dimanche 19 février 2012

Bohuslav Martinů : musique de chambre chez Forgotten Records

L’œuvre de Bohuslav Martinů (1890-1959) est vaste. Le catalogue thématique du musicologue Harry Halbreich recense 387 opus. Cette richesse contraste avec un relatif désintérêt pour sa musique. Les contemporains du musicien de Bohême, il est vrai, se nomment Igor Stravinski, Anton Webern ou Béla Bartók. Martinů, à la fois moderne et tonal, peine à se départir de son image entre deux époques. On le juge souvent plus actuel que Dvořák, avec qui il partage le goût pour les formes classiques, mais moins novateur que Janáček, qui est pourtant son aîné. Mais pareille comparaison a-t-elle un sens ? L’usage bien établi de de ne comparer un musicien de Bohême qu’à ses compatriotes ne sert pas la cause de Martinů. Pourtant, si certaines de ses oeuvres sont limpides et lyriques, d'autres sont plus hermétiques, angoissées, sombres, complexes et traversées d'influences et de styles hétérogènes et qui parfois se contredisent et accentuent la confusion de l'auditeur. On peut se perdre facilement dans cette oeuvre hétérogène mais c'est tout l'intérêt de Martinů.

La (re)découverte de sa musique de chambre rappelle précisément combien on aurait tort de sous-estimer l’art de ce compositeur. Forgotten Records (Référence fr 14M) nous propose ici une captation récente (années 1990) du Trio Millière (Marie-Christine Millière, violon ; Jean-François Bénatar, alto ; Philippe Bary, violoncelle) et de la pianiste Véronique Roux.


Les premières secondes du CD sont saisissantes. Le Trio à cordes n°2 (1934) ouvre le disque avec une course en faux-semblants qui se dénoue en un unisson forcé. La personnalité de Martinů est déjà là, dans ces quelques mesures mémorables. En 1927, le Duo pour violon et violoncelle révélait déjà un artiste au métier souverain, malgré l’influence perceptible d’un Albert Roussel.

Les Trois madrigaux de 1947 sont composés pour violon et alto. Martinů était fasciné par cette forme de musique vocale de la Renaissance. Ces madrigaux ne relèvent toutefois pas du pastiche. Le chant de joie conclusif (Allegro) est l’hommage enjoué d’un moderne aux maîtres du passé. Cette partition que l’on devine éreintante pour les interprètes est ici servie avec une maîtrise technique impeccable.

Le Quatuor n°2 avec piano (1942), écrit pour le public américain, est l’œuvre sans doute la plus immédiatement accessible du CD. Son style musical rappelle beaucoup celui des symphonies, composées à la même époque. L’adagio central est l’une des plus belles réussites de Martinů.



Le CD Forgotten Records permet d’embrasser deux décennies de musique de chambre d’un auteur attachant, servi par des interprètes passionnés. Une mention particulière pour la très intéressante notice de Georges Gourdet, qui nous fait saisir l’architecture complexe de ces partitions.


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