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15 mai 2013

Conversation avec David Walter autour de Dvořák

Conversation avec David Walter autour de Dvořák

MusicaBohemica aime les interprètes de qualité qui sortent des sentiers battus tout en faisant à travers leur démarche la promotion des musiques tchèques. C'est pourquoi il nous a semblé intéressant d'aller à la rencontre de David Walter, musicien français au profil original et aux compétences musicales élargies ayant entrepris depuis plusieurs années un travail de transcription d'oeuvres d'Antonín Dvořák. Nous le remercions chaleureusement d'avoir répondu à nos questions.


David Walter, bonjour. Vous êtes un soliste, musicien de chambre, chef d'orchestre, transcripteur et pédagogue de renommée internationale, professeur au CNSM de Paris. On connaît bien votre extraordinaire démarche avec vos complices du Quintette Moraguès qui a permis de mettre en valeur votre savoir-faire dans le domaine de la transcription grâce à votre enregistrement du Quatuor Américain (1986), l’une de vos premières transcriptions de la musique de Dvořák à notre connaissance.



Pourquoi avoir choisi de transcrire ce quatuor à cordes pour quintette à vent ? L'écriture de Dvořák pour les cordes (il était lui-même altiste et musicien d'orchestre) pose-t-elle des problèmes d'adaptation particuliers pour les vents ?

DW : La première motivation est la beauté intrinsèque de cette musique comparée au vide quasi sidéral du répertoire romantique pour quintette à vent. Dvořák a un sens de la mélodie qui lui est très particulier et qui s'adapte assez simplement aux vents. Il me fallait juste oser car c'était ma première adaptation d'un quatuor à cordes. La difficulté vient plutôt après car les vents doivent quand même adapter leur jeu pour réussir à donner à la partition un nouvel éclairage. Un éclairage qui sonne naturel ! 

Pourquoi n'avez-vous pas (encore !) transcrit les Danses Slaves, un sommet du genre, pour quintette à vents ?

Je ne l'ai pas fait car d'autres ont eu l'idée avant moi.

Comment avez-vous travaillé avec le Quintette Moraguès pour créer cette adaptation du quatuor dit "américain" ?

Il faut repenser l'écriture de manière globale, un quintette à vent étant infiniment plus disparate qu'un quatuor à cordes. Varier les alliages tout en respectant les qualités mais surtout les faiblesses de chaque instrument. Cela donne une écriture plus proche d'une petite symphonie...

Parmi les œuvres que vous avez adaptées, l’on trouve la Sérénade pour cordes (opus 22). On ne peut pas oublier l’existence d’une autre sérénade de Dvořák, l’opus 44 pour vents et cordes, composée dans le souvenir d’une Gran Partita de Mozart entendue peu de temps avant à Vienne. Quel regard avez-vous sur l'écriture du compositeur tchèque ? Vous êtes-vous inspiré de l’esprit de Dvořák dans cette 2e Sérénade pour transcrire l’opus 22 ? Avez-vous envisagé la transcription de l'autre sérénade ?

Chaque œuvre a sa richesse et son équilibre propre. Je n'ai pas besoin de référence extérieure à la pièce sur laquelle je travaille. L'op. 44 est un bloc très défini que je ne compte pas retoucher. Son équilibre est parfait et je n'ai, à ce jour, pas eu ni idée ni envie de lui en donner un autre. La monochromie de la sérénade op 22 est magnifique en l'état, mais se prête également plus naturellement à d'autres formes.

Il existe encore d’autres partitions de Dvořák dans votre catalogue. Nous en avons dressé la liste :

Sérénade opus 22 (quintette à vent et octuor à vent) 
Nocturne en si bémol majeur 
Romance opus 11 
Quatuor opus 34 (quintette à vent) 
Quatuor opus 61 (quintette à vent) 
Quintette en ut mineur opus 81 (sextuor / vents et piano)

Quatuor opus 96 (quintette à vent) 

Rusalka (Aria) 

Est-ce que la musique de ce compositeur a une importance particulière pour vous ? Prenez-vous également un plaisir particulier à la jouer ou la diriger (comme récemment) ?

Le langage musical de Dvořák me parle avec une puissance indéniable. Ce subtil et profond équilibre entre la maturité romantique et les racines folkloriques en fait pour moi un compositeur majeur, même si sa production est inégale. Ainsi, mes transcriptions des quatuors op. 34 et 61 n'ont jamais dépassé le stade de la simple lecture. Par contre le quintette op. 81 devenu sextuor en formation vents et piano est un must de notre répertoire. D'autres œuvres figurent à mon catalogue car elles m'ont été commandées. Quoi qu'il en soit, mes retrouvailles avec ce compositeur sont toujours un moment de bonheur.


David Walter

Avez-vous d’autres projets de transcription ou d'édition d’œuvres de Dvořák ou d'autres compositeurs tchèques ?

Pas dans l'immédiat, mais il suffit de croiser le larron pour faire l'occasion…

Vous avez aussi enregistré avec l'Ensemble Pasticcio les 6 sonates en trio de Jan Dismas Zelenka, sans doute parmi les plus belles œuvres de la musique de chambre baroque. Cette musique a longtemps dérouté musiciens et auditeurs. Zelenka a-t-il enfin retrouvé, à votre avis, sa place dans le répertoire de musique ancienne ?

Je ne saurais parler pour le monde musical entier, mais je peux affirmer ici que pour le celui des anches doubles, Zelenka est devenue une pierre angulaire du répertoire baroque. Notre ensemble Pasticcio devrait si tout va bien sortir un deuxième volet dédié au compositeur courant 2014 avec les deux premières sonates et deux œuvres orchestrales.

On trouve dans votre catalogue des œuvres d’un certain František Xaver Thuri, musicien tchèque contemporain un peu anachronique, réincarnation d'un kantor du XVIIIe. Cela a-t-il un sens d'écrire de la musique "baroque ou classique" aujourd'hui ?

A titre tout à fait personnel, la seule qualité que je demande à une musique est d'être belle, sensible, agréable, profonde. Il n'est pas forcément besoin de jouer de nouveauté pour proposer une création qui soit porteuse de telle(s) qualité(s). Le compositeur peut donc emprunter le langage qu'il souhaite, connu ou novateur… s'il me touche, je le jouerai et le défendrai. Thuri a d'ailleurs aussi composé dans des styles plus contemporains.

Le site de David Walter : http://www.davidwalter.fr/

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