Victoire pour la Petite renarde !
La Télévision ne nous octroie guère d'émissions de musique en prime time pour employer un anglicisme dont on se délecte dans le milieu médiatique. Parfois un opéra. Par exemple Mireille, il y a peu, dans une mise en scène très kitch. Le 8 février dernier, une grand' messe musicale se déroulait sur France 3 à l'occasion des Victoires de la musique.
Si la musique était bien présente, elle se trouvait canalisée, minutée par deux animateurs en frac et robe de soirée qui se croyaient obligés de hausser la voix (pour mieux se faire comprendre ?) et d'exécuter un numéro de cirque pour présenter qui le plus grand violoniste, qui le plus jeune clarinettiste, qui la meilleure pianiste (parmi les loups…) Les superlatifs pleuvaient… Passons sur ces scories et les anecdotes qui n'apportaient rien à la musique entendue. Passons également sur les remerciements obligés et convenus des artistes récompensés. Que faire de plus quand on leur laisse à peine plus de trente secondes chacun pour s'exprimer ? Il restait la musique symphonique, vocale, instrumentale. Bien sûr comment échapper au divin Mozart, à Rossini, à Vivaldi ? A côté d'œuvres archi connues, quelques pièces plus rares et tout aussi belles se glissèrent tout au long de la soirée… Merci la télévision !
Pourquoi alors citer cette cérémonie sur ce site ? Faisons un petit retour dans le passé. En 1957, il y a cinquante trois ans quand même !, une troupe étrangère venait de Berlin présenter au public parisien le premier opéra de Janáček jamais donné sur le sol français, la Petite renarde rusée dans le cadre du Théâtre des Nations. Lorsque assez récemment on découvrit dans les bacs des disquaires un DVD de cette représentation mémorable, il y a été fait allusion ici. Cette mise en scène de Walter Felsenstein arrivait trente ans après la création à Brno de cet opéra de Janáček . Croyez-vous qu'une maison d'opéra sur notre territoire s'empressa de le monter ? Que nenni. En 1983, soit plus de cinquante ans après la première mondiale, l'Opéra de Strasbourg installa humains et animaux sur la scène de l'Opéra du Rhin. Et à Paris, on attendit encore plus longtemps. Lorsqu'on se décida, en 1995, la Renarde avait atteint un âge canonique pour une hôte des bois. Une vieillarde de 70 ans ! Brusquement, comme si l'on avait honte d'avoir tant tardé à reconnaître sa valeur, les choses s'accélérèrent bien aidées par la lumineuse mise en scène d'André Engel. Rodée à Lyon en 2000, puis au Châtelet en 2002, elle s'imposa à l'automne 2008 sur le vaste plateau de l'Opéra Bastille. Tant et si bien qu' on proposa une adaptation pour le jeune public au printemps 2009 et que le nouveau Directeur de l'Opéra de Paris, Nicolas Joël la maintint pour sa première saison. Les chanceux Parisiens la reverront en juin de cette année dans la même mise en scène, mais avec des différences dans la distribution. Et les autres n'auront-ils que les yeux pour pleurer ? Pas du tout, on ne pouvait pas laisser perdre cette production. Une réalisation filmée par Don Kent fut publiée l'an dernier en DVD.
La boucle est bouclée ce 8 février puisque cette production a obtenu une Victoire de la musique. Même si ce triomphe ne dura que quelques minutes dans l'émission, chose qui aurait été incroyable il y a quelques années en arrière, on entendit ce soir-là claironner le nom de Janáček comme s'il s'agissait d'un musicien familier ! Une reconnaissance formidable. L'extrait projeté fut très court. Qu'importe. Le "grand public" a entendu le titre de l'opéra et le nom du compositeur. Il est sûr qu'un certain nombre de téléspectateurs retiendront son nom, inconnu d'eux jusqu'à présent.
Joseph Colomb - février 2010
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