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24 mars 2013

Nouvelles raretés tchèques chez Forgotten Record

La maison Forgotten Records propose une nouvelle fois de redécouvrir des raretés de Supraphon (http://www.forgottenrecords.com/fr/Rauch-Antal--Sejna--Beethoven-Liszt--428.html). Cette maison de disques tchèques n'a semble-t-il que peu exploré ses archives au-delà des interprètes célèbres aujourd'hui reconnus par le monde musical dans son ensemble. Il serait pourtant injuste d'ignorer des noms qui nous sont moins familiers mais qui ont contribué à leur manière à la vie musicale nationale et européenne.

František Rauch (1910-1995) est considéré comme l’un des plus grands pianistes tchèques de son temps. Ses professeurs de Conservatoire de Prague se nomment Karel Hoffmeister et Emil Mikelka ; il étudie même la composition avec Vítězslav Novák, l’un des meilleurs élèves d'Antonín Dvořák. Dès les années 1930 il commence une carrière de virtuose qui le mène à travers l’Europe, en Asie et jusqu'en Amérique du Sud.

En 1953 František Rauch et Karel Šejna gravent pour Supraphon le dernier Concerto pour piano de Beethoven. L'orchestre est celui de la Philharmonie Tchèque, au début de la prestigieuse « ère Karel Ancerl ». Karel Šejna, chef en second de cet ensemble, nous est déjà connu par des gravures d’une profonde sincérité musicale. Nous avons commenté sur ce site le legs de cet artiste, notamment à travers les numérisations de Forgotten Records.

Faut-il encore combattre la sempiternelle idée selon laquelle les musiciens tchèques ne pourraient jouer que leurs propres compositeurs ? Les grands interprètes ne sauraient par définition même être enfermés dans un cadre aussi étroit ; aussi sommes-nous toujours curieux d’entendre comment ils sont capables de servir le « grand répertoire international ».

Les toutes premières secondes du CD donnent la réponse. Voici un Empereur résolument martial. Rauch et Šejna l'abordent avec une rudesse inaccoutumée. Le tempo est rapide, voire sec, mené d’un geste autoritaire. Le Beethoven que l’on entend ici n’est certainement pas le préromatique un peu affecté d’une certaine tradition interprétative, mais le témoin d’une époque guerrière qui voit l'Europe basculer vers un ordre nouveau. Passé la surprise d'une certaine sécheresse dans l’expression (peut-être accentuée par l’étroitesse de la salle d’enregistrement, sans doute celle du studio de la maison Domovina à Prague) on pourra apprécier l'allant d’une version inhabituelle mais tendue par une incontestable vigueur.

Trois années auparavant, en 1950, Šejna grave la Fantaisie Hongroise de Liszt avec l’orchestre symphonique de Radio-Prague. Le pianiste est István Antal, l'un des plus grands interprètes de cette musique, honorée ici avec une classe réjouissante.

Un complément de choix pour un CD plein d'énergie.

Alain Chotil-Fani

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