dimanche 27 juin 2010

Nouvelles découvertes de Forgotten Records : Tchaïkovski par Hajibeyov et Šejna

Qui de nos jours connaît encore le nom de Niyazi Hajibeyov, ou est capable de citer son nom parmi les éveilleurs musicaux de son pays ? Ce chef et compositeur (1912-1984) était une figure majeure de la vie musicale d’Azerbaïdjan, et vraisemblablement l’un des premiers artistes azéris à recueillir une reconnaissance internationale. Au début de la décennie 1950, il est à Prague, invité à diriger la Philharmonie Tchèque.



Voici donc Hajibeyov au pupitre du meilleur orchestre de Bohême dans la 4e symphonie de Piotr Illich Tchaïkovski. Le chef d’un pays frère, invité pour des raisons idéologiques ? Si l’on ne saurait en avoir la certitude, d’un strict point de vue musical le résultat est une très belle découverte.

Car voici un Tchaïkovski stylé et élégant, pour une fois dénué des outrances si tentantes dans cette partition. Hajibeyov prend un plaisir évident à laisser respirer cet orchestre de légende. On ignore si la gravure a eu lieu au Rudolfinum à Prague, tant la réverbération est ici naturelle, sans ce caractère étouffant (et pourtant propre à cette salle historique) qui entache tant d’enregistrements Supraphon.

Les deux mouvements centraux sont les plus remarquables : l’Andantino par la grâce discrète des glissandi aux cordes et son phrasé tout en nuances, le Scherzo avec son approche étonnamment précautionneuse quand on connaît la qualité du pupitre de violons. Passée la surprise, on ne peut qu’admettre le bien-fondé de la démarche. La prise de son, très proche des violons, accentue l’effet de lyre (gousli) géante voulu par le compositeur, loin du Tchaikovski écorché vif et grimaçant auquel tant de chefs nous ont habitués.

Sans doute, l’on n’aura pas ici la fièvre de maintes interprétations de référence, en stéréophonie et technicolor. Plutôt un témoignage de premier ordre sur une école de direction du siècle passé, soucieuse des contrepoints et de la partition.

Nous sommes très redevables aux infatigables découvreurs de Forgotten Records d’avoir exhumé cet enregistrement rare de la discothèque oubliée de Supraphon, et nous en restituer aujourd’hui en CD toute la substance. Pourrons-nous espérer d’autres révélations par ce chef méconnu ?

Le même CD ForgottenRecords est complété avec le Capriccio italien de Tchaïkovski, cette fois-ci sous la baguette de Karel Šejna. Les qualités habituelles du chef en second de la Philharmonie sont bien présentes, malheureusement étouffées par une prise de son trop étriquée. La version stéréo que fera, une dizaine d’années plus tard (en décembre 1964), Karel Ančerl avec les mêmes philharmonistes tchèques, un rien plus nerveuse, représente encore de nos jours l’une des références de cette partition clinquante et sans doute surestimée.


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