Une renarde, vedette de la télévision ?
Parmi les animaux qui jouent un rôle médiatique à travers nos étranges lucarnes, une petite renarde ne tiendrait-elle pas une place enviable ? Si on en juge par la fréquence de ses apparitions, incontestablement, cette renarde rusée nous visite à intervalles réguliers. Depuis que l'Opéra Bastille l'a acclimatée durant l'automne 2008, elle a été adoptée par la télévision. Peu de temps après, le 21 avril 2009, France 2 la débusquait au détour de ses pérégrinations dans la forêt et lui offrait une tranche horaire. Plutôt bien choisie pour l'héroïne qui pouvait partir en chasse en toute sécurité, mais moins bien pour nous, mélomanes, peu habitués à nous installer devant notre poste de télévision à un peu plus de minuit. France 2 s'était fait damé le pion par Arte qui avait diffusé partiellement une production berlinoise de La Petite Renarde rusée le 2 février de la même année. Notre renarde, point effarouchée revint dans un DVD retraçant le triomphe parisien de l'automne précédent. Et le 8 février 2010, ultime consécration, elle se vit décerner une Victoire de la musique sur France 3.
Lundi 16 janvier, quelle ne fut pas ma surprise de voir cette espiègle renarde pointer son museau sur France 2. Hélas, elle ne s'annonçait qu'après les douze coups de minuit. On imagine que la chaîne publique égalant dans l'hypocrisie bien des chaînes privées respectait ainsi les préconisations du CSA à diffuser des émissions à caractère culturel. En la programmant en pleine nuit, d'où un succès d'audience garanti (!), France 2 remplissait à merveille son contrat, mais ne choyait en aucun cas un public curieux de musique… Comme il s'agissait de la captation d'une représentation de l'Opéra Bastille en novembre 2008, reprise en DVD, je ne songeais pas à veiller. Ce DVD avait tourné plusieurs fois depuis dans son lecteur sans que je n'épuise les plaisirs visuels et la richesse musicale que portait cette production dans laquelle André Engel avait si bien traduit les intentions du compositeur.
Si d'aventure, des lecteurs de ce site avaient découvert cet opéra sur une scène de théâtre ou par l'intermédiaire d'un DVD, nul doute qu'ils ont été surpris par la vitalité, l'humour et l'humanité qui se dégage de cette réalisation. Pas plus qu'ils ne pouvaient passer à côté de la poésie, de l'humour, de l'enchantement de la musique de Leoš Janáček. Même diffusé à une heure plus que tardive, ce nouveau passage à la télévision témoigne de la place prise par le compositeur morave dans le monde de l'opéra (et, qui sait, a pu toucher de nouveaux auditeurs ?) Place de plus en plus remarquée depuis la parution récente du livre de Marianne Frippiat qui le remet dans une position prépondérante bien qu'originale parmi les compositeurs d'opéra du XXe siècle. Les temps changent pour Janáček. Non seulement, cette Petite Renarde rusée attire les responsables de maisons d'opéras (sans compter ses autres pièces lyriques), mais des musiciens l'adaptent à de nouveaux publics et territoires. Ainsi Charlotte Nessi et son Ensemble Justiniana présenteront le 26 janvier à Vesoul, puis le 31 du même mois à Belfort la version musicale d'Alexander Kampe pour douze musiciens et vingt-cinq chanteurs avant de l'emmener sur les rives de la Garonne à Bordeaux mi février et de rejoindre l'Opéra national de Paris pendant une semaine en mars de cette année. Les jeunes spectateurs et les autres ont déjà pu la voir à l'Opéra national de Paris et à Besançon en mars 2009, ainsi qu'à Lille en juin 2009.
Si vous habitez en Franche-Comté, à Bordeaux ou dans la capitale, saisissez la chance que nous offre Charlotte Nessi dans cette adaptation de l'opéra de Janáček. A défaut de l'original, cette vision mérite un accueil favorable. Telle une porte d'entrée dans l'univers opératique de ce singulier compositeur.
Joseph Colomb - janvier 2012
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