Gideon Klein
Gideon Klein, 1919 Přerov - 1945 Fürstengrube ( ?) était sans aucun doute un des plus grands talents que la culture européenne musicale a perdu pendant la 2e guerre mondiale.
Né en Moravie centrale, dans une famille juive traditionnelle, c'était un enfant prodige. A partir de l'âge de onze ans, il il fut l’élève des pédagogues pragois de renom, les époux Kurz. (1)
Il passa son bac au lycée de prestige à 18 ans, ( distinction -signum laudis- en littérature tchèque, en même temps il suivit des études au conservatoire de Prague (piano) - sa section de maitres et s’inscrivit à l’université Charles (musicologie - chez le professeur Hába) (2)
Son cursus se termina là, car depuis l’invasion nazie en mars 39, Prague devient la capitale du Protectorat de Tchéquie et Moravie. Selon les lois raciales de Nüremberg, Klein en tant que pianiste ne pouvait pas se produire sous son nom, il devait utiliser un pseudonyme ou l'anonymat, et dès 1940-41 il ne se joua plus que dans un cercle d’amis.
L’Université Charles fut fermée en novembre 1939 et fin 1941 Klein fut déporté dans le ghetto de Terezín comme un des premiers prisonniers. Il y passa 3 ans. Il s’y occupa de la vie culturelle, au début interdite. Il organisa des conférences pour des enfants (dépourvus exprès de toute possibilité de s’instruire), il joua du piano, interprétant de tête sur un vieux piano, transporté en cachette. Du temps où la vie culturelle devint autorisée, il prit part également à l’organisation des concerts ; en tant que compositeur il participa aux activités musicales du ghetto ; pour ses camarades du ghetto il arrangea des chansons populaires, dont une variation pour 4 voix qui fut la première musique a être entendue dans le ghetto.
Puis il composa de la musique de chambre pour ensembles à archets, de la musique vocale de style varié (chants populaires - une composition pour chœur, et un cycle pour chœur – assez difficile, et qui s’est perdu.)
En octobre 1944, avec des personnalités de la vie musicale du ghetto de Terezín comme Viktor Ullmann, Hans Krása, Pavel Haas, Rafaël Schächter, Karel Ančerl, Karel Bermann, Karel Reiner, (3) (« un transport artistique ») il fut déporté à Osvietim (Auschwitz), où il passa par « la sélection du destin », et ensuite il fut transferé à Fürstengrube en Silésie où il travailla dans les mines. Juste avant la fin de la guerre, sans doute quelques heures avant la libération du camp par l’armée soviétique, Klein perdit la vie dans des circonstances qui ne seront probablement jamais éclaircies.
La création de Klein du temps de Terezín indique des aspirations de grande qualité et un niveau artistique et créatif élevé (si l’on considère qu’il était pratiquement autodidacte).
Parmi les œuvres du haut niveau qui ne se sont pas perdues, distinguons des morceaux pour ensembles à archets, (Fantaisie et Fugue pour quatuor, et un Trio pour archets avec un mouvement lent influencé par la musique populaire morave, la musique vocale (deux madrigaux à la mémoire de Villon et Hölderlin) et une très brillante Sonate pour piano.
La sonate pour piano a été écrite en été 1943 (il avait 23 ans), donc deux ans après sa déportation à Terezín, il la dédia à sa sœur Eliska (tout comme la majorité de ses compositions qu’il jugeait importantes)
Relevons un fait intéressant : sa sonate n’a jamais été jouée en public à Terezín, bien que Klein y ait donné des dizaines de concerts. Il a du la garder probablement pour le temps d’après guerre et il voulait sans doute la travailler encore. Dans son héritage de Terezín il existe une esquisse d’un quatrième mouvement attestant que le troisième mouvement (plutôt scherzo qu’une finale) ne le satisfaisait pas complètement en tant que la finale du cycle. La sonate est non seulement sa meilleure composition mais aussi un témoignage de sa dextérité de pianiste. (en l'absence de tout enregistrement).
La Sonate op.1 de Berg, le cycle « Par la vie et le rêve » de Suk, la musique de Schönberg et cele de Janáček - constituèrent les inspirations les plus fortes de Klein qui se firent sentir dans cette œuvre.
En 1990, on a trouvé des compositions datant d’avant la période de Terezín, qui ont changé dans une certaine mesure l’image de Klein-compositeur.
Ce sont des preuves des ses aspirations créatives plus élevées, non seulement par l’étendue de l’interprétation ( on y a trouvé des compositions pour quatuor, des compositions concertantes, pour orchestre, même une esquisse d’un opéra) , mais aussi par la volonté d’acquérir la technique de composition de son époque – la composition dodécaphonique, un duo en quart de ton pour cordes. (4)
Milan Slavicky - juin 2007
Notes
2. Alois Hába (1893 - 1973) compositeur tchèque. Il se pencha tout d'abord sur la musique populaire morave comme Janáček, mais cette étude déboucha sur l'élaboration d'un système à quarts de ton. Il composa un opéra basé sur ces micro-intervalles La Mère, en 1931, des quatuors à cordes et des nonettes où il appliqua son organisation musicale.
3. Raphael Schächter (1905 - 1944), pianiste et chef d'orchestre. En 1941, il assura les répétitions de l'opéra Brundibar d'Hans Krása avec des enfants juifs d'un orphelinat pragois. A Terezín, il dirigea un orchestre et un chœur, monta le Requiem de Verdi, assura en juillet 1944 la création au piano de "Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke" de Viktor Ullmann. (voir le livre de Josef Bor - Le Requiem de Terezin - éditions Le Sonneur - 2005)
Karel Ancerl (1908 - 1973) Elève d'Alois Hába, chef d'orchestre, emprisonné à Terezín puis à Auschwitz dont il réchappa. Sous sa direction, l'Orchestre Philharmonique Tchèque qu'il dirigea de 1950 à 1968 devint l'un des meilleurs du monde. Après la normalisation dans son pays qui suivit le Printemps de Prague, il se fixa à Toronto où il mourut. Voir le site : http://patachonf.free.fr/musique
Karel Berman (1919 - 1995) Chanteur (baryton-basse) et compositeur. Interné à Terezín en mars 1943 où, entre autres, il dirigea un chœur féminin. Déporté à Auschwitz. Après la gurre, il fit une grande carrière dans son pays en tant que chanteur d'opéra et soliste où il brilla dans les œuvres de ses compatriotes Smetana, Dvořák et Janáček, mais également dans les grands rôles du répertoire.
Karel Reiner (1910 - 1979) élève de Hába. Sa première sonate pour piano dédiée à Alois Hába représenta son pays au festival de la Société Internationale de Musique Contemporaine, à Vienne en 1932. Interné à Terezín en juillet 1943, il survécut à son transfert dans le camp de concentration d'Auschwitz.
4. Klein, dans cette composition, subit l'influence de son professeur Alois Hába, très impliqué dans une expérimentation de la gamme en quarts de ton.
Bibliographie et Sources
Milan Slavicky "Gideon Klein, A fragment of life and work", Helvetica Tempora Editions, 1996
Joza Karas, La Musique à Terezín : 1941-1945, Gallimard, 1993
Amaury du Closel, Les voix étouffées du IIIe reich - Entartete musik - Actes Sud, 2005
http://claudet.club.fr/ ("mes musiques régénérées")
Discographie
Voir le site http://claudet.club.fr/Terezin/MyKlein.html
| Pavel Haas | Viktor Ullmann | Gideon Klein | Hans Krása | Rudolf Karel |
| Présentation des compositeurs de Terezín | ||||


