est très étrange ici. Peu de gens, et beaucoup d’espace vide. Le plus proche voisin d’un fermier se trouve souvent éloigné de 4 miles, [et] surtout dans les prairies (je les appelle le Sahara) il n’y a que des champs et des prairies à perte de vue, et c’est tout ce que l’on peut voir. On n’y croise pas une âme (ici les gens ne vont qu’à cheval) et on voit avec plaisir dans les bois et les prairies d’immenses troupeaux de bétail qui, été comme hiver, sont à l’air libre pour paître dans les vastes domaines. Les hommes vont dans les forêts et les prairies traire les vaches à l’endroit de leur pâturage. Et c’est aussi très « sauvage » ici et parfois très triste – triste jusqu’au désespoir. (8)
Triste jusqu’au désespoir ? Pour saisir cette impression il faut se rappeler combien ce panorama était inouï, pour un Européen ayant grandi dans des espaces en comparaison très confinés. Les domaines agricoles, en Europe, sont d’une tout autre échelle, bruissent d’affaires diverses, et les garçons de ferme ne sont jamais bien loin. Rien de semblable à ces grosses exploitations éparses, posées comme par mégarde sur des vallons déserts. Gardons à l’esprit que, depuis huit mois, le compositeur habitait New York. La main de l’homme n’a laissé dans cette vaste métropole que de rares écrins de nature : en somme, l’exact opposé du spectacle offert par l’Iowa.
Ce reportage nous apprend qu’Henry Ford fit en 1928 le voyage à Spillville pour acquérir l’une des horloges. Mais la somme d’un million de dollars laissa indifférents les frères Bily. Cette somme ne représentait pas grand-chose, en vérité, pour l’homme d’affaires. Elle ne signifiait non plus rien de tangible pour les artisans, voués à leur famille et à une vie simple dans ce simple village. Ford repartit les mains vides. (9)
L’une des animations des Frères Bily fait entendre la 7e Humoresque de Dvořák, et l’on reconnaît le portrait du compositeur au centre d’un objet ouvragé en forme de violon. Dvořák et les siens habitaient, en effet, à l’étage supérieur de cette même bâtisse. Au rez-de-chaussée il n’y avait qu’un couple âgé.
L’une des animations des Frères Bily fait entendre la 7e Humoresque de Dvořák, et l’on reconnaît le portrait du compositeur au centre d’un objet ouvragé en forme de violon. Dvořák et les siens habitaient, en effet, à l’étage supérieur de cette même bâtisse. Au rez-de-chaussée il n’y avait qu’un couple âgé.
On est d'abord frappé par la petitesse de l'appartement censé avoir hébergé dix personnes pendant trois mois. Steve me confie ne pas être certain que Dvořák ait dormi ici - le point reste à trancher. Toujours est-il que la maison est bien celle que John Kovařík lui présentait dans une lettre de début mai (10) :
Spillville, Iowa8 mai 1893
Cher monsieur,
Selon vos instructions, je vous ai trouvé un appartement de six pièces au premier étage.
Naturellement j’aurais préféré vous avoir comme hôte et vous accueillir chez nous, mais j’ai conscience que vous seriez alors contraint de renoncer à beaucoup de commodités, c’est pourquoi je vous ai réservé l’appartement cité plus haut. Le propriétaire de cette maison et sa vieille épouse logent seuls au rez-de-chaussée. Ainsi rien ne viendra vous déranger.
Josef connaît cette famille ; du moins, je suppose qu’il s’en souvient ; dites-lui seulement qu’il s’agit des Plechar ou, comme nous disons ici, des étameurs (Tin-smiths). Je pense que le mieux pour votre séjour est de posséder votre propre logement, surtout pour ce qui est de la cuisine.
Je vous trouverai un cuisinier ; nous nous chargerons des lits, oreillers, couvertures et draps.
Merci de me faire savoir si ma proposition vous convient, et si c’est le cas, la date approximative de votre arrivée.
Mes salutations à votre famille, avec tout mon respect
J. J. Kovařík
La maison appartenait à Jacob Schmitt, l’ancien forgeron, étameur et ferblantier du village. (11) Le petit musée expose des objets étroitement liés au compositeur : le violon sur lequel il aurait joué les premières auditions privées des Quatuor et Quintette dits « Américains », avec des membres de la famille Kovařík ; sa pipe, des coupures de presse, des évocations de son séjour en Amérique, quelques orgues. Un harmonium aurait servi à la composition du Quatuor. Peut-être était-ce l’instrument, prisé pour sa qualité, appartenant à Nellie Kruchek, un cadeau de mariage de son époux Stephen. Ils habitaient à côté de Dvořák et le recevaient quand il désirait utiliser l'harmonium. Le compositeur pouvait aussi traverser la rue pour travailler l’harmonie chez Kovařík avec un parlor organ, mot qui désigne un orgue positif ou un harmonium. (12)
Nous allons à la Turkey River, à l'endroit où Dvořák se posait sur un banc pour jouir de la nature et composer. Le mot « turkey » désigne un dindon sauvage ou Meleagris gallopavo, cet oiseau que Benjamin Franklin aurait choisi plutôt que l’aigle à tête blanche pour symboliser la jeune nation. (13)
C’est un autre oiseau que j’évoque ici, dans l'ombrage portée par de grands feuillages murmurants. Je tends l'oreille pour écouter le tangara écarlate, ce passereau rouge et noir dont le chant s’entendrait dans le 3e mouvement du Quatuor. (14)
Peine perdue, aucune mélodie de cette sorte ne descend des frondaisons. « Oh, l'oiseau est très rare, me dit Steve. J'ai dû en voir un, il y a longtemps, en cherchant des champignons dans les bois. Peut-être y en avait-il davantage en 1893 ». La rivière aussi était à l’époque plus profonde, et son cours plus rapide.
| Un harmonium utilisé par Dvořák (musée de Spillville) |
Nous allons à la Turkey River, à l'endroit où Dvořák se posait sur un banc pour jouir de la nature et composer. Le mot « turkey » désigne un dindon sauvage ou Meleagris gallopavo, cet oiseau que Benjamin Franklin aurait choisi plutôt que l’aigle à tête blanche pour symboliser la jeune nation. (13)
C’est un autre oiseau que j’évoque ici, dans l'ombrage portée par de grands feuillages murmurants. Je tends l'oreille pour écouter le tangara écarlate, ce passereau rouge et noir dont le chant s’entendrait dans le 3e mouvement du Quatuor. (14)
| La Turkey River depuis le banc de Dvořák |
Peine perdue, aucune mélodie de cette sorte ne descend des frondaisons. « Oh, l'oiseau est très rare, me dit Steve. J'ai dû en voir un, il y a longtemps, en cherchant des champignons dans les bois. Peut-être y en avait-il davantage en 1893 ». La rivière aussi était à l’époque plus profonde, et son cours plus rapide.
Un mémorial a été aménagé en 1925 à cet endroit nommé Riverside Park. C'est un simple rocher revêtu d’une plaque. Sur le socle, on a gravé quelques grandes pages du compositeur : le Quatuor en fa majeur, le Quintette en mi bémol majeur, la Symphonie du Nouveau Monde, l’Humoresque, le Stabat Mater, Rusalka, Chanson que ma mère me chantait. Seules les deux premières œuvres ont été en réalité composées ici. (15) A deux pas de là se trouve une grande salle où se réunissent les gens du coin pour les festivités.
Il ne faut pas se fier au cours tranquille de la Turkey River. Ses colères sont mémorables et redoutées. Quand elle quitte son lit, un petit lac se forme sur les environs immédiats. Un ranger était là lors de ma visite, vérifiant l’endroit en vue du prochain 4 Juillet, célébré à cet endroit où la mémoire de Dvořák est honorée.
A quinze minutes de marche, le cimetière côtoie l’église St Wenceslaus. De nombreux patronymes tchèques ornent les tombes, posées à même la prairie et que nul mur ne vient séparer des habitations environnantes. « Il y a quelques Dvořák, mais sans rapport avec le compositeur. C'est un nom très courant en Bohême ». Le cimetière est au faîte d'une colline, grand ouvert sur l'azur. La cathédrale est restée inchangée depuis 1893. Seule l’électricité a été installée. « Elle a été construite à même le sol, sans fondation. Regardez ce carrelage : chaque carreau a été posé et ajusté à la main. Il est vrai que nous sommes un peuple de bâtisseurs de châteaux-forts. Avez-vous visité Karlstein ? » me demande Steve.
Il s'agit de la plus vieille église tchèque des États-Unis. Son intérieur est dépouillé, austère presque. Nous empruntons l'escalier de bois menant à l'orgue, un Pfeffer Organ acquis en 1876 après une souscription publique. (16) Là, Dvořák jouait chaque matin à l'occasion des messes. Chaque matin ?
« Oui, le service était très matinal. Les fermiers se levaient tôt pour aller travailler ». Un horaire en plein accord avec les habitudes du compositeur. Il retrouvait à Spillville ses habitudes de sa maison de Vysoká, près de Příbram : levé sur les 4 heures, il allait dans la nature se griser des sortilèges de l'aube. Il prenait ensuite le petit-déjeuner puis s’occupait d’affaires musicales. Une telle habitude effraya d’abord les habitants de Spillville, peu accoutumés à voir un promeneur solitaire si tôt dans la campagne. Les jeunes vachers qui emmenaient paître le bétail dans les brumes aurorales apercevaient parfois la silhouette recueillie du compositeur, à l’écoute des rumeurs de la nature et prenant des notes. Dvořák, lui, exultait :
À l’orgue, Dvořák jouait des cantiques catholiques, comme « Bože před Tvou velebností » et « Tisíckrát pozdravujem tebe » (19). Ce même instrument lui permit certainement d’accompagner les noces de Mathias V. Kinkor et Rose Vojik, le 27 juillet, et dans la deuxième moitié d’août le service funèbre pour les obsèques de Joseph Cibuzar. Le compositeur participait pleinement à la vie du village, partageant avec les habitants leurs joies comme leurs douleurs. Il aimait parler aux « anciens », discutait politique et s'intéressait à leur long et dangereux voyage depuis la lointaine Bohême. Il jouait souvent à la darda, un jeu de cartes presque oublié (20), avec ses amis Mathias Bily, John Klimesh et John Kovařík, le grand-père de Josef. Un jour, il s'arrêta à la boutique de Charles Andera pour se faire portraiturer. Il ne parlait guère de musique, mais son oreille restait à l’affût. Bien qu’il pût effrayer les gamins du coin avec « sa moustache en bataille et ses yeux perçants » (21), Frank Kapler et Joe Kohout, âgés de 13 ans, l’invitèrent pour une partie de pêche. L’événement tourna court : sitôt installé sur les rives de la Turkey River, le compositeur entendit un nouveau chant d’oiseau, et la pêche fut oubliée.
Qui donc actionnait la pompe de l’orgue de St Wenceslaus ? Cette opération, davantage qu'une simple besogne mécanique, est un moyen d'entrer dans l'art de l'exécution musicale en lui donnant son souffle. Un ami de ses enfants se consacrait à cette tâche : le jeune John F. Bily, douze ans, neveu et élève de John Kovařík, demeura impressionné par la façon dont Dvořák ouvrait en grand tous les registres alors qu’il jouait l’orgue de St Wenceslaus. John F. Bily deviendra violoniste et animera pendant vingt-six années la Minnesota State Fair. (22)
Une pente douce rejoint la Vieille École, de l’autre côté de la rue principale. C’est dans cet édifice massif que furent créés, me dit Steve, le Quatuor puis le Quintette « américains ». Dvořák s'était entouré de membres de la famille Kovařík. Il tenait le premier violon. En bon musicien, il savait cet instrument, sans en être un virtuose.
Pourquoi n’a-t-il pas tenu la partie d’alto, qu’il maîtrisait fort bien pour en avoir joué plusieurs années dans une fosse d’opéra ? (23) « L’explication la plus vraisemblable est que la fille de John Kovařík, Cecilia, pouvait jouer l’alto, mais non le violon », selon Steve.
Il revient au jeune Josef Kovařík, également altiste, de prendre le violoncelle, et son père John joue le second violon. Le talent de ce dernier avait été salué par le Decorah Republican qui écrivait, en 1887, qu’il s’agissait « de l’un des plus remarquables violonistes de notre époque ». (24) John Kovařík avait emporté en Amérique sa science musicale héritée de ses maîtres tchèques. Depuis le début de l’année 1869, un an après son arrivée à l’âge de 18 ans, il enseignait son art aux enfants de Spillville. Il maîtrisait l’harmonie, jouait de l’orgue et du violon et dirigeait une chorale. L’un de ses morceaux favoris était le chœur introductif de la Fiancée vendue de Bedřich Smetana. Sa réputation traversa l’océan : un article du journal musical praguois Dalibor, en 1881, décrivait un concert des musiciens de Spillville. Il est très possible que cet article soit tombé sous les yeux de Dvořák, quand il était loin de se douter qu’il mettrait un jour les pieds en Iowa.
Son épouse et ses six enfants étaient musiciens. Frank, l’un de ses fils, fut violoniste dans l’orchestre symphonique de Minneapolis pendant vingt-cinq ans. Le 17 septembre 1933, il reviendra à Spillville diriger le Capital City Symphony Orchestra pour commémorer le 40e anniversaire de la visite de Dvořák.
Josef Kovařík devait quant à lui devenir un altiste renommé, et même, pour le chef d'orchestre Vasili Safanov, « le meilleur qu'il n’ait jamais entendu ». (25) Pendant 41 années, il fut membre de l’orchestre Philharmonique de New York. Le tout premier enregistrement du Largo de la Symphonie du Nouveau Monde par cet orchestre, en 1917, a peut-être capté son jeu. (26)
Les répétitions du Quatuor eurent lieu très peu de temps après l’achèvement de l’œuvre, le 23 juillet. Pour le Quintette, terminé le 1er août, le père Kovařík demanda à un autre de ses fils, prénommé comme lui John, de venir exprès de Chicago. Encore un altiste ! Les cinq musiciens donnèrent ainsi vie au Quintette dans les locaux de la vénérable Old School. « Quel événement extraordinaire pour ce petit village. Deux des plus grandes œuvres de la musique de chambre jouées pour la première fois ici même, dans ce coin isolé ! s’émerveille Steve. C'est un événement et une bénédiction pour notre communauté. »
Même en vacances, Josef Kovařík restait au service de son maître. A Spillville, il recopia le manuscrit de la Symphonie du Nouveau Monde. Le jeune copiste se serait alors aperçu que la portée des trombones était restée inachevée dans le manuscrit du Finale. Dvořák terminait donc son travail d’orchestration avec cet instrument ? Cette supposition venait appuyer une autre légende, celle de la partition laissée en plan à la nouvelle de l’arrivée prochaine des enfants à New York, fin mai. Un mythe tenace trouvait ici un semblant de confirmation : la Symphonie du Nouveau Monde aurait été écrite, ou du moins achevée, à Spillville, ne serait-ce qu’avec l’écriture ici même des portées omises. Les recherches musicologiques n’ont pas confirmé ces différents points. La persistance de ces rumeurs témoigne dès lors d’une vigueur particulière de la « grande légende du Nouveau Monde ».
Pendant la 2e moitié de juin, un « Indian Medicine Show » vint s’installer sur les bords de la Turkey River, « au-delà du cours d’eau derrière la brasserie de Frank J. Nockles ». (27) Il s’agissait d’un spectacle itinérant, avec musique, danses et attractions diverses, mélange précurseur du music-hall que l’on retrouve à travers diverses compagnies américaines. C’est dans l’une d’entre elles, la Mohawk Indian Medicine Company, que le jeune Buster Keaton fera quelques années plus tard ses débuts aux côtés de son parrain, le grand magicien Houdini. (28)
Ces troupes itinérantes voulaient attirer le plus de monde possible pour écouler des « médicaments authentiques ». La présence des Indiens entendait octroyer un gage de « naturel » à des mixtures, en réalité pas du tout indiennes et fabriquées à la chaîne, prétendant soigner aussi bien maux bénins qu’affections graves. Le compositeur aurait assisté à chacune des quatorze représentations, fasciné par ce qu’il pouvait voir et entendre. Il est tentant de discerner, dans le Quintette composé à Spillville, l’évocation de danses et rythmes natifs. L’histoire ne dit pas si Dvořák fit l’acquisition d’un élixir, mais Frank Kapler a rapporté qu’il fit l’essai d’un onguent contre les maux de tête, lui arrachant cette exclamation : « Pálí to jako hrom ! » (ça brûle comme la foudre !)
Josef Kovařík mentionna que la troupe se nommait « Kickapoo Medicine Show ». Cette appellation aux résonances évocatrices était peut-être trompeuse, car rien n'est moins sûr que les Indiens étaient des Kickapous. Selon les sources, il s'agissait de Sioux et Algonquins, alors que les mémoires tardives (1961) d'Otakar Dvořák, un fils du compositeur, parlent d'une « tribu d'une trentaine d'Iroquois logeant dans des tentes ». Dvořák fit leur connaissance et aujourd’hui encore, le portrait de John Crow, Big Moon et de sa femme Large Head ornent son bureau de Vysoká. (29)
Les frères Klimesh me montrent un panneau défraîchi sur lequel on peut lire « Dvořák Memorial Highway ». (30) Il y en avait plus dans le temps, mais les survivants sont rares. C’est un vestige de la grande célébration de 1993 pour les 100 ans de la venue d'Antonín Dvořák. L'événement avait réuni une bonne part des admirateurs du maître, venus du continent américain et d’ailleurs. Son petit-fils Antonín Dvořák III, décédé en 2017, était présent en tête de la procession. La ressemblance avec son prestigieux ancêtre fut, semble-t-il, saisissante. Michael était l’âme et l’organisateur de ce festival.
« Il vous reste à remettre ça, ne serait-ce que pour rénover les panneaux », lui dis-je en plaisantant. « Non, me répondit-il d’un air navré. Je ne pourrais plus maintenant organiser un tel événement ». En quittant Spillville, je ne peux m’empêcher de me demander qui, après les frères Klimesh, sera bien capable de faire vivre encore l’extraordinaire mémoire du lieu.
Alain Chotil-Fani, novembre 2017
Pour compléter, on trouvera sur cette page de très belles photos de Spillville et un autre reportage de grand intérêt : https://www.tresbohemes.com/2017/05/the-oldest-czech-catholic-church-in-the-united-states/ (consulté le 12/11/2017).
Les autres articles de la série sur Dvořák à Spillville sont consultables sur MusicaBohemica :
Un été 93
Le 12e Quatuor à cordes, dit « Américain », de Dvořák
Le Quintette op. 97, dit « Américain », de Dvořák
Une lettre de Spillville
La maison de John J. Kovarik, "foyer" des opus 96 et 97 de Dvořák
Dvořák in Love, un roman de Josef Škvorecký
Dvořák tel que je l'ai connu - article 1 : Spillville, Symphonie du Nouveau Monde
Dvořák tel que je l'ai connu - article 2 : Spillville, Quatuor et Quintette dits "Américains"
Dvořák tel que je l'ai connu - article 6 : le choix de Spillville
Les autres sources utilisées pour rédiger l'article sont citées dans le texte ou spécifiées ci-dessous :
(1) Le nom de la bourgade n’est pas dû, comme on serait tenté de le croire, au chien de prairie, ce petit animal cousin de la marmotte, mais à la traduction par les pionniers français du XVIIIe siècle du nom d’un chef Mesquakie, Alim, dans notre langue « Chien ».
Sur l’histoire de ce campement, voir https://www.britannica.com/place/Prairie-du-Chien et http://www.cityofpdc.com/2017/08/13/prairie-du-chien-wi/ (consultés le 25/10/2017)
(2) PERESS Maurice, « Dvořák to Duke Ellington », OXFORD UNIVERSITY PRESS, 2004
(3) Sur la « petite Suisse de l'Iowa » : http://ir.uiowa.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=7143&context=annals-of-iowa (consulté le 12/11/2017)
(4) Josef Škvorecký (1924 – 2012) est l’un des plus grands écrivains tchèques du XXe siècle. Il est allé à Spillville pour recueillir des informations que l’on retrouve dans son roman Scherzo Capriccioso, intitulé dans sa version anglaise Dvořák in Love, commenté sur ce site.
On peut voir et entendre Škvorecký dans le beau documentaire « Dvořák in America » de Lucille Carra, vers la minute 31 au sujet de Spillville : « Dvořák in America », directed and written by Lucille Carra, produced by Lucille Carra and Brian Cotnoir, co-producer Maurice Peress, © 2000 Travelfilm Company, 55 minutes.
Je remercie Lucille Carra pour m'avoir fait connaître son beau documentaire.
(5) L’information m’a été donnée par Steven Klimesh. Elle est confirmée par Cyril Klimesh qui donne le nombre de 389 habitants en 1885 à la page 93 de son livre :
KLIMESH CYRIL M., « THEY CAME TO THIS PLACE - A History of Spillville, Iowa and Its Czech Settlers », METHODIUS PRESS, Second Edition, Revised and Reprinted 1992, SEBASTOPOL, CALIFORNIA.
Dans la suite des références, l’ouvrage est désigné par TCTTP.
(6) Consulter sur ce site l’article de S. Klimesh « La maison de John J. Kovarik, "foyer" des opus 96 et 97 de Dvořák », http://musicabohemica.blogspot.fr/2017/08/la-maison-de-jj-kovarik.html
(7) KLIMESH CYRIL M., KLIMESH MICHAEL F., « The Spillville Of Antonin Dvorak’s Sojourn And Inspirations For The “American” », Selected Papers from the 2003 SVU North American Conference, Cedar Rapids, Iowa, 26-28 June 2003, https://www.svu2000.org/conferences/2003_Iowa/06.pdf (consulté le 25/10/2017)
(8) Voir Une lettre de Spillville (consulté le 25/10/2017), traduction française d'une lettre d'Antonín Dvořák au Dr Emil Kozánek, Kroměříž, Bohême, le 15/09/1893. Commentaires d'Alain Chotil-Fani.
(9) Voir également ce reportage de la télévision locale : https://www.youtube.com/watch?v=dAmKtfoPbw8
(10) BECKERMAN Michael, BOTSTEIN Leon, BEVERIDGE David, HOROWITZ Joseph, SMACZNY Jan, « Dvořák and his world », PRINCETON, Princeton University Press, 1993, pp. 207-208
(11) TCTTP, p. 84
(12) TCTTP, p. 155
(13) Benjamin Franklin n’a jamais demandé officiellement que le dindon sauvage devienne l’emblème des États-Unis au lieu du pygargue à tête blanche (ou aigle chauve). On trouve cependant mention de sa préférence pour cet oiseau dans une lettre, peut-être rédigée sur un ton humoristique, qu’il envoya à sa fille :
« De ce point de vue, je ne suis pas mécontent que notre emblème ne soit pas vu comme un aigle chauve, mais qu’il ressemble davantage à un dindon sauvage. En vérité, le dindon est en comparaison un oiseau bien plus respectable, et en outre un véritable natif d’Amérique... Il demeure, quoiqu’un peu vaniteux et stupide, un oiseau de vaillance, et n’hésiterait pas à attaquer un grenadier de la Garde Britannique qui aurait l’heur d’envahir sa basse-cour en uniforme rouge ».
Voir https://www.smithsonianmag.com/arts-culture/american-myths-benjamin-franklins-turkey-and-the-presidential-seal-6623414/ et https://www.fi.edu/benjamin-franklin/franklin-national-bird (consultés le 12/11/2017)
(14) L’histoire a été rapportée par Josef Kovařík : le volatile aurait dérangé Dvořák en plein travail, et le compositeur aurait alors décidé de noter son chant dans le Scherzo (cité par Michael B. Beckerman dans New Worlds of Dvořák, p. 50). D'autre part, J. Kovařík rapporte que son épouse, se promenant dans les bois près de Spillville, aurait reconnu un passage du Quatuor dans le chant du tangara. (cité par Cyril M. Klimesh dans TCTTP, pp. 154-155).
On ne possède pas d’informations de première main sur le sujet, mais l’anecdote a toutes les apparences de la vérité, quand on sait combien Dvořák était fasciné par le chant des oiseaux. L’identification précise de l’animal reste sujet de discussion, même si le Tangara écarlate (Scarlet Tanager) reste le candidat favori.
La zoologie moderne désigne désormais ce passereau sous le nom « Pangara écarlate », mais des raisons sentimentales me font écrire « Tangara ».
(15) Voir http://spillville.org/RiversidePark.html (consulté le 11/11/2017)
(16) TCTTP, p. 149. Voir aussi sur l’orgue de St Wenceslaus : http://www.pipeorganlist.com/Organ_Webpages/Spillville,_IA,_St_Wenceslaus,_Pfeffer_Dobson_sp.html (consulté le 11/11/2017).
(17) Pour ces anecdotes sur le compositeur, voir TCTTP, p. 153 et suivantes
(18) Dvořák eu aussi ce réflexe en contemplant la Cascade de Minnehaha, près de St Paul. Le témoignage de Mrs Anna Benda nous enseigne que le compositeur des Chemises de Noce semblait coutumier du fait, au désespoir des blanchisseuses.
(19) Voir des exemples musicaux dans Une lettre de Spillville (consulté le 25/10/2017)
(20) Voir par exemple http://www.chippepedia.org/Darda+-+A+Bohemian+Card+Game (consulté le 12/11/2017)
(21) DAVIS LIONEL B., CARLEY KENNETH, « When Minnehaha Falls Inspired Dvořák », voir http://collections.mnhs.org/MNHistoryMagazine/articles/41/v41i03p128-136.pdf, page 132 (consulté le 25/10/2017)
(22) Idem
(23) Voir sur ce site Dvořák, une biographie rapide
(24) TCTTP, p. 153
(25) KLIMESH STEVEN A., « La maison de John J. Kovařík, "foyer" des opus 96 et 97 de Dvořák », http://musicabohemica.blogspot.fr/2017/08/la-maison-de-jj-kovarik.html (consulté le 25/10/2017)
Vasili Safanov (aussi écrit Vasily Safonov, Wassily Safonoff...), 1852-1918, était un chef d’orchestre russe, crédité pour avoir dirigé la Symphonie Pathétique de Tchaïkovski avec succès après le décès du compositeur. Il fut l’interlocuteur de Dvořák avant la tournée du Tchèque en Russie de 1890, et l’un de ses successeurs au New York Conservatory fondé par Jeannette Thurber. Voir http://www.gustav-mahler.eu/index.php/personen-2/661-safonoff-vassily-1852-1918 (consulté le 12/11/2017)
(26) Voir sur ce site La Symphonie du Nouveau Monde : un siècle d'enregistrements
(27) « The troup had set up tents in a field accross the creek from Nockle's brewery » (TCTTP, p. 155). Otakar Dvořák évoquait quant à lui un campement « au sud de la ville, derrière le ruisseau ». (Cf. Maurice Peress, « Dvořák to Duke Ellington », p. 40).
Information ajoutée le 26/11/2017 :
Avec l'aide de Michael et Steve Klimesh, j'ai noté cet emplacement sur la carte présentée plus haut, à l'ouest de la South Main Street et au sud du ruisseau qui rejoint la Turkey River en regard du lieu où Dvořák aimait méditer (le « banc près de la rivière » sur la carte). Ce petit cours d'eau prend au sud du village le surnom de « Wander Creek », ruisselet errant, en raison de son cours hésitant entre le sud et l'est.
(28) Voir par exemple http://irishfest.com/Music-Archives/Exhibits/Irish-American-Hall-of-History/Buster-Keaton.htm. Buster Keaton était aussi un amoureux de la locomotive à vapeur, comme il ressort de son chef-d'oeuvre The General (Le Mécano de la « General », 1926).
(29) TCTTP, p. 155, évoque « un Sioux et deux Algonquins » dont « les danses et le jeu de tambour inspirèrent pour partie le Quintette ». Maurice Peress cite les souvenirs d'Otakar Dvořák et témoigne sur les photographies à Vysoká dans son livre « Dvořák to Duke Ellington », p. 40.
(30) Cette route traverse l'Iowa sur un peu moins de 60 kilomètres, et passe par Spillville. Voir http://www.iowahighways.org/highways/scenicrt.html#dvorakmemorial
| "Dans la nature" : le mémorial Dvořák à Riverside |
Carte interactive des lieux de vie de Dvořák à Spillville
A quinze minutes de marche, le cimetière côtoie l’église St Wenceslaus. De nombreux patronymes tchèques ornent les tombes, posées à même la prairie et que nul mur ne vient séparer des habitations environnantes. « Il y a quelques Dvořák, mais sans rapport avec le compositeur. C'est un nom très courant en Bohême ». Le cimetière est au faîte d'une colline, grand ouvert sur l'azur. La cathédrale est restée inchangée depuis 1893. Seule l’électricité a été installée. « Elle a été construite à même le sol, sans fondation. Regardez ce carrelage : chaque carreau a été posé et ajusté à la main. Il est vrai que nous sommes un peuple de bâtisseurs de châteaux-forts. Avez-vous visité Karlstein ? » me demande Steve.
| Dans le cimetière de Spillville |
| Vue du cimetière |
Il s'agit de la plus vieille église tchèque des États-Unis. Son intérieur est dépouillé, austère presque. Nous empruntons l'escalier de bois menant à l'orgue, un Pfeffer Organ acquis en 1876 après une souscription publique. (16) Là, Dvořák jouait chaque matin à l'occasion des messes. Chaque matin ?
| St Wenceslaus, Spillville |
| L'autel de St Wenceslaus |
« Oui, le service était très matinal. Les fermiers se levaient tôt pour aller travailler ». Un horaire en plein accord avec les habitudes du compositeur. Il retrouvait à Spillville ses habitudes de sa maison de Vysoká, près de Příbram : levé sur les 4 heures, il allait dans la nature se griser des sortilèges de l'aube. Il prenait ensuite le petit-déjeuner puis s’occupait d’affaires musicales. Une telle habitude effraya d’abord les habitants de Spillville, peu accoutumés à voir un promeneur solitaire si tôt dans la campagne. Les jeunes vachers qui emmenaient paître le bétail dans les brumes aurorales apercevaient parfois la silhouette recueillie du compositeur, à l’écoute des rumeurs de la nature et prenant des notes. Dvořák, lui, exultait :
« je me suis promené par là-bas dans les bois au long de la rivière, et voilà qu'après huit mois j'ai de nouveau entendu le chant des oiseaux ! Les oiseaux d'ici sont différents des nôtres, ils ont des couleurs plus vives et leur chant est différent aussi. » (17)D’ajouter : « [je peux maintenant] composer, à la grâce de Dieu, pour mon seul plaisir ». Il arrivait que son inspiration toujours alerte le prît au dépourvu. Mrs Anna Benda, chargée du ménage des visiteurs, s’efforçait de redonner leur blancheur aux manches de chemises du maître, parfois recouvertes de notes diverses que le compositeur griffonnait à la hâte faute de papier. (18)
| L'orgue de l'église St Wenceslaus |
À l’orgue, Dvořák jouait des cantiques catholiques, comme « Bože před Tvou velebností » et « Tisíckrát pozdravujem tebe » (19). Ce même instrument lui permit certainement d’accompagner les noces de Mathias V. Kinkor et Rose Vojik, le 27 juillet, et dans la deuxième moitié d’août le service funèbre pour les obsèques de Joseph Cibuzar. Le compositeur participait pleinement à la vie du village, partageant avec les habitants leurs joies comme leurs douleurs. Il aimait parler aux « anciens », discutait politique et s'intéressait à leur long et dangereux voyage depuis la lointaine Bohême. Il jouait souvent à la darda, un jeu de cartes presque oublié (20), avec ses amis Mathias Bily, John Klimesh et John Kovařík, le grand-père de Josef. Un jour, il s'arrêta à la boutique de Charles Andera pour se faire portraiturer. Il ne parlait guère de musique, mais son oreille restait à l’affût. Bien qu’il pût effrayer les gamins du coin avec « sa moustache en bataille et ses yeux perçants » (21), Frank Kapler et Joe Kohout, âgés de 13 ans, l’invitèrent pour une partie de pêche. L’événement tourna court : sitôt installé sur les rives de la Turkey River, le compositeur entendit un nouveau chant d’oiseau, et la pêche fut oubliée.
| Depuis l'orgue de St Wenceslaus |
Qui donc actionnait la pompe de l’orgue de St Wenceslaus ? Cette opération, davantage qu'une simple besogne mécanique, est un moyen d'entrer dans l'art de l'exécution musicale en lui donnant son souffle. Un ami de ses enfants se consacrait à cette tâche : le jeune John F. Bily, douze ans, neveu et élève de John Kovařík, demeura impressionné par la façon dont Dvořák ouvrait en grand tous les registres alors qu’il jouait l’orgue de St Wenceslaus. John F. Bily deviendra violoniste et animera pendant vingt-six années la Minnesota State Fair. (22)
| Vitrail de St Wenceslaus |
| Sous le porche de l'église St Wenceslaus |
Une pente douce rejoint la Vieille École, de l’autre côté de la rue principale. C’est dans cet édifice massif que furent créés, me dit Steve, le Quatuor puis le Quintette « américains ». Dvořák s'était entouré de membres de la famille Kovařík. Il tenait le premier violon. En bon musicien, il savait cet instrument, sans en être un virtuose.
| La Vieille Ecole (Old School) |
Pourquoi n’a-t-il pas tenu la partie d’alto, qu’il maîtrisait fort bien pour en avoir joué plusieurs années dans une fosse d’opéra ? (23) « L’explication la plus vraisemblable est que la fille de John Kovařík, Cecilia, pouvait jouer l’alto, mais non le violon », selon Steve.
| Le violon utilisé par Dvořák à Spillville (Musée de Spillville) |
Il revient au jeune Josef Kovařík, également altiste, de prendre le violoncelle, et son père John joue le second violon. Le talent de ce dernier avait été salué par le Decorah Republican qui écrivait, en 1887, qu’il s’agissait « de l’un des plus remarquables violonistes de notre époque ». (24) John Kovařík avait emporté en Amérique sa science musicale héritée de ses maîtres tchèques. Depuis le début de l’année 1869, un an après son arrivée à l’âge de 18 ans, il enseignait son art aux enfants de Spillville. Il maîtrisait l’harmonie, jouait de l’orgue et du violon et dirigeait une chorale. L’un de ses morceaux favoris était le chœur introductif de la Fiancée vendue de Bedřich Smetana. Sa réputation traversa l’océan : un article du journal musical praguois Dalibor, en 1881, décrivait un concert des musiciens de Spillville. Il est très possible que cet article soit tombé sous les yeux de Dvořák, quand il était loin de se douter qu’il mettrait un jour les pieds en Iowa.
![]() |
| Extrait du journal Dalibor du 20 mai 1881, citant le quotidien Decorah Republican. Le reporter local a notamment apprécié le talent de clarinettiste de "l'un des frères Kovařík". |
Josef Kovařík devait quant à lui devenir un altiste renommé, et même, pour le chef d'orchestre Vasili Safanov, « le meilleur qu'il n’ait jamais entendu ». (25) Pendant 41 années, il fut membre de l’orchestre Philharmonique de New York. Le tout premier enregistrement du Largo de la Symphonie du Nouveau Monde par cet orchestre, en 1917, a peut-être capté son jeu. (26)
| Le concert d'adieu de Josef Kovařík avant son départ pour Prague (1888) - Musée de Spillville |
Les répétitions du Quatuor eurent lieu très peu de temps après l’achèvement de l’œuvre, le 23 juillet. Pour le Quintette, terminé le 1er août, le père Kovařík demanda à un autre de ses fils, prénommé comme lui John, de venir exprès de Chicago. Encore un altiste ! Les cinq musiciens donnèrent ainsi vie au Quintette dans les locaux de la vénérable Old School. « Quel événement extraordinaire pour ce petit village. Deux des plus grandes œuvres de la musique de chambre jouées pour la première fois ici même, dans ce coin isolé ! s’émerveille Steve. C'est un événement et une bénédiction pour notre communauté. »
Même en vacances, Josef Kovařík restait au service de son maître. A Spillville, il recopia le manuscrit de la Symphonie du Nouveau Monde. Le jeune copiste se serait alors aperçu que la portée des trombones était restée inachevée dans le manuscrit du Finale. Dvořák terminait donc son travail d’orchestration avec cet instrument ? Cette supposition venait appuyer une autre légende, celle de la partition laissée en plan à la nouvelle de l’arrivée prochaine des enfants à New York, fin mai. Un mythe tenace trouvait ici un semblant de confirmation : la Symphonie du Nouveau Monde aurait été écrite, ou du moins achevée, à Spillville, ne serait-ce qu’avec l’écriture ici même des portées omises. Les recherches musicologiques n’ont pas confirmé ces différents points. La persistance de ces rumeurs témoigne dès lors d’une vigueur particulière de la « grande légende du Nouveau Monde ».
| Antonín Dvořák, le portrait de Charles Andera (Musée Dvořák de Spillville) |
Pendant la 2e moitié de juin, un « Indian Medicine Show » vint s’installer sur les bords de la Turkey River, « au-delà du cours d’eau derrière la brasserie de Frank J. Nockles ». (27) Il s’agissait d’un spectacle itinérant, avec musique, danses et attractions diverses, mélange précurseur du music-hall que l’on retrouve à travers diverses compagnies américaines. C’est dans l’une d’entre elles, la Mohawk Indian Medicine Company, que le jeune Buster Keaton fera quelques années plus tard ses débuts aux côtés de son parrain, le grand magicien Houdini. (28)
Ces troupes itinérantes voulaient attirer le plus de monde possible pour écouler des « médicaments authentiques ». La présence des Indiens entendait octroyer un gage de « naturel » à des mixtures, en réalité pas du tout indiennes et fabriquées à la chaîne, prétendant soigner aussi bien maux bénins qu’affections graves. Le compositeur aurait assisté à chacune des quatorze représentations, fasciné par ce qu’il pouvait voir et entendre. Il est tentant de discerner, dans le Quintette composé à Spillville, l’évocation de danses et rythmes natifs. L’histoire ne dit pas si Dvořák fit l’acquisition d’un élixir, mais Frank Kapler a rapporté qu’il fit l’essai d’un onguent contre les maux de tête, lui arrachant cette exclamation : « Pálí to jako hrom ! » (ça brûle comme la foudre !)
Josef Kovařík mentionna que la troupe se nommait « Kickapoo Medicine Show ». Cette appellation aux résonances évocatrices était peut-être trompeuse, car rien n'est moins sûr que les Indiens étaient des Kickapous. Selon les sources, il s'agissait de Sioux et Algonquins, alors que les mémoires tardives (1961) d'Otakar Dvořák, un fils du compositeur, parlent d'une « tribu d'une trentaine d'Iroquois logeant dans des tentes ». Dvořák fit leur connaissance et aujourd’hui encore, le portrait de John Crow, Big Moon et de sa femme Large Head ornent son bureau de Vysoká. (29)
| Panneau des célébrations de 1993 |
Les frères Klimesh me montrent un panneau défraîchi sur lequel on peut lire « Dvořák Memorial Highway ». (30) Il y en avait plus dans le temps, mais les survivants sont rares. C’est un vestige de la grande célébration de 1993 pour les 100 ans de la venue d'Antonín Dvořák. L'événement avait réuni une bonne part des admirateurs du maître, venus du continent américain et d’ailleurs. Son petit-fils Antonín Dvořák III, décédé en 2017, était présent en tête de la procession. La ressemblance avec son prestigieux ancêtre fut, semble-t-il, saisissante. Michael était l’âme et l’organisateur de ce festival.
« Il vous reste à remettre ça, ne serait-ce que pour rénover les panneaux », lui dis-je en plaisantant. « Non, me répondit-il d’un air navré. Je ne pourrais plus maintenant organiser un tel événement ». En quittant Spillville, je ne peux m’empêcher de me demander qui, après les frères Klimesh, sera bien capable de faire vivre encore l’extraordinaire mémoire du lieu.
Alain Chotil-Fani, novembre 2017
| Photo d'adieu entre Steve (à gauche) et Michael |
Pour aller plus loin
Quelques semaines après ma visite de Spillville en juin 2017, Steen Frederiksen s'est rendu au même endroit et a réalisé un beau film, qu'il m'a aimablement autorisé à partager. M. Frederiksen est un grand connaisseur de la musique tchèque. Il a dirigé les programmes de la Radio et Télévision danoises, faisant partager sa passion à un large public. On retrouvera ci-dessous Steve Klimesh commentant avec une érudition pétrie d'humour le séjour de Dvořák.
Bien que mon nom apparaisse sur la vidéo, le crédit de ce film appartient à M. Frederiksen (steen@vector.dk).
Bien que mon nom apparaisse sur la vidéo, le crédit de ce film appartient à M. Frederiksen (steen@vector.dk).
Pour compléter, on trouvera sur cette page de très belles photos de Spillville et un autre reportage de grand intérêt : https://www.tresbohemes.com/2017/05/the-oldest-czech-catholic-church-in-the-united-states/ (consulté le 12/11/2017).
Les autres articles de la série sur Dvořák à Spillville sont consultables sur MusicaBohemica :
Un été 93
Le 12e Quatuor à cordes, dit « Américain », de Dvořák
Le Quintette op. 97, dit « Américain », de Dvořák
Une lettre de Spillville
La maison de John J. Kovarik, "foyer" des opus 96 et 97 de Dvořák
Dvořák in Love, un roman de Josef Škvorecký
Dvořák tel que je l'ai connu - article 1 : Spillville, Symphonie du Nouveau Monde
Dvořák tel que je l'ai connu - article 2 : Spillville, Quatuor et Quintette dits "Américains"
Dvořák tel que je l'ai connu - article 6 : le choix de Spillville
Notes
La source principale pour les dates ci-dessus est le catalogue thématique de Jarmil Burghauser : BURGHAUSER Jarmil, CLAPHAM John, « Thematický Katalog », PRAHA, Bärenreiter Editio Supraphon, 1996.Les autres sources utilisées pour rédiger l'article sont citées dans le texte ou spécifiées ci-dessous :
(1) Le nom de la bourgade n’est pas dû, comme on serait tenté de le croire, au chien de prairie, ce petit animal cousin de la marmotte, mais à la traduction par les pionniers français du XVIIIe siècle du nom d’un chef Mesquakie, Alim, dans notre langue « Chien ».
Sur l’histoire de ce campement, voir https://www.britannica.com/place/Prairie-du-Chien et http://www.cityofpdc.com/2017/08/13/prairie-du-chien-wi/ (consultés le 25/10/2017)
(2) PERESS Maurice, « Dvořák to Duke Ellington », OXFORD UNIVERSITY PRESS, 2004
(3) Sur la « petite Suisse de l'Iowa » : http://ir.uiowa.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=7143&context=annals-of-iowa (consulté le 12/11/2017)
(4) Josef Škvorecký (1924 – 2012) est l’un des plus grands écrivains tchèques du XXe siècle. Il est allé à Spillville pour recueillir des informations que l’on retrouve dans son roman Scherzo Capriccioso, intitulé dans sa version anglaise Dvořák in Love, commenté sur ce site.
On peut voir et entendre Škvorecký dans le beau documentaire « Dvořák in America » de Lucille Carra, vers la minute 31 au sujet de Spillville : « Dvořák in America », directed and written by Lucille Carra, produced by Lucille Carra and Brian Cotnoir, co-producer Maurice Peress, © 2000 Travelfilm Company, 55 minutes.
Je remercie Lucille Carra pour m'avoir fait connaître son beau documentaire.
(5) L’information m’a été donnée par Steven Klimesh. Elle est confirmée par Cyril Klimesh qui donne le nombre de 389 habitants en 1885 à la page 93 de son livre :
KLIMESH CYRIL M., « THEY CAME TO THIS PLACE - A History of Spillville, Iowa and Its Czech Settlers », METHODIUS PRESS, Second Edition, Revised and Reprinted 1992, SEBASTOPOL, CALIFORNIA.
Dans la suite des références, l’ouvrage est désigné par TCTTP.
(6) Consulter sur ce site l’article de S. Klimesh « La maison de John J. Kovarik, "foyer" des opus 96 et 97 de Dvořák », http://musicabohemica.blogspot.fr/2017/08/la-maison-de-jj-kovarik.html
(7) KLIMESH CYRIL M., KLIMESH MICHAEL F., « The Spillville Of Antonin Dvorak’s Sojourn And Inspirations For The “American” », Selected Papers from the 2003 SVU North American Conference, Cedar Rapids, Iowa, 26-28 June 2003, https://www.svu2000.org/conferences/2003_Iowa/06.pdf (consulté le 25/10/2017)
(8) Voir Une lettre de Spillville (consulté le 25/10/2017), traduction française d'une lettre d'Antonín Dvořák au Dr Emil Kozánek, Kroměříž, Bohême, le 15/09/1893. Commentaires d'Alain Chotil-Fani.
(9) Voir également ce reportage de la télévision locale : https://www.youtube.com/watch?v=dAmKtfoPbw8
(10) BECKERMAN Michael, BOTSTEIN Leon, BEVERIDGE David, HOROWITZ Joseph, SMACZNY Jan, « Dvořák and his world », PRINCETON, Princeton University Press, 1993, pp. 207-208
(11) TCTTP, p. 84
(12) TCTTP, p. 155
(13) Benjamin Franklin n’a jamais demandé officiellement que le dindon sauvage devienne l’emblème des États-Unis au lieu du pygargue à tête blanche (ou aigle chauve). On trouve cependant mention de sa préférence pour cet oiseau dans une lettre, peut-être rédigée sur un ton humoristique, qu’il envoya à sa fille :
« De ce point de vue, je ne suis pas mécontent que notre emblème ne soit pas vu comme un aigle chauve, mais qu’il ressemble davantage à un dindon sauvage. En vérité, le dindon est en comparaison un oiseau bien plus respectable, et en outre un véritable natif d’Amérique... Il demeure, quoiqu’un peu vaniteux et stupide, un oiseau de vaillance, et n’hésiterait pas à attaquer un grenadier de la Garde Britannique qui aurait l’heur d’envahir sa basse-cour en uniforme rouge ».
Voir https://www.smithsonianmag.com/arts-culture/american-myths-benjamin-franklins-turkey-and-the-presidential-seal-6623414/ et https://www.fi.edu/benjamin-franklin/franklin-national-bird (consultés le 12/11/2017)
(14) L’histoire a été rapportée par Josef Kovařík : le volatile aurait dérangé Dvořák en plein travail, et le compositeur aurait alors décidé de noter son chant dans le Scherzo (cité par Michael B. Beckerman dans New Worlds of Dvořák, p. 50). D'autre part, J. Kovařík rapporte que son épouse, se promenant dans les bois près de Spillville, aurait reconnu un passage du Quatuor dans le chant du tangara. (cité par Cyril M. Klimesh dans TCTTP, pp. 154-155).
On ne possède pas d’informations de première main sur le sujet, mais l’anecdote a toutes les apparences de la vérité, quand on sait combien Dvořák était fasciné par le chant des oiseaux. L’identification précise de l’animal reste sujet de discussion, même si le Tangara écarlate (Scarlet Tanager) reste le candidat favori.
La zoologie moderne désigne désormais ce passereau sous le nom « Pangara écarlate », mais des raisons sentimentales me font écrire « Tangara ».
(15) Voir http://spillville.org/RiversidePark.html (consulté le 11/11/2017)
(16) TCTTP, p. 149. Voir aussi sur l’orgue de St Wenceslaus : http://www.pipeorganlist.com/Organ_Webpages/Spillville,_IA,_St_Wenceslaus,_Pfeffer_Dobson_sp.html (consulté le 11/11/2017).
(17) Pour ces anecdotes sur le compositeur, voir TCTTP, p. 153 et suivantes
(18) Dvořák eu aussi ce réflexe en contemplant la Cascade de Minnehaha, près de St Paul. Le témoignage de Mrs Anna Benda nous enseigne que le compositeur des Chemises de Noce semblait coutumier du fait, au désespoir des blanchisseuses.
(19) Voir des exemples musicaux dans Une lettre de Spillville (consulté le 25/10/2017)
(20) Voir par exemple http://www.chippepedia.org/Darda+-+A+Bohemian+Card+Game (consulté le 12/11/2017)
(21) DAVIS LIONEL B., CARLEY KENNETH, « When Minnehaha Falls Inspired Dvořák », voir http://collections.mnhs.org/MNHistoryMagazine/articles/41/v41i03p128-136.pdf, page 132 (consulté le 25/10/2017)
(22) Idem
(23) Voir sur ce site Dvořák, une biographie rapide
(24) TCTTP, p. 153
(25) KLIMESH STEVEN A., « La maison de John J. Kovařík, "foyer" des opus 96 et 97 de Dvořák », http://musicabohemica.blogspot.fr/2017/08/la-maison-de-jj-kovarik.html (consulté le 25/10/2017)
Vasili Safanov (aussi écrit Vasily Safonov, Wassily Safonoff...), 1852-1918, était un chef d’orchestre russe, crédité pour avoir dirigé la Symphonie Pathétique de Tchaïkovski avec succès après le décès du compositeur. Il fut l’interlocuteur de Dvořák avant la tournée du Tchèque en Russie de 1890, et l’un de ses successeurs au New York Conservatory fondé par Jeannette Thurber. Voir http://www.gustav-mahler.eu/index.php/personen-2/661-safonoff-vassily-1852-1918 (consulté le 12/11/2017)
(26) Voir sur ce site La Symphonie du Nouveau Monde : un siècle d'enregistrements
(27) « The troup had set up tents in a field accross the creek from Nockle's brewery » (TCTTP, p. 155). Otakar Dvořák évoquait quant à lui un campement « au sud de la ville, derrière le ruisseau ». (Cf. Maurice Peress, « Dvořák to Duke Ellington », p. 40).
Information ajoutée le 26/11/2017 :
Avec l'aide de Michael et Steve Klimesh, j'ai noté cet emplacement sur la carte présentée plus haut, à l'ouest de la South Main Street et au sud du ruisseau qui rejoint la Turkey River en regard du lieu où Dvořák aimait méditer (le « banc près de la rivière » sur la carte). Ce petit cours d'eau prend au sud du village le surnom de « Wander Creek », ruisselet errant, en raison de son cours hésitant entre le sud et l'est.
(28) Voir par exemple http://irishfest.com/Music-Archives/Exhibits/Irish-American-Hall-of-History/Buster-Keaton.htm. Buster Keaton était aussi un amoureux de la locomotive à vapeur, comme il ressort de son chef-d'oeuvre The General (Le Mécano de la « General », 1926).
(29) TCTTP, p. 155, évoque « un Sioux et deux Algonquins » dont « les danses et le jeu de tambour inspirèrent pour partie le Quintette ». Maurice Peress cite les souvenirs d'Otakar Dvořák et témoigne sur les photographies à Vysoká dans son livre « Dvořák to Duke Ellington », p. 40.
(30) Cette route traverse l'Iowa sur un peu moins de 60 kilomètres, et passe par Spillville. Voir http://www.iowahighways.org/highways/scenicrt.html#dvorakmemorial

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