Qui connaît encore William Arms Fisher (1861-1948) ? Un soir de décembre 1893, ce jeune homme partage la loge de son maître Antonín Dvořák au Carnegie Hall, le fameux jour où New York s'enflamme pour la symphonie from the New World. Une trentaine d'années plus tard - Dvořák, mort depuis longtemps, gît au cimetière de Vyšehrad, à Prague - William Arms Fisher a l'idée de sa vie.
Le Largo (du Nouveau Monde), avec son fascinant solo de cor anglais, était l'expression de la nostalgie de Dvořák, avec un je ne sais- quoi de la solitude de prairies à perte de vue, le vague souvenir des temps révolus des Peaux-Rouges, et un sens tragique de l'homme noir quand il chante ses spirituals. Mais plus profonde encore est l'émouvante expression de cette nostalgie de l'âme, que tout homme peut ressentir. Que l'introduction lyrique du Largo évoque les mots Goin' home, goin' home est assez naturel, et que les paroles qui viennent ensuite suivent la mélodie sous la forme d’un Spiritual s’accorde avec les origines de la symphonie.
Ainsi, William Arms Fisher arrange la musique de Dvořák sous la forme d'un Spiritual. Il écrit des paroles et édite le tout chez Oliver Ditson Company.
Immense succès. Le public adopte cet air comme s’il s’agissait d’un classique de la littérature musicale afro-américaine. Leonard Bernstein a beau rappeler l’origine européenne de la mélodie, se moquer de la tenace habitude d’associer cette musique aux scènes du Sud, rien n’y fait : dès les années 1920 Goin’ home devient part de la culture populaire américaine.
Notons-le bien : pour la première fois, une symphonie crée le folklore. On aura beau jeu de trouver des dizaines de symphonies inspirées par la musique populaire. Mais il n’existe qu’un seul exemple d’air populaire tiré d’une symphonie. L’air se nomme Goin’ home. La symphonie est celle du Nouveau Monde. Son auteur est Antonín Dvořák.
Il est normal que la popularité de cette chanson trouve un écho sur l’internet. La toile mondiale reflète les multiples incarnations d’un air si célèbre. Quelques recherches nous ont permis de trouver des adaptations parfois surprenantes parmi plusieurs centaines de réponses, au bas mot.
Sous la forme de spiritual, hard rock, chanson de variété ou chant romantique chinois, pièce pour guitare, cornemuse, ocarina, contrebasse, scie musicale ou bien d'autres arrangements encore, voici l'air classique revisité par de multiples artistes populaires.
Petit tour d'horizon de ce que l'on trouve sur l'internet : le meilleur, comme il se doit, fréquentera le pire.
Commençons par une revue de versions au clavier. Au programme : Art Tatum, un peu de synthé et d'orgue, et une incursion dans un curieux New World Concerto pour piano et orchestre.
La IXe symphonie jouée à la guitare ? Kazuhito Yamashita a réalisé cette impossible transcription. Après un détour par des groupes country, voici une version encore plus inattendue, confiée à des musiciens de flamenco.
La IXe symphonie jouée à la guitare ? Kazuhito Yamashita a réalisé cette impossible transcription. Après un détour par des groupes country, voici une version encore plus inattendue, confiée à des musiciens de flamenco.
A suivre...
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