Ce 14 juillet, une triste nouvelle a atteint tous les amoureux de la musique de Janáček : le chef britannique Charles Mackerras venait de disparaître à l'âge de 85 ans.
Destin très étonnant pour nous que celui de Charles Mackerras. Un Australien qui débarque en Grande Bretagne et qui, presque par hasard, se retrouve à Prague en 1947 aux côtés du grand Vaclav Talich. Il est donc des hasards heureux pour les mélomanes. Qui en France, au sortir de la deuxième guerre mondiale, connaissait Janáček ? Très peu de monde. Qui avait entendu à un concert une de ses œuvres ? Très peu d'habitués des concerts dominicaux puisqu'on ne jouait pas le compositeur morave.
Charles Mackerras, hautboïste, chef d'orchestre, effectua un séjour en Tchécoslovaquie pendant lequel il découvrit la musique de Janáček et en tomba amoureux ; lorsqu'il revint exercer son métier en Grande Bretagne, il s'ingénia à jouer sa musique et à la faire goûter à ses compatriotes.
En 1965, à la tête de la troupe du Sadler's Wells, il révéla au public parisien du Théâtre des Nations, l'Affaire Makropoulos trois ans avant que Charles Bruck en donne une version de concert avec la grande Elisabeth Söderström prélude à une représentation opératique à Marseille en octobre 1968 toujours avec la soprano suédoise. C'est encore Charles Mackerras qui assura la première parisienne de Jenůfa en 1980 alors que cet opéra n'avait été joué en France qu'à trois reprises auparavant, à Strasbourg en 1962, à Rouen dix ans plus tard et à Lyon en 1974.
Lorsque Mackerras dirigea l'orchestre de Paris en 1985, il inscrivit Taras Bulba à son programme. C'est encore le chef britannique qui dirigea la création parisienne de La Petite Renarde rusée en… 1995 , soit près de quarante ans après la première, toujours dans le cadre du Théâtre des Nations dans la mise en scène mythique de Walter Felsenstein.
Tout autant que ses apparitions à la tête d'un orchestre français, sinon plus, les enregistrements qu'il grava principalement pour la firme Decca contribuèrent à répandre la musique de Janáček. Dès 1959, il enregistra la Sinfonietta. Mais surtout les gravures d'opéra qu'il réalisa avec Elisabeth Söderström dans le rôle de Jenůfa, dans celui de Kát'a et dans celui d'Emilia Marty, dont plusieurs reçurent des Grands Prix du disque et contribuèrent à une meilleure connaissance des opéras du compositeur de Brno.
L'arrivée en France de sa version discographique de Jenůfa en 1983, après le ratage à l'Opéra de Paris en 1980 dans lequel le chef n'avait pas de responsabilité, parvint à point nommé pour rétablir la valeur intrinsèque de cet opéra.
Sa maîtrise de la langue tchèque, ses compétences musicales, sa volonté de mieux appréhender la musique de Janáček l'amenèrent à se pencher sur les manuscrits des ouvrages du compositeur. Seul et plus tard avec John Tyrrell et avec d'autres musicologues tchèques, il corrigea un certain nombre de partitions s'efforçant de retrouver l'originalité de la musique de Janáček.
De même que Janáček lui doit beaucoup pour ses efforts réussis dans la diffusion de sa musique, tant par ses nombreuses interprétations dans des salles de concerts qu'aussi bien sur les scènes de théâtre et ses enregistrements discographiques nous aussi, mélomanes, nous lui devons également beaucoup pour sa contribution essentielle dans la propagation de sa musique en Europe occidentale.
Joseph Colomb - juillet 2010
Notes :
1. La première rencontre qu'il fit consista en Kát'a Kabanová, représenté à l'automne 1947 à l'Opéra National à Prague.
2. Il s'agissait de la quatrième version par ordre chronologique (Vogel en 1953, Gregor, distribué en France en 1970 et Jilek en 1978), et de la première version réalisée par une firme occidentale (les trois premières furent éditées par la marque Supraphon).
2. Il s'agissait de la quatrième version par ordre chronologique (Vogel en 1953, Gregor, distribué en France en 1970 et Jilek en 1978), et de la première version réalisée par une firme occidentale (les trois premières furent éditées par la marque Supraphon).
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