La correspondance d’Antonín Dvořák comporte plusieurs passages savoureux. L’extrait ci-dessous est tiré d’une lettre à son grand ami Alois Göbl, secrétaire du domaine des princes de Rohan dans la localité de Sychrov en Bohême du nord. Göbl était le parrain de plusieurs des enfants de Dvořák, qui nomma sa plus jeune fille Aloisie en son honneur.
Vysoká, le 11 août 1885
A la célébration de Brno je ne fus pas autorisé à diriger l’« orchestre militaire » local pour le concert. Alors je suis resté chez moi. Selon la loi, un civil, à moins qu’il ne soit en uniforme, n’a pas le droit de diriger un orchestre militaire. Cela ne fait rien, j’ai été plutôt content de rater cette présentation de ma musique « en uniforme » sur un ton militaire. Bientôt j’irai en Angleterre, seul, mais je n’ai aucune idée de comment ça va tourner. Ne vous inquiétez pas ; je vous tiendrai au courant depuis Birmingham. Vous n’imaginez pas combien j’ai hâte de vous revoir. S’ils avaient aussi l’idée de décréter que les chefs d’orchestre tchèques n’ont pas le droit de diriger en Angleterre, j’en serais vraiment très heureux. Meilleurs souvenirs à toi et aux tiens de Sychrov.
Ce « concert en uniforme » à Brno fut dirigé par un certain Opelt. On y entendit l’ouverture Mon pays natal, la première Rhapsodie slave et le Concerto pour violon, avec Ondříček en soliste. Le voyage en Angleterre, où Dvořák dirigea la création locale de sa cantate Les Chemises de noce (ou La fiancée du spectre) fut une splendide réussite qui fit beaucoup pour la carrière du compositeur tchèque outre-Manche, et sans doute au-delà encore.
Alain Chotil-Fani, juillet 2013
Alain Chotil-Fani, juillet 2013
Source pour la lettre : "Antonín Dvořák, My Father", par Otakar Dvořák, Edited by Paul J. Polansky, published by the Czech Historical Research Center, Inc, 105 Church Street, Spillville, Iowa, 1993. Traduction personnelle.
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