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5 mars 2017

1908 Entrée de la musique de Janáček en France

Entrée de la musique de Janáček en France - 1908

Chorale des instituteurs moraves en France - article 2 : tournée en 1908

Une chorale morave à Paris (et à Nancy)


 Il y a six ans, j'ai déjà rédigé un premier article sur la première entrée de la musique en France de Janáček en avril 1908. L’exploration de nouvelles ressources a nécessité l’écriture d’une autre version qui présente un certain nombre de précisions et de compléments par rapport au précédent article. Ce texte s'inscrit dans un ensemble de 6 articles concernant la Chorale des Instituteurs moraves en France.

Chorale des instituteurs moraves en France - article 1 : de 1908 à 1956
Chorale des instituteurs moraves en France - article 2 : tournée en 1908 - le présent article
Chorale des instituteurs moraves en France - article 3 : tournée en 1925


Lors de ses études au Monastère des Augustins à Brno, la première activité musicale du petit Leoš consista à chanter dans le chœur des pensionnaires sous la conduite de son maître Pavel Křížkovský à qui, à l'âge de dix-huit ans, il succéda. Les premières compositions qu'il réalisa, il les destina au chœur Svatopluk (1) dont il assura la direction à partir de 1873. La rencontre initiale entre le public français et la musique de Janáček eut lieu justement par l'intermédiaire d'un chœur, Maryčka Magdonová, IV/35, à l'occasion d'une tournée de la Société chorale des Instituteurs moraves et de son chef Ferdinand Vach du 23 au 30 avril 1908 à Paris et à Nancy.


Cette tournée fut organisée en Moravie avec le soutien de personnalités tchèques vivant en France, tels le professeur Henri Hantich (2) qui fit jouer son carnet d’adresses (monde politique, musical et journalistique) dans la capitale française. Il accompagna les instituteurs moraves tout au long de leur séjour. La chorale profita de la bonne entente qui régnait entre les élus des villes de Paris et de Prague pour former un groupe de visite de la capitale française pouvant recevoir une invitation des édiles municipaux.

Deux jours avant leur arrivée à Paris, Le Petit Journal annonçait que les choristes seraient reçus à l’Hôtel de Ville de la capitale. Le lendemain, Le Figaro à son tour et Le Petit Journal de nouveau informaient leurs lecteurs du séjour des chanteurs moraves. Ce dernier organe de presse, probablement alimenté par le comité d’organisation où figurait en bonne place Henri Hantich, donnait un aperçu du talent et du succès des instituteurs moraves dans les pays dans lesquels ils s’étaient déjà déplacés. On y apprenait également leur désir de «montrer l’art tchèque, pour y lier des liens spirituels les attachant à tous les frères chanteurs et pour les affermir par des relations personnelles (3)». Par contre, si deux concerts avaient bien été programmés, pour le troisième, la réponse du conseil municipal parisien ne semblait pas encore acquise.

Le même Petit Journal se rendit gare de l’Est, le 20 avril, pour assister à l’arrivée très matinale de la chorale. Sur le quai, un certain nombre de leurs compatriotes résidant dans la région parisienne les accueillirent, en particulier une délégation des Sokols (4). MM. Vach, directeur de la chorale et son secrétaire «ont remercié les membres de la colonie autrichienne (5) et les Sokols en de courtes répliques qui ont provoqué de nouveaux vivats (6)». Afin que la réception soit la plus féconde possible pour ses compatriotes, Henri Hantich avait réussi à obtenir le soutien de la municipalité de Prague dont il devint provisoirement le représentant officiel. Comme les deux villes, Paris et Prague, entretenaient des relations à la fois politiques et amicales, la fonction de délégué de la ville de Prague permettait à Henri Hantich d’aplanir les difficultés, si jamais il s’en présentait. D’autre part, la délégation tchèque comprenait quelques conseillers municipaux de Prague.

Avant la première prestation des chanteurs, il convenait de veiller à leur publicité. Le comité s’activa et reçut une oreille attentive de la part du Petit Parisien. Non seulement le journaliste Michel Auray rédigea une chronique quasi complète sur les mérites et les hauts faits musicaux de la phalange morave, mais il l’illustra d’une photo de son chef, Ferdinand Vach. Répondant aux désirs de ses hôtes, il cita les chants que ces derniers souhaitaient promouvoir «œuvre des musiciens les plus populaires en Bohême : Frédéric Smetana, compositeur moderne ; V. Novak, propagateur de la musique moderne ; Keichkovsky, dont on fera entendre La Noyée, chant national des plus répandus et tout à fait caractéristique ; on donnera encore La Fille du mineur de L. Janatschek ; puis des chœurs de A. Dvorak et un hymne grandiose de Foerster (7)». Cette courte liste révélait les choix prioritaires des organisateurs chez qui l’avis de Ferdinand Vach, le chef de la chorale, devait compter lourd. La plupart de ces compositeurs étaient inconnus du public parisien, il n’est pas étonnant que les journalistes les écrivent plus ou moins phonétiquement, chacun y allant suivant la plus ou moins grande précision de son écoute, en adaptant comme il le pouvait la graphie de certains noms (8), comme on le constatera tout au long des articles de presse.

Trois jours après son arrivée dans la capitale française, la Chorale des instituteurs moraves, son chef et la délégation qui l’accompagnait furent reçus à l’Hôtel de ville, le 23 avril, par le Président du Conseil municipal parisien. Le lendemain et le surlendemain, pas moins de treize journaux différents (9) s’empressèrent d’annoncer leur venue et leur réception par les autorités municipales, ce qui en dit long sur le soin avec lequel les organisateurs de cette tournée avaient entouré les musiciens. Cette réception se doubla d’un concert privé donné par les choristes moraves qui chantèrent plusieurs chœurs de leur pays en création française. C’est ainsi que La fille du mineur (10) de Janáček foula le sol français pour la première fois. Les trois cents invités (11) présents le 23 avril 1908 eurent donc le privilège de la première audition de ce chœur.

Les Instituteurs moraves à l'Hôtel de Ville de Paris le 23 avril 1908
Après avoir nommé les personnalités (André Lefèvre, président du Conseil municipal, M. de Selves, Préfet de la Seine et des membres du bureau du Conseil) qui accueillirent les instituteurs moraves dans le Grand Salon de l’Hôtel de Ville, le chroniqueur de L’Aurore concluait ainsi « les chanteurs instituteurs ont été conduits dans la grande salle des fêtes, admirablement illuminée et où une estrade avait été dressée. Et, pendant plus d'une heure, le choral (12) a tenu sous le charme les auditeurs en exécutant avec une maîtrise admirable les chants nationaux tchèques de Frédéric Smetana, V. Novak. Keichkovski (13), dont ils ont chanté la « Noyée » chant national des plus répandus et très caractéristique ; la « Fille du mineur », de L. Ianatscheck (14), l'hymne grandiose de Foerster, etc., etc. (15)» Dès cette première insertion dans la presse française, on relevait seulement cinq noms de compositeurs tchèques, dont Smetana et Janáček.

Le chroniqueur du Petit Parisien retint Sur la mer de Smetana, La Noyée et Le Don d’amour de Krichkovski (16), la lente et harmonieuse barcarolle de Novak dans lesquels «les Tchèques ont montré une cohésion et une précision remarquable, une science infinie du mouvement et de l’expression (17)». Ne distinguer que quatre chœurs du programme qui dura une heure signifiait sans doute que le reste des chants n’avait pas été apprécié plus que cela. Le journaliste du Matin, quant à lui fut impressionné d’abord par l’exécution, en langue tchèque, de La Marseillaise qui «produisit un effet prodigieux». Sous une photographie présentant une partie de la chorale, il relevait que «l’assistance acclama des œuvres de Smetana, Vedeslas Novar, Tchikowski (18)» rejoignant les préférences du chroniqueur du Petit Parisien. Deux autres quotidiens, Le XIXe siècle et Le Rappel publièrent la même tribune sous le titre «Les Moraves à l’Hôtel de Ville». Emporté par son élan, le journaliste distingua «Smetana, le grand génie morave (19)» manifestant par cette affirmation la grande ignorance de la géographie de cette partie de l’Europe centrale qui touchait la plupart de nos compatriotes (20) à cette époque. On peut facilement leur pardonner la confusion entre la Bohême et la Moravie.

Le Matin innova par rapport à ses concurrents, en publiant une photo du groupe de musiciens pour bien marquer les esprits. Autant qu’un événement musical, la venue des chanteurs moraves était perçue comme un geste diplomatique, voire politique. Musique et politique s’allièrent donc le temps de cet accueil officiel pour souligner l’importance dans les relations franco-tchèques que revêtait l’arrivée de ces cinquante chanteurs.

Le Trocadéro abrita le premier concert public de la chorale morave, le samedi 25 avril. Du quotidien Le Gaulois vint l’un des deux seuls compte-rendus qu’en donna immédiatement la presse parisienne, comme si celle-ci estimait qu’elle avait rempli son contrat d’information en couvrant la réception politique à l’Hôtel de Ville et que le reste importait moins. Le Gaulois notait que les voix des instituteurs «sont fraîches et justes - quoique les ténors aient une tendance légère à baisser - et ils obtiennent des effets de sonorité riches ou délicats». Le chroniqueur souligna la discipline des choristes «ils obéissent avec un impeccable ensemble aux indications de leur chef», mais il s’enhardit à qualifier leur interprétation qui «s’accorde avec la musique tchèque». G. Pelca avait-il tant étudié la musique de ces régions d’Europe centrale pour être si affirmatif ou utilisait-il simplement une figure de style ? On pencherait pour la seconde, tant la musique tchèque était si peu jouée à Paris (et dans le reste du pays) au cours de ces premières années du XXe siècle. Le chroniqueur distinguait quatre chœurs parmi tous ceux qu’il entendit. «Il y a de l’énergie dans Moravě de M. Nešvera ; un joli sentiment de pitié dans Le Chant du Vendredi saint de M. Nebuška, et un certain pittoresque dans L’Orage de Vendler. Le reste, en dehors peut-être du Don d’amour de Křížkovský m’a semblé insignifiant » (j’ai rétabli la graphie correcte des patronymes des compositeurs). Pour rester dans cette note plutôt dubitative sinon négative, il n’en exceptait pas «deux mélodies médiocres de Dvorak (21)». Pour bien se faire comprendre de ses lecteurs, G. Pelca précisa «cette musique chorale s’écarte d’ailleurs singulièrement de nos habitudes (22)». On ne pouvait être plus clair : admiration devant la technique et la discipline des chanteurs, et plutôt indifférence devant la musique des pays tchèques. Le Petit Journal ne publia qu’une notule qui, malgré sa brièveté, amena pourtant une information d’importance, le public au Trocadéro s’élevait à plus de deux mille personnes. La colonie tchèque présente dans la région parisienne sut se mobiliser pour entendre ses compatriotes, mais le public ordinaire sut apprécier la prestation des chanteurs d’Europe centrale «très longuement applaudis (23)».

Les trois concerts parisiens de la chorale morave
La Fille du mineur, c’est-à- dire Maryčka Magdonová, cette sombre ballade de Janáček, première d'une série de trois, écrite sur des vers de Petr Bezruč, les quelques Parisiens chanceux qui assistèrent au concert à l’Hôtel de Ville, purent l’entendre de nouveau, le lundi 27 avril au Théâtre du Châtelet. Ils  la découvrirent ainsi quelques jours après sa création en Moravie, le 12 avril de la même année. Ils eurent l'insigne avantage de prendre contact avec une œuvre maîtresse du musicien de Brno. Les instituteurs moraves avaient déjà donné deux concerts lorsque le 28 avril, Le Figaro rappelait l’arrivée des « instituteurs tchèques »  et mentionnait le concert de la veille au Châtelet, introduit par une courte conférence de M. Henri Hantich. Le journaliste relevait que « cette musique, d’une originalité si savoureuse, a été acclamée »  et rapportait « leur succès a été immense (24) » sans citer un seul titre entendu. Les interprètes éclipsaient les chœurs qu’ils chantaient. De même que L’Aurore et La Presse s’étaient échangés leur papier à propos de la réception à l’Hôtel de Ville, Le Figaro et L’Aurore publièrent le même compte-rendu du concert du Châtelet, ce dernier de manière anonyme. La Fille du mineur passa inaperçue comme d’ailleurs les chœurs des autres compositeurs tchèques aux oreilles des commentateurs. Le Siècle attendit plusieurs jours pour publier, sous la signature de Camille Le Senne, seulement quelques lignes générales dans lesquelles il relevait «un répertoire qui ne manque pas de saveurs (25)».

Le 29 avril, juste avant leur départ de la capitale, les instituteurs moraves donnèrent leur dernier concert au Théâtre Sarah Bernardt, en matinée (en soirée, le Théâtre reprit La Courtisane de Corinthe créée le 8 avril). Le quotidien Gil Blas concentra son information sur ce concert. Comme la plupart de ses collègues, le journaliste loua la qualité des chanteurs «un ensemble de voix merveilleusement assorties, disciplinées, assouplies». Par contre, la musique qu’ils ont chantée à travers les divers chœurs interprétés «ne présente en elle-même rien de très remarquable (26)». A noter, amicale attention envers leurs hôtes français, dans ce Théâtre, comme dans les autres salles où ils se produisirent, les choristes ont entonné une Marseillaise chantée en tchèque et acclamée comme il se doit par les auditeurs. Après Maryčka Magdonová, ils firent entendre deux extraits des Quatre chœurs pour voix d'homme, IV/28, Dež viš (Puisque tu sais) et Klekánica (Le fantôme du soir), composés entre 1904 et 1906 que Ferdinand Vach et son ensemble avaient déjà proposés au public de Vienne et de Munich, deux ans auparavant leur venue à Paris. Aucun de ces chœurs, pas plus d’ailleurs que ceux des autres compositeurs tchèques présents au programme, ne toucha le chroniqueur.

Le plus précis dans ses commentaires s’avéra le journaliste du Journal des débats. En effet, après avoir rappelé la conférence introductive de M. Hantich qui avait «particulièrement insisté sur la renaissance musicale qui, depuis un demi-siècle, s’est produite en Bohème et en Moravie», il énumérait une liste de dix chœurs entonnés par les enseignants moraves (à la suite de chacun d’entre eux, j’ai rajouté le nom du compositeur lorsqu’il m’était connu). Le Chant du paysan (Smetana), Le Laboureur (JB Foerster), Chagrin d’amour (Nebuška), Le Gouverneur de Varachdine (?), Puisque tu sais (Janáček), Fantôme du soir (Janáček), Jeune fille aux yeux bleus (?), Le Blessé (chant serbe), L’Oie sauvage (Jan Kunc), Les Cloches du couvent (Jan Malát), ces deux derniers particulièrement applaudis.

En dehors de ces trois concerts publics, la chorale se produisit à trois autres reprises dans des concerts privés servant à resserrer des liens déjà anciens et en assurer d’autres. Le dimanche 26, les membres du Sokol parisien reçurent leurs concitoyens, au gymnase Voltaire. Conquis d’office, les auditeurs ne ménagèrent pas leurs applaudissements, comme on peut s’en douter. Les choristes puisèrent dans leur répertoire des chants des compositeurs tchèques ainsi que des chants populaires venant de Moravie et sans doute d’autres régions des pays tchèques. Entendit-on un ouvrage de Janáček ? Comme aucun compte-rendu ne parut dans la presse, impossible de répondre. La journée du mardi 28 avril fut réservée, elle aussi, à des concerts privés au nombre de deux. Tout d’abord, le matin, la troupe se rendit, sans doute par train, à Meudon dans l’atelier du sculpteur Auguste Rodin qui bénéficia d’une aubade musicale que ses invités lui chantèrent avec ardeur. Quelques années auparavant, en mai et juin 1902 précisément, Rodin avait fait le voyage de Prague à l’occasion d’une exposition consacrée à ses œuvres et où il avait rencontré des artistes tchèques. Il avait même traversé la Moravie où des entretiens avec des peintres et sculpteurs locaux (dont Joža Uprka qui était en relation avec Janáček)  avaient eu lieu avant de rejoindre Vienne. En se rendant dans son atelier, les enseignants moraves rendaient un bel hommage au sculpteur français. «Nos amis tchèques ont prouvé leur maîtrise, toute de science musicale et d’énergie. Les quelques privilégiés que [Rodin] avait conviés à ce régal artistique se sont retirés enthousiasmés (27)». Revenus à Paris, ils furent reçus au cours de l’après-midi par leurs collègues parisiens lors d’une réception organisée par la Ligue de l’enseignement. On y parla beaucoup de musique, un peu de pédagogie, sans doute, mais surtout les Moraves chantèrent à leurs homologues français une partie de leur répertoire. Qui sait si les enseignants des deux pays ne se livrèrent pas à une joute amicale en musique, chaque partie entonnant ses chants nationaux à l’autre ?

Auguste Rodin reçoit la chorale morave dans son atelier à Meudon
© PSMU
Le jeudi 30 avril, passant par la Lorraine, la chorale s’arrêta à Nancy où l’Alliance française les attendait pour un récital pour lequel la salle Déglin avait été réservée. Le public répondit en masse puisque les chanteurs se produisirent «devant une salle comble». Le jour même, L’Est républicain avait annoncé la venue de la chorale morave et avait listé les chants prévus au concert, Moravie (Nesvera), Chant du Vendredi saint (Nebuška), L’Orage (Vendler), Hymne (Foerster), Le Chant sur la mer (Smetana), Calomnie et Le Banquet (Dvořák), Le Don d’amour (Křížkovský). Huit chœurs seulement ne pouvaient constituer la totalité du programme de la soirée. Le chroniqueur qui signa de ses simples initiales P. C. le compte-rendu qu’il établit le lendemain dans L’Est républicain goûta particulièrement l’harmonie «douce et baignée de mélancolie» de Moravie, du Chant du Vendredi saint et celle «ardente et fougueuse» de L’Orage auquel il ajouta L’Aigle (Tovačovský (28)). Il apprécia également les chants populaires (dont il n’indiquait pas les titres) «plus intéressants, peut-être, car ils dévoilaient, dans leur poésie du terroir, l’âme si étrangement capricieuse, tragique et tendre d’un peuple». Comme lors de leurs prestations parisiennes les instituteurs moraves «exécutèrent La Marseillaise» tandis que la chorale Alsace-Lorraine chantait l’hymne tchèque «qui furent entendus, l’un et l’autre, debout par toute l’assemblée (29)». Ici également la manifestation artistique se doublait d’une démonstration patriotique.

Les chanteurs moraves repartis dans leur pays, quelques chroniqueurs en profitèrent pour analyser dans le calme, en dehors de l’émotion musicale du moment qui pouvait troubler leur jugement, la portée des concerts des instituteurs moraves. Quatre quotidiens et un mensuel se livrèrent à cet exercice. Arthur Coquard commença son étude synthétique par contredire ce que d’autres quotidiens avaient affirmé «il n’y a pas eu autant de monde que l’eût mérité ces curieuses séances» oubliant les deux milles auditeurs du Trocadéro. Après avoir reconnu l’excellence des chœurs dont il qualifia intéressante «la musique qu’on nous a fait entendre», il remarqua l’hymne de Foerster et encore plus Le Cœur perdu de Křížkovský tout auréolé de «quelque parfum de Bohême ou de Moravie». Cependant, sa connaissance de la musique tchèque étant balbutiante, il confessa avoir «bien soupçonné des thèmes populaires tchèques […] habillés à l’allemande, ayant perdu, par conséquent, leur caractère national (30)». Le Petit Journal, sous la plume de Paul Dambly, décida, en dépit de la présence d’un orchestre aussi prestigieux que celui de la Philharmonie de Berlin et de Richard Strauss, que «les trois auditions données par la Société chorale des instituteurs tchèques ont été le «great event» de cette dernière semaine». Ces enseignants «ont émerveillé Paris». Il se délecta des «chansons tchèques si savoureuses et colorées [qui] ont passionné un auditoire si prodigue de rappels fiévreux (31)». Dans Le Figaro, Robert Brussel se livra à un rappel des relations musicales franco-tchèques en remontant au XIVe mentionnant le séjour à Prague de Guillaume de Machaut et tout récemment un opéra du compositeur Kittl qui mettait en scène « des Français : Bianca et Giuseppe ou Les Français devant Nice ».  Après avoir évoqué la création de la Chorale des Instituteurs par Ferdinand Vach cinq ans auparavant, le chroniqueur soulignait « la perfection à laquelle sont parvenus les cinquante membres de l’association »  et la qualité de leur interprétation « avons-nous le droit de nous plaindre de l’éclat de ces voix, de la multiplicité de leurs nuances, des effets qu’elles prodiguent ? avons-nous le droit de rêver à une perfection moins apprêtée, à quelque réalisation plus souple et moins définitive, lorsque nos choristes ne brillent que bien rarement par les unes ou par les autres de ces qualités ? »  Il insistait surtout dans « le grand intérêt […] de l’exécution de chants populaires tchèques, slovaques ou moraves »  alors que les chœurs des compositeurs lui paraissaient posséder « une saveur moins suggestive et d’un caractère moins saisissant (32)». Robert Brussel qui, une vingtaine d’années plus tard, reconnut la modernité de la musique de Janáček et son génie si personnel, ne distingua aucune œuvre remarquable et aucun compositeur ne mérita à ses yeux une distinction particulière. La chorale n’aurait pas interprété Maryčka Magdonová, personne ne s’en serait aperçu.

Un peu plus tard en mai, ce fut au tour du Journal des débats de tirer le bilan du passage de la chorale morave. Comme L’Echo de Paris, le chroniqueur déplora que les chanteurs aient été si mal conseillés, pensant remplir les trois salles parisiennes. «Quelle déception ce dut être pour eux» après avoir chanté dans «une sincérité touchante nombre de chœurs, dont quelques-uns très développés, de Nesvera, Nebuška, Smetana, Malát, Dvořák, Suk et vingt autres (33)». Lequel de ces quotidiens croire, celui qui dénombrait deux mille personnes au Trocadéro ou les deux journaux qui regrettaient des salles clairsemées ?

Dernière revue et non des moindres, celle qui en quelques lignes parut dans le mensuel de la Société Internationale de Musique sous la signature de Louis Laloy, un intime de Claude Debussy. «Ce furent trois concerts fort beaux et fort touchants, non tant par la valeur des œuvres que par le mérite d’une exécution vivante» expliqua Laloy qui releva «les compositions savantes de Foerster, Novák ou Neumann (34)». A la lecture de son court article, on comprend que ces musiques n’ont marqué en rien Laloy. Et on imagine qu’il n’en fit qu’à peine mention à Debussy, si jamais il lui en parla lors d’une rencontre entre les deux hommes après le départ des choristes moraves.

Dans son numéro 69,  de juin 1908, la luxueuse revue Musica publia sous la plume de Louis Balsan un article agrémenté d’une photographie du Chœur. Sur quasiment une demi-page, sous le titre « La Société Chorale des Instituteurs Tchèques à Paris », le critique trouvait « étrange que, malgré l’estime où les autres pays étrangers tiennent cet art si personnel, la musique tchèque ne soit pas plus goûtée en France ».  Il ajouta le nom de quelques compositeurs dont un chœur au moins fut exécuté par cet ensemble : Dvořák, Smetana, J-B Foerster, Kunc, Suk, Malát, Nebuška, Janáček, Novák, Neumann, Chvala, Palla, Vendler (35).  Si le journaliste ne tarit pas d’éloge sur la qualité des exécutants, « un grand succès accueillit ces musiciens : il ne fut que justice », à la lecture de son article, on ne sut rien des musiques interprétées dont il remarquait simplement la vitalité et le charme si particulier.

Cette tournée des choristes moraves revêtit une belle importance si l’on en juge par l’abondance de papier que la presse parisienne et que deux revues musicales lui consacrèrent. Quels compositeurs marquèrent les esprits ? Lors de l’arrivée de la chorale, avant qu’elle ne se produise d’abord à l’Hôtel de ville dans un concert privé et au Trocadéro pour le premier concert public, la plupart des journaux imprimèrent les noms des compositeurs tchèques que leur soufflèrent les organisateurs des concerts. On a donc une liste d’œuvres que la chorale souhaitait mettre en évidence. Rappelons qu’elle comprenait Smetana, Novák, Křížkovský, Janáček, Dvořák et Foerster. Cependant cette liste ne correspondait pas au ressenti des chroniqueurs qui résultait de leurs propres goûts et des réactions du public qui se manifestaient par des applaudissements plus nourris que d’autres. Parmi les noms qui revinrent le plus souvent, on peut isoler tout d’abord celui de Křížkovský , cité à six reprises pour ses chœurs La Noyée, Don d’amour, La Prière du conscrit et Cœur perdu. Nešvera et Vendler furent retenus à quatre et trois reprises pour Moravie (Moravě) du premier et L’Orage du second. Nebuška, Smetana, Novák, Foerster, Tovačovský et Malát virent leur nom désigné deux fois. Enfin Kunc, Suk et Neumann ne retinrent l’attention des journalistes qu’à une seule reprise de même que Dvořák, mais le chroniqueur trouva ses chœurs médiocres, ce n’était donc pas une distinction pour le compositeur des Danses slaves. Et Janáček ? Aucun commentateur ne le sortit du lot des compositeurs mis en avant par les choristes. Si jamais Ferdinand Vach, le chef de la chorale, lui avait transmis l’intégralité des articles que la presse parisienne avait publiés, il aurait été plus que déçu et peut-être même aurait-il eu un accès de colère en voyant le nom de Malát et pas le sien.

Puisque les journalistes restèrent plus que discrets sur les œuvres interprétées, il nous faut donc nous tourner vers d’autres sources pour déterminer plus précisément le programme de ces concerts. En dehors des pièces de Janáček que nous avons citées plus haut, les chœurs suivants des compositeurs tchèques et moraves furent interprétés :
Pavel Křížkovský : Cadeau d’amour, La jeune noyée, Chant de séparation, Détaché du cœur que les journaux français dénommèrent Cœur perdu, Prière de la recrue (ou du conscrit).
Bedřich Smetana : Une dot, Sur la mer, et peut-être Chanson de paysan.
Antonín Dvořák : Festin (qu'on appela aussi Le Banquet), Calomnie.
Josef Bohuslav Foerster : Le Laboureur, Hymne, peut-être également Chemin champêtre.
Josef Suk : Un bouleau coupé.
Wendler, L’ Orage.
Jan Kunc, Canard sauvage (traduit également par L’Oie sauvage).
Jan Nesvera, Moravie.
Jan Malát, Les Cloches du Monastère et arrangements de chansons nationales.
Par contre, pour Vítĕzslav Novák,  František Neumann, Emanuel Chvála, Hynek Palla et Otakar Nebuška, aucune mention d’un de leurs chœurs n’a été retrouvée dans les archives de la chorale des instituteurs moraves (36).

Notons qu’une première occasion manquée marqua la relation entre Janáček et la France. John Tyrrell relate dans son bel ouvrage (37) la tentation qu’éprouva le compositeur morave d’accompagner la Société Chorale dans sa tournée. Mais la présence d’un chœur de son compatriote Jan Malát, Les Cloches du Monastère, qu’il jugeait « devoir d’étudiant et de mauvais goût »  l’en dissuada. Son intransigeance artistique, doublé d’un tempérament (trop ?) entier l’isolait du monde musical tchèque. Cependant, à cette même période, il attendait impatiemment des nouvelles de Čelanský (38), le chef d’orchestre du Théâtre Vinohrady (du nom d'un quartier de Prague) qui projetait une tournée parisienne au cours de laquelle il promettait de jouer Jalousie, l’ouverture prévue un temps pour Jenůfa. Cruelle désillusion : la tournée n’eut pas lieu. Si Janáček avait suivi les choristes moraves, aurait-il eu la possibilité de nouer des contacts avec certains de ses collègues français ? Sa situation aux yeux du monde musical français en aurait-elle été modifiée ? Nul ne saurait répondre. Il est simplement permis d’en douter quand on constate la distance qui séparait les orientations esthétiques des compositeurs français de celles de Janáček. Et finalement l’indifférence dans laquelle furent reçus ses trois chœurs que la chorale avait emmenés avec elle, non du public, mais des élites musicales, signale bien le peu d’intérêt de ces dernières pour le compositeur morave.

Le 28 avril, Ferdinand Vach expédia une carte postale à Janáček, lui mentionnant l’énorme succès que remporta Maryčka Magdonová et la rencontre avec Rodin. Devons nous prendre pour argent comptant cette affirmation ? Vach qui connaissait bien Janáček  et son caractère un peu explosif ne tenait-il pas, à travers la réussite de la prestation des choristes, à lui en faire bénéficier une part ? Comme l’avait constaté Paul Dambly, les choristes moraves subirent au cours de leur séjour et sur les lieux mêmes d’un de leurs concerts une redoutable concurrence. Les 26 et 27 avril, l’orchestre philharmonique de Berlin dirigé par le compositeur Richard Strauss donna deux concerts au Châtelet (Berlioz, Beethoven, R. Strauss, Wagner, Weber)  à quelques heures de différence avec la chorale morave pour le deuxième ! Obtenir un tel succès dans ces conditions-là relevait quasiment de l'exploit !

Avant de quitter ces éminents choristes moraves, on doit dire quelques mots sur les conditions financières de cette tournée. Comme il a déjà été mentionné, la délégation tchèque ne comprenait pas que des musiciens. Des politiques et des membres de la société civile les accompagnaient, dont Edouard Skála, député tchèque, Miloš Sebestar désigné représentant de la chorale à Paris et le professeur Henri Hantich qui assura les conférences avant concert et les relations avec les personnalités françaises qui manifestaient des sympathies pour le monde slave en Europe centrale. Un noble tchèque bien argenté, le comte Seilern se porta garant du voyage à Paris en offrant une somme de 20 000 couronnes si le besoin s’en faisait sentir (voir la note 37).

Enfin, sans remonter très loin dans le temps, il faut évoquer les rencontres entre municipalités parisienne et pragoise. Une délégation du Conseil de Paris s’était rendu à Prague en 1907 pour les fêtes fédérales. Ainsi, lorsque la chorale morave désira donner des concerts à Paris, le Conseil de la capitale française, non seulement n’y vit aucun inconvénient, mais se réjouit de recevoir des envoyés culturels d’un pays qui appréciait tant la France. Aussi, bien naturellement, on ouvrit les portes de l’Hôtel de Ville à ces hôtes. Cependant, les choristes moraves repartis dans leur pays, l'actualité locale reprit ses droits et les Parisiens furent happés par les élections municipales qui se déroulèrent le 3 mai. Trois mois après le départ des chanteurs, le bureau du Conseil municipal parisien, nouvellement élu, fut reçu à Prague à l’occasion de l’exposition universelle. Et en novembre 1908, le maire de Prague accompagné par une délégation municipale  et des élus nationaux effectua une visite à Paris où son collègue parisien le reçut très chaleureusement. Sans aller plus loin dans un historique des relations officielles entre les deux pays, on voit bien que la tournée des instituteurs moraves s’intégrait harmonieusement dans cette connexion.

Récapitulatif de la tournée de la société chorale des instituteurs moraves en France en 1908 :

Lundi 20 avril - matin : arrivée de la chorale à la gare de l'Est
Mardi 21 avril ?
Mercredi 22 avril ?
Jeudi 23 avril 15 h 30 : réception à l'Hôtel de Ville de Paris - concert privé
Vendredi 24 avril ?
Samedi 25 avril - soirée : concert au Trocadéro
Dimanche 26 avril : réception par le Sokol parisien au gymnase Voltaire - concert privé
Lundi 27 avril - 15 heures -:concert au Châtelet
Mardi 28 avril - matin : réception par Rodin à Meudon - concert privé - après-midi : réception par La Ligue de l’Enseignement - concert privé
Mercredi 29 avril - 15 heures : concert au Théâtre Sarah Bernardt
Jeudi 30 avril - soirée : concert à la Salle Déglin à Nancy

Joseph Colomb - janvier 2017

Merci à Jiří Krumpholc, Président de la chorale des instituteurs moraves, pour la communication des deux photographies représentant la chorale des instituteurs moraves à Paris et pour toutes les informations qu'il m'a transmises.

Merci également à Alain Chotil-Fani pour les informations très précises communiquées à propos des deux chœurs de Dvořák  chantés par les instituteurs moraves au cours de leur tournée française.

Notes : 



1. Svatopluk - Société chorale d'amateurs de Brno.

2. Henri Hantich (1855 - 1919) fut, comme l'a heureusement qualifié Eric Baude, un propagateur enthousiaste des relations franco-tchèques. Il tentera de faire représenter La Fiancée vendue de Smetana en 1907 à Paris. Il joua un rôle dans la tournée de la Chorale des Instituteurs moraves en 1908. On retrouve son nom accolé à celui de Louis Léger pour une collaboration à l'un des ouvrages du professeur français.

3. Le Petit Journal du 19 avril 1908.

4. Sokol, (faucon) ce mouvement fondé en 1862 associait culture physique et culture morale pour former les Tchèques, jeunes et moins jeunes, dans une optique nationaliste et démocratique. Régulièrement des rassemblements gymniques de masse montraient la force de ce mouvement. Une section avait été créée à Paris en 1892 rassemblant les Tchèques qui vivaient dans la capitale française.

5. Comme les pays tchèques étaient intégrés à l’Empire austro-hongrois, il s’agissait évidemment pour la plupart d’éléments tchèques et moraves de la colonie qui s’était implantée, provisoirement ou non, dans la région parisienne.

6. Le Petit Journal du 21 avril 1908.

7. Le Petit Parisien du 22 avril 1908.

8. Par exemple, Keichkovsky et Janatschek recouvrent respectivement les noms de Pavel Křížkovský et de Leoš Janáček.

9. L’Aurore, La Presse, Le Figaro, Le Matin, Le Petit Parisien, L’Action Française et même Ouest-Eclair basé à Rennes publièrent un article le 24 avril, Le Rappel, Le Journal des débats, L’Echo de Paris, La Croix et Le XIXè siècle le 25 avril, ainsi que La Justice le 26 avril. Curieusement, L’Aurore et La Presse imprimèrent un article identique au mot près qui devait sortir de la plume d’un seul et unique journaliste, bien documenté par le comité d’organisation.

10. Maryčka Magdonová apparut sous ce titre français qui faisait allusion au statut social de l’héroïne. Henri Hantich travailla-t-il à la version française des textes des chants tchèques et moraves qui furent distribués ou vendus aux auditeurs des trois concerts officiels ou est-ce un autre traducteur ?

11. Le Petit Parisien donne le nombre de «trois cents privilégiés». Un autre quotidien, Le Matin, cite le nombre de mille invités. Qui était le plus près de la réalité ?

12. Au début du XXe siècle, on employait souvent aussi bien le masculin que le féminin pour désigner un ensemble de chanteurs.

13. voir la note 8.

14. voir la note 8.

15. L’Aurore et La Presse en date du 24 avril 1908 qui reproduisirent textuellement une partie de l’article du Petit Parisien du 22 avril que l’on peut suspecter avoir été fermement suggéré par les organisateurs de la tournée des enseignants moraves .

16. Encore une graphie qui découlait des sonorités entendues pour Pavel Křížkovský, l’un des maîtres de musique de Janáček au monastère des Augustins de Brno, et qui ne décryptait pas correctement son nom.

17. Le Petit Parisien du 24 avril 1908.

18. On l’on retrouve les difficultés qu’eurent plusieurs journalistes à écrire correctement les noms tchèques qu’ils entendaient. Il faut comprendre Vítězslav Novák et Křížkovský.

19. Le Rappel et Le XIXe siècle en date du 25 avril 1908.

20. Le journaliste montrait la même méconnaissance géographique et politique lorsqu’il qualifiait de hongrois l’hymne national chanté par les Moraves.

21. La chorale morave interpréta deux chœurs d’un recueil que Dvořák avait composé en 1878 sur des textes du folklore lituanien, Calomnie et Le Festin (ou Le Banquet). Sous les auspices de Serge de Diaghilev, les Parisiens s’amourachaient de la musique russe qu’il leur offrait. S’ils goûtaient aussi la musique tchèque qui parvenait parfois en France, dont celle de Dvořák, les élites musicales et commentateurs de la presse se montraient beaucoup moins empressés.

22. Le Gaulois, 28 avril 1908.

23. Le Petit Journal du 26 avril 1908.

24. Le Figaro du 28 avril 1908 sous la signature d’Alfred Delilia.

25. Le Siècle du 30 avril 1908, première page.

26. Gil Blas du 30 avril 1908.

27. Le Petit Parisien du 29 avril 1908.

28. Arnöst Förchtgott-Tovačovský (1825 - 1874), compositeur morave, enseignant, chef de chœur.

29. L’Est républicain du 1er mai 1908.

30. L’Echo de Paris du 4 mai 1908, article d’Arthur Coquard.

31. Le Petit Journal du 5 mai 1908, article de Paul Dambly.

32. Le Figaro du 4 mai 1908, article de Robert Brussel.

33. Le Journal des débats du 17 mai 1908, sans signature.

 34. Revue S.I.M. du 15 mai 1908.

35. Josef Bohuslav Foerster (1859 - 1951) organiste, critique musical et compositeur. La première partie de sa carrière se déroula en Allemagne et en Autriche où il suivit son épouse, la cantatrice Berta Lautererová fidèle de Gustav Mahler, chef d’orchestre de l’opéra de Hambourg puis de Vienne. Foerster se lia avec Mahler. Après la guerre, il rejoignit Prague où il enseigna au Conservatoire. Auteur de plusieurs opéras, de cinq symphonies, de chœurs, etc…
- Jan Kunc (1883 - 1976) compositeur tchèque, élève de Janáček à l’Institut de formation des maîtres de Brno (1898 à 1902) et à l’Ecole d’orgue (1902 - 1903). Il prit des cours de composition auprès de Vítĕzslav Novák, mais resta proche de son premier maître. Il fut le premier directeur du Conservatoire de musique de Brno jusqu’en 1945. Remarquons qu'il composa un chœur portant le même titre qu'un de ceux de son maître, Le Canard sauvage. Une mélodie (perdue) de Dvořák porte le même titre.
- Jan Malát ( 1843 - 1915) compositeur, professeur et harmonisateur de chants populaires. Il composa deux opéras dans la veine des opéras-comiques de Smetana.
Otakar Nebuška, éditeur à Hudební Matice à Prague, auteur de plusieurs chœurs.
- Neumann, František Neumann (1874 - 1929) Compositeur et chef d'orchestre, directeur de l'Opéra de Brno à partir de 1920 où il dirigea la création des derniers opéras de son ami Janáček.
- Emanuel Chvála (1851 - 1924), critique musical et compositeur. Présent à Brno en 1904 à la création de Jenůfa, il fut l'un des seuls critiques pragois à entrevoir la nouveauté et les qualités de l'opéra de Janáček.
- Hynek Palla (1837 - 1896) compositeur et chef de la chorale Hlahol de Plzeň.

36. Information donnée par Jiří Krumpholc, Président de la Chorale des Instituteurs morave lors d'une communication à l'auteur en décembre 2007.

37. John Tyrrell - Janáček, Years of Life - The lonely blackbird, Faber and Faber, 2006, pages 695 à 697.

38. Ludvík Vítězslav Čelanský (1870 - 1931). Après avoir dirigé des opéras à Lvov, Cracovie, Lodz et Kiev, il revint à Prague pour diriger le théâtre municipal de Vinohrady. Il fit un séjour parisien de trois ans pour diriger l’orchestre du Théâtre Apollo. Entre 1918 et 1919, il conduisit l'orchestre philharmonique tchèque.

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