dimanche 21 novembre 2010

le Quatuor Janáček

Le Quatuor Janáček,
propagandiste enthousiaste de la musique de Janáček


Quatuor exemplaire par sa longévité et la permanence de ses choix artistiques, le Quatuor Janáček fut fondé en 1947. L'un de ses fondateurs, l'altiste Jiří Kratochvíl resta fidèle à sa formation durant quarante deux ans, ainsi que le second violon Adolf Sýkora et le violoncelliste Karel Krafka, lui aussi présent à la fondation, et qui évolua durant trente sept ans avec ses collègues. Quant au premier violon, Jiří Trávníček, seule sa mort prématurée en 1973, à l'âge de 48 ans rompit les liens qui l'unissaient à ses collègues. Bohumíl Smejkal le remplaça pendant vingt ans jusqu'à ce qu'une nouvelle génération prenne la relève de la formation initiale.

En 1949, le Quatuor adopta le nom de Leoš Janáček comme emblème. Très vite, il inscrivit à son répertoire les deux ouvrages du compositeur de Brno. Dès ses premières années d'existence, le Quatuor se rendit dans les pays voisins, Pologne et Allemagne de l'Est. Très vite, les quatre solistes purent parcourir d'autres continents. L'année 1955 les vit se rendre en Egypte, en Syrie et au Liban. L'année suivante, ils passèrent d'Afrique (Ethiopie, Namibie) en Amérique du Sud (Brésil, Uruguay) où ils retournèrent en 1959 (Argentine, Pérou, Chili, Vénézuela, Colombie) poussant jusqu'au Mexique et à Cuba.

Entre-temps, pour leur première venue en France, ils donnèrent un concert à Paris le 16 décembre 1958 au cours duquel ils interprétèrent le second quatuor du maître morave.

On sait que le premier quatuor Sonate à Kreutzer de Janáček connut sa création française en janvier 1931 à la Société Nationale grâce au Quatuor Zika. Jusqu'en 1958, il ne semble pas qu'une nouvelle exécution de ce quatuor ait été entendue dans notre pays. Quant au second, Lettres intimes, rien n'indique qu'il ait été joué plusieurs fois avant la venue du Quatuor Janáček. Leurs brillants confrères du Quatuor Smetana l'avaient déjà joué le 13 décembre 1955 à Paris et peut-être les instrumentistes à cordes du Nonette tchèque l'avaient-ils créé à Paris en octobre 1947. Je n'ai trouvé, jusqu'à présent, aucune trace de son existence avant 1955.

On ne doit donc pas au Quatuor Janáček, l'introduction en France des quatuors du maître de Brno. Pourtant notre dette envers ses membres est plus essentielle. En onze années (de 1958 à 1969), on ne compta que ce seul ensemble à jouer une bonne quarantaine de fois l'un et l'autre de ces deux chefs-d'œuvre de musique de chambre. Et cela dans une vingtaine de villes, des plus importantes, Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux aux villes moins peuplées et dans lesquelles une tradition musicale était moins implantée que dans la capitale. Par exemple, Alès, Saint-Dié et Bourg-en-Bresse. Leur tournée de 1967 ne comprit pas moins de douze étapes, de l'Est, à l'Ouest, du Sud au Centre avec un passage par Paris. Par cinq fois, les Lettres intimes déclinèrent la passion de Janáček pour Kamila dans un langage original qui n'occultait pas le lyrisme, et par sept fois, les quatre virtuoses de l'archet racontèrent avec exaltation la Sonate à Kreutzer.

Dans les années 60, en dehors du Quatuor Smetana, aucun ensemble ne prit le relais du Quatuor de Brno. En fait, nul autre groupe ne frappa les esprits des auditeurs comme lui. Originalité de l'ensemble, les quatre instrumentistes laissaient les partitions au vestiaire et se présentaient face au public, la musique, ses lignes de force et ses nuances dans la mémoire de chacun d'eux, s'efforçant ainsi d'effacer une barrière entre eux et leur auditoire. L'effet de surprise passé, chaque auditeur pouvait se concentrer intégralement sur la musique qui jaillissait de leurs archets. Une musique tantôt tendre, tantôt violente, et encore chantante, plaintive, pathétique, véhémente sans qu'aucun artifice de composition n'en vienne altérer la perception.

Une audition unique ne suffisait pas à percevoir l'ensemble des beautés de ces ouvrages. Alors le Quatuor Janáček réussit la gageure de se faire inviter par trois fois à Bordeaux, à Clermont-Ferrand, à Marseille, à Montpellier, à Nancy, à Poitiers, quatre fois à Strasbourg et même six fois à Paris donnant à leur auditoire tantôt le premier, tantôt le second quatuor de Janáček. Tâche de longue haleine, plus obscure qu'un coup d'éclat sans lendemain. Lentement, en province et dans la capitale, un public se forma, apprenant en premier lieu à connaître le nom du compositeur morave, puis à chercher à le retrouver quelques années plus tard. Ces ouvrages le secouaient de prime abord. Mais au-delà des sentiments contradictoires qui l'assaillaient, face à la perfection sonore qu'exprimaient les quatre membres du Quatuor Janáček, au-delà des dissonances parsemées ici ou là dans chacune des compositions, le lyrisme tendre et fort qui s' en exhalait toucha les auditeurs. A la fin de chaque concert, ceux-ci l'exposaient aux musiciens au cours des rencontres informelles qui se tenaient. A Bordeaux, à Lyon, en Lorraine, plusieurs ne manquaient d'aucune façon le retour des interprètes moraves dans leurs villes respectives. Les Lettres intimes touchaient un peu plus l'assistance puisque les musiciens privilégiaient plutôt cet ouvrage que le premier quatuor du maître morave. Ces lettres d'amour qui se dissimulaient sous le terme plus neutre du titre officiel - ultime pudeur du compositeur - par leur force émotionnelle, malgré les hardiesses de la composition, frappaient les auditeurs. "Je n'aime pas la musique moderne, mais ce quatuor est une exception" voici souvent ce que déclaraient des auditeurs surpris par cet ouvrage aux membres du Quatuor Janáček. (1)

Dans ces années pendant lesquelles un rideau de fer efficace isolait les peuples de l'Europe centrale des autres peuples de l'Ouest européen, quitter le camp socialiste relevait de l'impossible. En fait, les dirigeants des pays communistes comprirent très vite tout le bénéfice qu'il pouvait tirer des tournées effectuées par les meilleurs de leurs artistes. Quelle vitrine trompeuse elles offraient aux populations de l'Ouest. Quelle propagande politique elles nourrissaient pour les dirigeants. L'agence d'Etat, Pragokoncert, se chargeait des formalités administratives pour l'obtention des visas, entrait en contact avec les agences artistiques des pays dans lesquels le Quatuor Janáček était invité pour négocier les contrats, retenir les salle et les hôtels. Rien du déplacement des artistes ne lui était inconnu. Situation à la fois confortable pour les quatre instrumentistes, mais passablement contraignantes. Adolf Sýkora explique que pendant les premières années de sa venue en France, la réalisation de la tournée était incertaine jusqu'au dernier moment. Lorsqu'une certaine souplesse gagna le régime, un certain nombre de mois avant le Printemps de Prague (1968), l'organisation des tournées prit un tour plus confortable. Cependant les contraintes ne cessèrent pas. Au retour dans leur pays, les membres du Quatuor Janáček étaient obligés de remettre leurs honoraires à l'agence d'Etat qui prélevait une dîme substantielle. Non seulement les tournées des artistes permettaient des gains politiques à l'Etat tchécoslovaque, mais occasionnaient aussi la rentrée de quelques devises étrangères supplémentaires.

La tournée organisée, les lieux de concert retenus dans les villes visitées les quatre membres du Quatuor puisaient dans leur répertoire de 35 qu'ils possédaient dans leur mémoire et sur le bout des doigts. A chaque étape, ils proposaient aux organisateurs locaux trois ou quatre programmes variés, composés de trois quatuors provenant de l'époque classique, romantique et moderne que ces derniers amendaient parfois. Les quatre musiciens utilisaient des instruments que le musée de la musique de Brno leur prêtait, sauf l'altiste qui jouait sur son propre instrument.

Le concert terminé, presque toujours suivait une réception amicale dans un restaurant ou dans le foyer d'un des organisateurs français et la conversation déviait très souvent sur la musique tchèque. Les invités découvrirent les délices de la cuisine française. Adolf Sýkora e souvient encore aujourd'hui des huîtres qu'ils dégustèrent à Bordeaux, du goût du pain français sous ses différentes apparences et des innombrables fromages qu'on leur présentait. A titre de réciprocité, ils offraient à leurs hôtes un exemplaire de leur enregistrement des quatuors de Janáček ou un autre de leurs disques.

Comme la tournée était organisée par l'agence d'état, leur temps en France était compté. En tant que représentants de l'état tchécoslovaque, seule la musique importait. Le tourisme était donc exclu de leur voyage qui se réduisait à cette suite : concert, déplacement pour rejoindre le prochain lieu de concert, etc. Ils réussirent tout de même à esquisser un pas de danse (slave ?) sur le pont d'Avignon et à contempler, comme il se doit, la Tour Eiffel. La visite, ici ou là, de quelques luthiers entra dans le cadre professionnel.

Voici la liste des concerts donnés en France de 1958 à 1970, telle que me l'a communiquée si aimablement Adolf Sýkora, véritable mémoire du Quatuor Janáček.
dateœuvrelieu
villesalle
195816/12Quatuor Lettres intimesParisGaveau
195912/6Quatuor Lettres intimesStrasbourg
19601/2Quatuor Lettres intimesPau
2/2Quatuor Lettres intimesTarbes
3/2Quatuor Lettres intimesBordeaux
4/2Quatuors 1 et 2Parisenregistrement à la radio
5/2Quatuor Lettres intimesNancy
196129/11Quatuor Lettres intimesLyonSalle Molière
6/12Quatuor Lettres intimesNîmes
16/12Quatuor Lettres intimesParis
196223/11Quatuor Lettres intimesStrasbourg
29/11Quatuor Lettres intimesAvignon
3/12Quatuor Lettres intimesClermont-FerrandSociété de la Musique de Chambre
4/12Quatuor Lettres intimesPoitiers
6/12Quatuor Lettres intimesAlès
11/12Quatuor Lettres intimesMontluçon
14/12Quatuor Lettres intimesParisComédie des Champs-Elysées
19648/12Quatuor Sonate à KreutzerNancy
12/12Quatuor Sonate à KreutzerBordeaux
14/12Quatuor Sonate à KreutzerMontpellier
196610/1Quatuor Lettres intimesMontpellier
11/1Quatuor Sonate à KreutzerLyon
12/1Quatuor Sonate à KreutzerPoitiers
14/1Quatuor Lettres intimesMarseille
18/1Quatuor Lettres intimesRouen
19/1Quatuor Lettres intimesParisLégation tchécoslovaque
196727/11Quatuor Lettres intimesStrasbourg
28/11Quatuor Lettres intimesSaint-Dié
30/11Quatuor Lettres intimesColmar
4/12Quatuor Lettres intimesBourg-en-Bresse
6/12Quatuor Sonate à KreutzerPoitiers
8/12Quatuor Sonate à KreutzerMarseille
11/12Quatuor Sonate à KreutzerMontpellier
13/12Quatuor Sonate à KreutzerBordeaux
14/12Quatuor Sonate à KreutzerMontluçon
15/12Quatuor Sonate à KreutzerClermont-Ferrand
16/12Quatuor Sonate à KreutzerParis
18/12Quatuor Lettres intimesNancy
196926/11Quatuor Lettres intimesMetz
27/11Quatuor Lettres intimesStrasbourg
2/12Quatuor Lettres intimesMarseille
5/12Quatuor Sonate à KreutzerClermont-Ferrand

Durant cette période, le Quatuor Janáček a joué 14 fois la Sonate à Kreutzer et à 30 reprises les Lettres intimes dans différentes villes de France.

Le Quatuor Janáček en concert à Brno
dans les années 70
de g. à d. Jiří Trávníček, Adolf Sýkora, Jiří Kratochvíl, Karel Krafka
Photo aimablement communiquée par Adolf Sýkora

De 1970 à 1987

Après les espoirs de libéralisation culminant avec le Printemps de Prague en 1969, la reprise en main par la ligne dure du Parti communiste tchécoslovaque rompit une courbe qui s'annonçait plus démocratique. On compta un peu moins sur les solistes et ensembles musicaux pour présenter un visage accueillant du socialisme dans les autres pays. Les sorties se firent un peu plus rares et surtout moins longues. Pour le Quatuor Janáček cela se traduisit par des tournées françaises moins fréquentes et plus courtes.

Je dois encore à Adolf Sýkora, second violon du Quatuor Janáček, l'état des concerts donné par son ensemble, en France de 1972 à 1981 que voici :

dateœuvrelieu
villesalle
19725/12Quatuor Lettres intimesBayonne
12/12Quatuor Lettres intimesLyon
17/12Quatuor Lettres intimesChalon sur Saône
197417/10Quatuor Lettres intimesParisLégation tchécoslovaque
18/10Quatuor Lettres intimesParisUNESCO
19757/11Quatuor Sonate à KreutzerBordeaux
9/11Quatuor Lettres intimesParisExposition de la culture tchécoslovaque
10/11Quatuor Lettres intimesParis
12/11Quatuor Sonate à KreutzerRouen
197629/11Quatuor Sonate à KreutzerStrasbourg

Quatuor Lettres intimesNancy

Quatuor Lettres intimesBayonne

Quatuor Lettres intimesParisenregistrement public
197722/9Quatuor Sonate àKreutzerParisFestival estival
23/9Quatuor Lettres intimesGennevilliers
25/9Quatuor Sonate à KreutzerSarcelles
19797/12Quatuor Sonate à KreutzerMâcon
11/12Quatuor Sonate à KreutzerValence
12/12Quatuor Lettres intimesVillefranche sur Saône
13/12Quatuor Sonate à KreutzerBourg-en-Bresse
198126/10Quatuor Sonate à KreutzerRoanne

Au cours de leurs tournées depuis 1972, les instrumentistes du Quatuor Janáček donnèrent 9 fois le premier quatuor du compositeur morave et 12 fois son second. En 1972, les quatre membres réguliers du Quatuor retrouvèrent la France. Deux ans plus tard, ils se présentèrent au public français dans une formation modifiée, Bohumil Smejkal devenant le premier violon suite à la disparition prématurée de Jiří Trávníček l'année précédente. Ce changement ne modifia pas l'enthousiasme des quatre solistes face à la musique de Janáček.

Tout au long de leur existence, les quatre instrumentistes, s'ils portaient dans leur cœur et par leurs cordes les deux quatuors de Janáček, s'étaient aussi donnés pour mission de transmettre la musique de chambre de leur pays. Dès le départ, ils travaillèrent les deux quatuors de Smetana pour transmettre ce patrimoine musical à leurs compatriotes et aussi aux auditoires étrangers. Dans le catalogue de Dvořák, sur les quatorze quatuors qu'il composa, ils en choisirent six auxquels ils joignirent le célèbre quintette avec piano, op 81 (B 155) les Bagatelles, op 47 (B 79) qui nécessitaient l'apport d'un harmonium) et quelques autres pièces. Chez Martinů, ils explorèrent uniquement son cinquième quatuor. Pour faire connaître les trésors de musique de chambre de leur pays, ils n'oublièrent pas des ouvrages de Fibich, de Foerster et de Novák. Mais leur zèle ne s'arrêta pas là. Elargissant leur champ d'investigation, ils recueillirent des quatuors à cordes chez Vladimir Ambros, Emil Axman, Břetislav Bakala, Josef Berg, Zdenĕk Blažek, Václav Dobiáš, Ilja Hurník, Miloš Ištván, Václav Kaprál et sa fille Vítĕzslava Kaprálová, Jaroslav Kvapil, František Míča, Josef Mysliveček, Vilém Petrželka, Ervin Schulhoff, František Škroup, František Tůma, Pavel Vejvanovský et encore quelques autres. Des compositeurs du XXe siècle voisinaient avec d'autres du XIXe, d'autres encore de l'âge baroque. Respectueux de l'héritage musical que leur transmettaient les compositeurs du passé, attentifs aux musiciens tchèques de leur temps, ils ne négligèrent pas les grands maîtres du quatuor, Beethoven, Haydn, Mozart, Schubert et Brahms. De France, ils retinrent des œuvres de Debussy, Franck, Ravel et Chausson. Dans toutes leurs étapes françaises, ils ne proposèrent que des quatuors et ne jouèrent jamais en formation quintette avec un de leurs collègues pianistes. Cette limitation découlait de l'organisation bureaucratique de leurs voyages en terre étrangère.

Jusqu'en 1981, le quatuor de Brno effectua 17 tournées dans notre pays donnant 127 concerts. Notons que l'un ou l'autre des deux opus pour cordes de Janáček se glissa 70 fois dans le programme des quartettistes, un nombre qui en dit long sur l'amour qu'ils portaient aux ouvrages de leur "patron" et sur l'importance qu'ils leur attachaient. Sans le Quatuor Janáček, le public parisien et le public d'une bonne vingtaine de villes de province n'aurait jamais entendu en direct ni la Sonate à Kreutzer, ni les Lettres intimes. L'ensemble du pays ne bénéficia pas de la présence des quatre virtuoses. Ils ne visitèrent pas la Bretagne, le Nord, le Massif Central dans son intégralité, ne se posant qu'à Clermont-Ferrand et Montluçon, ils n'entrèrent pas dans les pays de Loire pas plus qu'ils ne s'enfoncèrent dans les vallées des Alpes et des Pyrénées.

Carte de France des tournées du Quatuor Janáček.

Christian Schaefer (2) écrivit "Je n'avais jamais entendu au concert le Quatuor Janacek ; je suis convaincu maintenant que c'est l'un des meilleurs qui existe à l'heure actuelle. Il est magnifique de pureté, de justesse, de sonorité et de cohésion. Ses interprétations sont pleines de vie et de chaleur."

Non seulement le Quatuor Janáček visita plusieurs villes de France déposant les deux quatuors de Janáček dans l'esprit et le cœur des auditeurs présents, mais en 1963, il enregistra chez Supraphon les deux œuvres de son "patron". Le Quatuor Smetana (3) l'avait précédé de cinq années. Ces deux versions, quand on pouvait les trouver chez les disquaires, participèrent à la diffusion en France de la musique du maître de Brno. En 1965, l'Académie Charles Cros décerna le Grand Prix du disque au Quatuor Janáček (quatuors de Janáček) saluant l'interprétation exemplaire des quatre instrumentistes. Pendant une bonne dizaine d'années, leur version, auréolée de ce Grand Prix, fut quasiment la seule à être disponible (4) dans l'hexagone. Il reprirent pour Supraphon le chemin du studio d'enregistrement en 1976. Le premier ensemble non tchèque à oser enregistrer les deux quatuors vint de Grande Bretagne, le Quatuor Gabrieli, avec une gravure en 1978, contemporaine à quelques semaines près de l'enregistrement du Quatuor Kreuzberg dont les quartiers se tenaient à Berlin. En 1985, deux nouveaux ensembles tchèques, le Quatuor Doležal et le Quatuor Talich livrèrent leur vision des deux quatuors de Janáček, rejoints bientôt par le Quatuor Stamic avant que le Quatuor Pražak ne vienne prendre le relais, ô combien glorieux, de toute cette suite d'éminents ensembles de chambre.

Rarement, des instrumentistes d'une si grande valeur musicale, comme ceux composant le Quatuor Janáček, n'auront joué un rôle aussi décisif dans la connaissance d'un compositeur passablement ignoré jusque là en France.

Joseph Colomb - novembre 2010

Bibliographie :

Adolf Sýkora - Z mého života v Janáčkově kartetu - Opus Musicum - Brno, 2007

Notes :

1. Courrier d'Adolf Sýkora à l'auteur, 14 octobre 2010.

2. Le Guide du Concert, n° 333/4 du 8 décembre 1961.

3. L'enregistrement datait de 1958. En 1966, la Voix de son Maître le distribuait en France.

4. Insistons encore sur la distribution aléatoire de leur disque en France, comme d'ailleurs de la plupart de ceux que Supraphon produisait à cette époque.

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